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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 23:13

L'intersyndicat des psychiatres publics publie un communiqué de réaction à l'annonce d'une prochaine révision de la loi du 27 Juin 1990... à lire ICI ce texte synthétique présente une vision claire de la situation.

Claire, mais légitimement très angoissante.

Il faut dire, et redire, que ce genre de disposition ne peut que dégrader la qualité des soins et qu'il n'y a STRICTEMENT AUCUN bénéfice à en attendre sur le plan de la sécurité publique, contrairement à l'affichage qui en est fait (notamment parce que cela rendra plus difficile encore l'accès volontaire aux soins, qui n'est envisageable que si les patients ont l'idée d'une psychiatrie humaine et aussi chaleureuse que possible ! Mais quel ministre est au courant de cela en 2010 ? Mais quel média agitera cette vérité aussi bruyamment qu'un fait divers sordide ?).

Par contre cela ouvrira la voie à nombre d'abus et d'arbitraires dont il sera désormais particulièrement compliqué de se sortir.

Prudence donc.

BG
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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 23:25

Hier soir quand j'ai quitté mon bureau, il était accroupi à côté de son sac de couchage, le jean pas encore trop sale, différent des clochards standardisés du quartier. Le regard perdu loin, le front plissé par des soucis vertigineusement inaccessibles, le visage marqué de traces fines (griffures ?), il dodelinait de la tête très rapidement, s'interrompant toutes les dix ou douze oscillations horizontales pour placer quatre hochements du menton accompagnés de bruyants "pff - pff". On appelle ça des stéréotypies et c'est un symptôme évocateur de psychose grave, parvenue à un stade "déficitaire" comme on dit (*) ... typique en tous cas d'une schizophrénie non soignée, d'un état très "régressé" comme on dit entre nous. Le genre de trucs qui peut s'améliorer spectaculairement sous traitement (neuroleptiques) et avec un accompagnement cadrant et bienveillant. Mais là il est accroupi, il est sous la pluie, il fait nuit, il fait 2°, il est devant un distributeur Banque Populaire, en plein centre de la grosse ville molle.

Que faire ? L'aborder seul et sans rien avoir à lui proposer de concret, de rassurant et d'immédiat n'aurait pu que renforcer sa perplexité, son hostilité peut-être, dans le pire des cas provoquer une réaction inappropriée. Hors de toute institution, lui dire que je suis psychiatre sans rien savoir de son passé (et de son vécu éventuel des soins) n'est pas forcément la meilleure idée.
- Appeler le samu ou les pompiers ? Il ne demande rien, il bat du coeur, il ne saigne pas : ça ne les intéressera pas, passerais-je une heure à vendre la qualité des soins hospitaliers psychiatriques au médecin régulateur. "Si tu crois qu'on va envoyer un hélicoptère à chaque fois qu'un type a l'air bizarre dans la rue...". Même pas la peine d'y penser, et puis je ne suis de garde de rien, légitime de rien, passons. A supposer qu'ils viennent, la probabilité reste nulle qu'il monte dans la camionnette et attende sagement aux Urgences que le psy de garde le reçoive (et trouve une solution...).
- La police ? Il ne trouble que son ordre privé. Et avec une probablité non nulle que le dialogue tourne mal et qu'il finisse en garde à vue pour outrage... bof, pas très thérapeutique. Au moins il serait au chaud ? Avec une énorme dose de chance il pourrait être amené à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police et orienté vers un lieu de soin... Mais la chance et lui, ça n'a pas l'air d'être ça.
- Téléphoner au secteur psychiatrique (l'hôpital psy responsable de ce quartier) ? D'une part ils n'ont aucun moyen de se déplacer pour rencontrer mon stéréotypiste hors de leurs murs. D'autre part ils seraient sûrement très heureux d'avoir un psychotique S.D.F. de plus à réinsérer sans famille ni soutien... On me conseillerait de lui donner le numéro de téléphone du CMP, pour qu'il prenne rendez-vous dans deux mois. Euh... merci au revoir.
- Théoriquement on peut/doit informer la DRASS... hahaha cette bonne blague, appeler la DRASS à 20 h 30 pour signaler qu'il y a quelque part dans Paris un malade mental en rupture de soin. Mouais. Leur écrire à la rigueur, pour qu'ils envoient une enquête sociale, enfin quelque chose, mais dans six mois. Il fera moins froid, dans six mois, ceci dit...
- Ou le 115 alors ? Mon expérience (vu des Urgences de l'hosto) c'est que 1) ça ne répond pas, le 115, quand il fait froid, toutes les lignes de mon correspondant sont occupés et 2) quand ça finit par répondre au bout de 2 heures de harcèlement, ils ne peuvent pas venir, il faut que le patient se déplace, comprenne et accepte le règlement, ne soit pas excessivement fou..., bref oui mais non.

