Mercredi 21 mars 2012 3 21 /03 /Mars /2012 22:24

 

Pas évident de trouver un truc à dire, mais il est des circonstances où il est finalement plus dangereux de se taire.

 

Notamment quand on voit les orbites vertigineusement incandescentes où circulent déjà les Rioufol et autres, gardiens hallucinés de valeurs folles, suitant de mauvaise foi, déviant perversement les évidences les plus structurantes (les "moralistes" seraient à l'origine de l'immoralité... je vous laisse méditer). Ces gens-là roulent leur public dans la farine, je dis au simple argument qu'il ne peuvent pas être aussi bêtes que leurs outrances semblent l'indiquer.

 

Je ne citerai pas le lien de l'édito du susdit commentateur, pour ne pas lui faire de la publicité, et aussi parce que je ne le retrouve pas, sa lecture m'ayant fait vomir subitement sur l'ordinateur.

 

Alors comme je n'ai rien à dire, je laisse parler Philippe Katerine :


 

 


Par Bertrand Gilot - Publié dans : Actualité
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Dimanche 4 mars 2012 7 04 /03 /Mars /2012 21:58

 

orelsan-perdu-d-avance.jpg

 

C’est toujours facile à dire après, mais, si, je vous assure : j’avais l’intention d’ouvrir cette rubrique avec le concert d’Orelsan avant qu’il ne soit récompensé aux Victoires de la Musique 2012.

Un simple lien dans un mail d’un ami il y a quelques mois vers le clip de Plus rien ne m’étonne, et la curiosité était piquée... Quel est donc ce type capable de chanter qu’il n’est «plus assez naïf pour avoir une opinion» ? Capable de déclencher (à l’insu de son plein gré) une belle polémique avec des associations féministes, mais aussi de vous tirer une larme en évoquant le travail des enfants en Chine (La petite marchande de porte-clés). Deux albums écoutés en  boucle plus loin, je dois avouer avoir mis un genou à terre : je suis conquis, et il était urgent d’aller vérifier tout çà en concert.

Premier choc à l’entrée, j’ai vainement cherché ma Carte Vermeil, mais non, on n’est toujours pas en 2052, c’est juste le public qui est très, très jeune... Jeune et motivé, tout le monde connaît toutes les paroles, la connexion avec l’artiste est totale et immédiate... Lui ressemble effectivement à un type normal, spontané, un vrai. Il déroule généreusement un show tonique et bien construit avec un sens de la scène juste assez cabotin, enchaîne de façon équilibrée les titres très rap (Soirée ratée) et d’autres plus proches de la chanson classique (La Terre est ronde), où se télescopent bons mots potache («parti frais comme un gardon, je suis revenu fumé comme un saumon») et critique sociale à la fois sèche et imparable («fermez les bibliothèques on a des ps3 » !). Le talent d'Orelsan pour passer en un éclair d'un extrême à l'autre n'est pas la moindre de ses qualités... Les provocations parfois trash ne manquent pas, comprenne qui peut où passe la frontière de l’humour, ainsi que les codes propre à notre époque, et c’est très bien comme ça (quel artiste parvient à bousculer sans jamais flirter avec la limite ?). Le texte se révèle précis, fin, tranchant, ludique, toujours porté - et jamais étouffé - par une excellente rythmique et par ses très bons musiciens. La lucidité insoumise donne à réfléchir mais ne se fait pourtant jamais accusatrice (si ce n’est envers Justin Bieber, mais quelle importance ?) ni donneuse de leçons (si ce n’est envers lui-même comme dans Le chant des sirènes !), ce qui montre un recul inhabituel au rayon chanteur pour jeunes, et une maturité d’écriture inhabituelle tout court.

On lit deci-delà, qu’Orelsan parle des problèmes très spécifiques de l’adolescence : le sens de la vie dans une société dédiée à l’hédonisme consumériste, la séduction, l’amour, la sexualité, le rapport à l’ambition, la mort. Bon d’accord, alors je suis encore adolescent, j’assume s’il le faut, mais en tous cas il y a belle lurette qu’un concert ne m’avait donné autant de sourire et d’énergie - malgré la note douloureuse, attendue, du final sur  Suicide social.