Je suis donc rentré chez moi d'un pas lourd de résignation.

Ce midi je l'ai de nouveau croisé, marchant droit devant lui, s'arrêtant brusquement, changeant de direction, à l'écoute d'ordres intérieurs dictés par sa volonté folle, comme une radio déréglée qui capte des messages aussi incohérents qu'impératifs. Le sac de couchage dans une main, l'autre dans la poche. Bon il n'est pas mort de froid cette nuit par ma faute c'est déjà ça de pris pour ma culpabilité (heu, la météo annonce un redoux...). Mais quelle tristesse au fond, quel dommage de ne rien pouvoir faire, concrètement, face un malade en rupture de tout, mais qui serait sans aucun doute accessible à quelque chose de thérapeutique... D'où vient-il ? Est-il parti d'un hôpital ? Est-il en voyage pathologique, venu du fin fond du pays, ou d'ailleurs, pour rencontrer une personnalité ou annoncer la fin des temps ? Des gens le cherchent-ils ? A-t-il manqué un rendez-vous avec son psychiatre, puis refusé de répondre aux infirmières du secteur qui essayaient de le recontacter, et ainsi de suite, comme on le déplore si souvent quand les liens se distendent et qu'une prise en charge fait peu à peu naufrage ? Quel avenir pour ce trentenaire en perdition si ce n'est une mort rapide et anonyme, comme ces oiseaux que les balayeurs enlèvent du trottoir au petit matin... A moins qu'un passage à l'acte ne rappelle dans la douleur l'existence de cet homme à la société ? On n'a pas les outils aujourd'hui pour répondre à cela, on n'a pas de filet pour rattraper ces trapézistes de l'impossible.


Dr Bertrand GILOT


(*)
le libéralisme a-t-il même contaminé la sémiologie médicale ?

PS : le titre de l'article est bien évidemment emprunté à l'excellent film "Enfermé dehors" du non moins excellent Albert Dupontel
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Published by Bertrand Gilot - dans La psychiatrie pour les nuls
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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 12:28
reinsertion
(cliquer pour agrandir)

L'hospitalisation en psychiatrie sous contrainte est parfois nécessaire compte tenu des troubles mentaux présentés, pour la sécurité du patient et/ou celle des tiers. Cette privation de liberté pour des raisons de soins soulève régulièrement des questions et des indignations. Pas toujours dans le sens que l'on imagine...


Si la contrainte est d'usage courant, il faut d'abord rappeler que l'immense majorité des hospitalisations, que ce soit en hôpital psychiatrique ("HP" ou "CHS"), en service de psychiatrie à l'hôpital général ou en clinique privée, se fait sur le mode dit "hospitalisation libre" c'est à dire avec exactement les mêmes dispositions qu'en médecine ou en chirurgie.

Contrairement à la crainte répandue d'un "enfermement à vie" (tel ce qui se faisait au début du XXème siècle), l'évolution des pratiques de soin et la réduction du nombre de lits d'hospitalisation, conduit aujourd'hui à des séjours plus souvent trop courts, que trop longs. De plus une hospitalisation sous contrainte peut répondre à des situations très diverses, et se solde quelquefois par une sortie très rapide, une fois la crise initiale résolue.

La législation actuelle (loi du 27 juin 1990) permet la contrainte sous deux formes, applicables uniquement dans un établissement public :

- l'hospitalisation à la demande d'un tiers ("HDT"), la plus fréquente, visant surtout la protection du patient lui-même, est organisée sur des contingences essentiellement médicales (transports, règles administratives...).

- l'hospitalisation d'office ("HO") est décidée par le préfet, sur avis médical, dans des situations de danger pour autrui. Elle permet la mise en jeu de la force publique (police...) et revêt un caractère plus "administratif" et contraignant. Les sorties de l'établissement, même brèves, y sont strictement contrôlées.

Dans ces deux situations les sorties de l'établissement préalables à la levée de la contrainte (sortie définitive) sont absolument nécessaires car elles permettent d'évaluer les aptitudes et la manière d'être du patient dans son milieu habituel, mais aussi d'y maintenir les liens (sociaux, familiaux...) qui faciliteront sa réinsertion. Dans certains cas particuliers, la "sortie d'essai" peut être durable, permettant au patient d'intégrer la réalité d'un cadre de soin, même sorti de l'hôpital. Cela ne peut pas fonctionner sans rigueur ni responsabilité, mais pas non plus sans souplesse. Dans ce contexte, seuls une infime minorité de malades requièrent des séjours sous contrainte prolongés.

Il serait une nauséabonde régression éthique, et une erreur intellectuelle consternante (en plus d'un choix très coûteux...) d'imaginer que l'on pourrait garder hospitalisée indéfiniment toute personne ayant manifesté, un jour, une heure, un instant, un comportement "potentiellement" dangereux. Ainsi d'un schizophrène qui s'est montré agressif lors d'un symptôme délirant rapidement disparu sous traitement, d'un alcoolique qui se montre calme et adapté une fois sevré, ou d'un adolescent qui a présenté une crise destructrice lors d'une prise de drogue à son insu... On ne parlera même pas des erreurs - non exceptionnelles - d'orientation qui concernent des fêtards un peu trop excentriques, des clochards un peu trop râleurs, ou des couples qui se déchirent un peu trop fort sur la voie publique.

Le pouvoir exécutif actuel a déjà maintes fois manifesté, notamment à la suite de faits divers au demeurant choquants mais rarissimes, le souci de resserrer à l'extrême de ce qui est possible le contrôle et l'asservissement de l'outil de soin psychiatrique à l'autorité administrative. Dernier avatar de cet état d'esprit, disons, particulier, une circulaire récente vient mettre les préfets face à une intenable obligation de résultat, qui devrait les inciter à accorder de moins en moins de confiance aux médecins en charge des patients admis sous contrainte (voir liens ci-dessous). Autrefois invités par la l'esprit comme par la lettre de la loi de 1990, à se fier aux décisions médicales qu'ils ne faisaient que valider, les préfets sans formation ni compétence en ce domaine, se retrouvent  à présents comptables devant l'Etat de ce qui peut advenir lorsqu'un malade devra quitter l'hôpital et, Ô frisson suprême, exposer le monde aux risques de sa folie.

On retrouve l'insoutenable soupçon d'inconséquence et la légèreté d'application des principes républicains élémentaires, mais aussi l'ignorance scandaleuse - ou feinte ? - des réalités de toute pratique médicale. Il est une honte absolue d'y lire, cosignée par Madame la Ministre de la Santé, une exigence "d'éléments précis et objectifs". Depuis quand une discipline médicale, quelle qu'elle soit, a-t-elle les moyens de se prétendre "précise et objective" ? Madame la Ministre avait-elle fait la même demande de pronostic aux spécialistes de la grippe ?

Ce que l'on montre là n'est que le mépris de deux siècles de progrès  d'une réelle technicité professionnelle, riche de sa diversité d'idées et de précautions éthiques forgées durement au feu des dérives passées. On occulte au passage que les soignants en psychiatrie sont les premiers à avoir, et depuis longtemps, un intérêt direct, permanent et quotidien à ce que toute forme de violence soit toujours le mieux possible prévenue, évitée et si besoin, contenue.