 

BG

Par Bertrand Gilot - Publié dans : L'entretien des oreilles du psychiatre
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Vendredi 2 mars 2012 5 02 /03 /Mars /2012 09:27


ecoute.jpg
 

 

Le psychiatre vit généralement en milieu urbain, à l’abri de cavités solitaires que l’on nomme «cabinet médical» s’il aime les belles autos et la liberté, ou dans des colonies grégaires appelées «hôpital» lorsqu’il aime l'odeur d'éther et la sécurité de l’emploi. Peu résistant au grand froid, il apprécie la lumière, mais supportera les clairs-obscurs et même une exposition ombrageuse peut convenir. D’un naturel robuste, il nécessite tout de même un peu d’entretien.

Si l’on observe le psychiatre attentivement, on remarquera qu’il ne possède pour ainsi dire pas de corps, mais par contre deux énormes oreilles, et un stylo. Entre les oreilles se situe le cerveau, dont on ne sait rien. L’entretien du stylo est anecdotique, il suffit de le remplacer lorsqu’il est vide.

A l’inverse, l’entretien des oreilles doit être absolument rigoureux. En effet, il faut bien entendre qu’elles sont pilonnées au fil des années par des drames injustes et des souffrances absolues, triturées par des transgressions indigestes, englouties par des deuils orphiques et des passions pyrogravées, distordues quelquefois par des délires spectaculaires, et en tous cas perpétuellement cinglées par le grésil à granulométrie variable des symptômes - sans oublier les stalagtites de secrets de famille millénaires aux calcifications contondantes, qui se forment parfois sur les bords de l'hélix. Bref, elles peuvent finir par donner des signes de fatigue, au risque de réduire le rythme et la richesse des floraisons. Ce qui serait dommage, tout de même.

Vous l’aurez compris, la récolte bi-hedomadaire du cérumen n’y suffit pas, aussi élégante que soit la rotation spiroïde qu’imprime le poignet au coton-tige. Il est capital, pour maintenir le psychiatre en bon état de fonctionnement, de régénérer aussi souvent que possible les tréfonds du fin-fond de ses oreilles, là où accostent les naufragés, là où sédimente la poussière d’âme et les éclats de vernis névrotique. Alors il faut du vent ! Du mouvement ! Du sensible bien sûr, de l’époussettement d’archéologue aussi pointilleux que l'archet sur le violoncelle, mais aussi du gros, du lourd, du puissant : ne laboure-t-on pas la terre chaque hiver en profondeur pour lui permettre de produire à nouveau ? Ne faut-il pas secouer les tympans comme on bat les tapis, le printemps revenu ?

Le but de cette rubrique (*) sera donc de vous présenter quelques compte-rendus de mon programme d’entretien auditif que l'on peut qualifier de semi-aléatoire. Si ça se trouve, c’est aussi le prétexte à quelques expériences sonores - et au plaisir de vous les raconter.

 

BG

 

(*) Il appartiendra aux historiens de l’Internet de dire si elle se révèle aussi peu stable et prévisible que mes précédentes tentatives de lancer une rubrique régulière.

Par Bertrand Gilot - Publié dans : L'entretien des oreilles du psychiatre
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 21:36

 

En Amérique, c’est bien connu, tout est plus grand. Alors, quand la France médicale se réveille toute nue, et encore saoule, dans les bras d’un Jacques Servier aux yeux brillants qui lui susurre à l’oreille que la sécurité humaine c’est bien, mais que le business c’est mieux, en Amérique, les labos voguent déjà vers des horizons plus lointains.


Faire faire des essais thérapeutiques dans des pays pauvres, créer de vraies-fausses maladies (mais de vraies prescriptions) en bidouillant les critères diagnostiques, cacher des risques connus en spéculant sur le coût des procès à venir, saigner les assurances maladies en vendant à prix d’or de fausses nouveautés (ah ? bah, si ça crée des emplois...), corrompre des universitaires, acheter (ou créer de toutes pièces) des associations de patients, si ce n’est des députés, et quelquefois des ministres, ils savent faire, et même plutôt pas mal, mais ils avaient besoin de quelque chose de plus beau, de plus noble, de plus grand. 
Au rayon intergalactique il n’y avait rien. Alors il se sont rabattus modestement sur le planétaire.