Ce que l'on exhibe enfin jusqu'au ridicule, c'est, une nouvelle fois, une mesure qui se montrera contre-productive : désormais, quel patient vaguement instable osera-t-il pointer sa folie à la consultation, sachant ce qu'il risque ? Quel psychiatre osera-t-il faire entrer un jeune malade un peu turbulent dans un carcan aussi désespérant et injustifié de contrainte et d'exclusion ? En transformant cet outil thérapeutique, cadre hier utile et cohérent, en système agressif restreignant et malcommode, c'est l'Etat qui se révèlera dangereux pour les malades dangereux :
est-ce bien son rôle ? Et comment fera-t-on face aux conséquences déjà prévisibles sans guère de doute : augmentation des fugues d'un lieu de soin devenu oppressant car dénué de portes, augmentation des ruptures de soins face à des liens devenus menaçants, et hélas, probable explosion de toutes sortes de passages à l'acte. Prévoit-on déjà d'y répondre par de nouvelles restrictions de liberté ? Jusqu'où ? Par quelles pensées sont soutenus ces actes-là ? Si c'est la réduction des risques qui est bien l'objectif sincèrement visé, ce dont on peut douter de plus en plus, ce n'est certainement pas la destruction de la confiance qui y conduira.


Dr Bertrand GILOT

à lire pour en savoir plus :
http://www.mchiebelbaratopa.com/2010/02/psychiatrie-circulaire-du-11-janvier.html

http://www.lyon-communiques.com/communique.php?id=45454
et
http://www.collectifpsychiatrie.fr/spip.php?article105

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 12:01

Inconscient, psychose, TOC, maniaque, surmoi... le vocabulaire des "psys" (-chiatres, -chologues, -chothérapeutes, -chanalystes...) a largement infiltré le langage courant. Les hommes politiques se jettent des "schizophrénies" face à ce qui ne sont que des contradictions, les conjoints s'accusent d'être "parano" (plutôt qu'intolérant) ou "hystérique" (au lieu d'emmerdeuse), et les collègues de travail colleront des étiquettes telles que "intolérant à la frustration" à quelqu'un qui refuse d'être placardisé ou "égo surdimensionné" à un autre, plus compétent qu'eux. Les médias balancent à qui mieux-mieux des interprétations oiseuses comme le ferait toute étudiante en 2ème année de fac de psycho dès qu'une célébrité divorce ou annule un concert. Les psys de leur côté renoncent, bien que lentement, à ce qui a été un scandaleux abus de jargon qui a culminé dans les décennies 1960 à 1980. L'emploi de mots tordus ou inintelligibles n'avait souvent pour objet que de (mal) cacher, par immodestie, l'ignorance dans laquelle nous évoluons encore des turpitudes de l'âme humaine. Relire Sigmund Freud permet ainsi de s'assurer que l'on peut dire des choses d'une profonde pertinence en utilisant un vocabulaire finalement assez simple (malgré l'introduction inévitable de quelques nouveautés) et surtout, avec des phrases syntaxiquement conformes et un raisonnement clair. Il reste que l'on est bien obligé de s'approprier quelques mots du langage courant pour les faire coller, avec plus ou moins de finesse, aux concepts spécifiques de la psychologie.

Dès lors la pratique du métier de psychiatre nécessite couramment, aujourd'hui, de redéfinir avec les patients le sens des mots que l'on emploie, ne serait-ce que pour être certains de parler de la même chose.

Je propose donc dans cette nouvelle rubrique pompeusement intitulée "mon dico Français-Psy" de rédiger "au fil de l'eau" quelques-unes de ces définitions., à destination du lecteur francophone dérouté par le langage des habitants de Psyland. Vous n'y trouverez pas de rédaction académique, référencée ni totalement rigoureuse, cela a déjà été fait mille fois et si Google peut éventuellement vous renseigner, votre libraire saura vous guider efficacement si c'est ce que vous recherchez. Si vous avez plus de goût pour ce genre d'évocation qui se veut ouverte, plutôt heuristique et didactique, cette rubrique est pour vous !

On commencera par du racolage caractérisé : le premier terme présenté est le fantasme...


BG

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Published by Bertrand Gilot - dans Mon dico Français-Psy
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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 11:16

Fantasme

 

Il est peu de mots qui éveillent autant de... fantasmes.

Souvent à la simple évocation de ce terme les joues rougissent et le regard s’alarme, comme si de secrètes constructions intimes, honteuses ou distordues, allaient se dévoiler soudain au monde entier.

 

Risque minime car le voile est bien accroché : par essence le fantasme est invisible, et parfois même partiellement à son propriétaire et fabricant. De l’extérieur, à peine parvient-on à entrevoir certaines de ses conséquences indirectes, et encore… l’interprétation « sauvage » par un tiers qui n’y a pas été convié (fût-il un professionnel de « la psy » !) est donc plus que jamais un exercice incertain. Ajoutons à cela que que les fantasmes ne concernent pas uniquement - ou pas directement - la sexualité : on ne fera que citer toute-puissance, destruction, dévoration, engloutissement, pour finalement renvoyer le lecteur à toutes les autres fixations prégénitales décrites par S.Freud.

 

Moteur du désir, le fantasme tracte celui-ci avec plus ou moins d’énergie et surtout, avec plus ou moins de concordance dans les thématiques mises en jeu. En clair, ce n’est pas parce que l’on est habité ou traversé par des représentations extravagantes et dérangeantes, que l’on est forcément l’acteur potentiel d’une dangereuse déviance… cela devrait en rassurer certain(e)s.

 

Le désir, lui, avance en restant au ras des flots, il se confronte aux vagues que lui impose le réel. Il est tracté mais n'avance pas forcément dans la même direction. Il adapte le fantasme, le traduit en permanence dans un autre langage, compatible celui-ci avec la vie sociale de son temps et surtout avec le désir de l’autre (à commencer par le/la partenaire dans la relation sexuelle), adaptation qui suppose un inévitable degré de censure. Le fantasme évolue donc dans un autre univers que le désir, il est mû par d’autres forces, massivement inconscientes, et s'il lui arrive de se heurter à des obstacles cela nous reste en grande partie inaccessible. Cet étrange attelage pourrait aisément se comparer à un kite-surf, si l’on me permet cette métaphore sportivo-balnéaire… Cela rend compte des télescopages impromptus, accélérations surprenantes, virages brutaux, envolées majestueuses ou lourdes chutes qui émaillent quelquefois la trajectoire du désir.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/05/Kitesurfing.JPG

  image : source wikipedia

 

Le pervers prétendra s’affranchir de telles contraintes et feindra de croire que c’est au monde de se plier à son arrogante réalité intérieure personnelle, jusqu’à l’inévitable accident final, tel Phaeton se révélant incapable de conduire le char du Soleil (*). Le névrosé, lui, verrouillera la censure jusqu’à la paralysie douloureuse de toute réalisation de son désir.

 

Dès lors, un des enjeux fréquents en psychothérapie est de démêler les fils qui relient le désir au fantasme, ce  qui est infiniment plus libérateur que de "simplement" rendre consciente une part, forcément limitée, de la vie fantasmatique...


BG

 

(*) ils sont couillons chez Volkswagen, tout de même, fallait me demander avant de lancer un produit avec un nom aussi chargé de symbole... négatif !

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Published by Bertrand Gilot - dans Mon dico Français-Psy
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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 23:47

http://www.mikecs.net/prodigeek/images/7greatestalieninvasions_AA8E/mars_attacks.jpg

Fait exceptionnel, un specimen d’humanoïde extra-terrestre vient d’être identifié formellement, et cela en plein cœur de Paris. Il avait été aperçu sur le campus d’HEC il y a une quarantaine d’années en compagnie de plusieurs de ses semblables, selon certains témoins. Son arrivée sur Terre dans un nuage de lumière scintillante, tandis que résonnaient des trompettes au plus haut des cieux, avait fait évoquer un instant sa nature divine, avant que des scientifiques ne démentent cette information.

Longtemps passé inaperçu car