A en croire le récit du journal Le Monde daté du 18 février dernier, un pense-char, pardon un think tank nommé Heartland Institute (le pays du coeur... ça ne s’invente pas), est une des principales organisations de lobbying climatosceptique. Ils agissent via des tribunes de presse, des blogs, des conférences (parfois jusque dans des lieux prestigieux tel l’Institut de Physique du Globe à Paris), afin d’influencer la perception du risque climatique par la population. Cela dès l’enseignement scolaire, mais aussi au travers de publications tendancieuses d’allure scientifique et de rapports remis aux politiques. Le but : contrer, adoucir, occulter, aplanir toute information jugée «alarmiste» (qu’elle soit pertinente, réelle, scientifiquement consensuelle importe peu, on l’aura compris), avec pour objectif  manifeste le maintien en l’état de tout ce qui se pratique aujourd’hui, dans tous les domaines et en particulier dans les industries qui ont un bénéfice direct (à court terme...) à ne rien changer.

Tout cela coûte évidemment énormément d’argent, le budget du machin se monte à 7,7 millions de dollars pour 2012. Dans la liste des généreux donateurs, jusqu’ici tenue confidentielle et révélée grâce à des fuites, on retrouve sans surprise un conglomérat pétro-chimique (mais pas de pétroliers), General Motors, des cigarettiers... Bref de grands bienfaiteurs de l’humanité.

Mais on relève aussi, jusque là cloîtrés dans l’ombre par une pudeur qui force le respect - un tel souci de la discrétion en devient émouvant - les noms des firmes pharmaceutiques telles que Eli Lilly (Prozac®, Zyprexa®, Cymbalta®...), Pfizer (Zoloft®, Effexor®, Champix®...), ou encore, mais la liste n’est pas exhaustive, GlaxoSmithKline (Deroxat®...).

Amis, citoyens, patients, qui prenez des médicaments produits par ces entreprises, médecins qui les prescrivez, soyez heureux : grâce à vos achats vous contribuez à la désinformation active sur le changement climatique, ses causes et les moyens d’y faire face.


BG

Par Bertrand Gilot - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 14:53

 

C'est terrible, il m'a fallu atteindre la quarantaine pour tomber sur ce texte, édifiant, vivifiant certes, mais aussi vertigineux si on le met en parallèle avec les milliers d'heures suées dès après le bac, à s'encombrer la tête de concepts oiseux et futiles (en plus d'être résolument inopérants) tels que la psychométrie, les évaluations multiaxiales de la personnalité et autres billevesées dignes des médecins de Molière - mais qui font si joli dans les congrès de psychiatrie (énoncer doctement que "la sérotonine est impliquée dans la dépression" m'a toujours paru aussi sot, aussi vain, que de dire "l'opium fait dormir parce qu'il a des vertus dormitives"). Qui font joli, et qui évitent surtout de se confronter à nos lacunes, nos impuissances, nos ratages (sans compter que ça fait rend tellement service aux laboratoires pharmaceutiques, et puis ça rendort les tutelles qui ont, comme ça, l'impression qu'on travaille...).

 

Je suis tombé sur ces quelques lignes rassurantes - je me sens moins seul, enfin - en tentant, justement, de grapiller quelques miettes de savoir ancien face au constat toujours renouvelé de mes lacunes théoriques (qui prétend n'en avoir aucune me lance le premier Qanûn d'Avicenne en travers de la figure...). C'est du Jung. Oh ce n'est pas bien long, mais par prudence éloignez quand même de vos écrans les jeunes étudiants en médecine et les professeurs de psychiatrie.

 

"Celui qui veut connaître l'âme humaine n'apprendra à peu près rien de la psychologie expérimentale. Il faut lui conseiller d'accrocher au clou la science exacte, de se dépouiller de son habit de savant, de dire adieu à son bureau d'étude et de marcher à travers le monde avec un coeur humain, dans la terreur des prisons, des asiles d'aliénés, des hôpitaux, de voir les bouges des faubourgs, les bordels, les tripots, les salons de la société élégante, la Bourse, les meetings socialistes, les églises, le revival et les extases des sectes, d'éprouver sur son propre corps amour et haine, les passions sous toutes les formes ; alors il reviendra chargé d'un savoir plus riche que celui que lui auraient donné des manuels épais d'un pied et il pourra être, pour les malades, un médecin, un véritable connaisseur de l'âme humaine".

 

Carl Gustav Jung

(in : L'âme et la vie, recueil de textes édité en 1963)

 

 

BG

 


Par Bertrand Gilot - Publié dans : La psychiatrie pour les nuls
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires

Hein ? Quoi ? Où ?

Noirs dessins

  • labyrinth1000.jpg
  • ethiq.jpg
  • automatique.jpg
  • maisousontils.jpg

Derniers commentaires

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Prévenir les autres

S'abonner (RSS)

  • Flux RSS des articles

overblog

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés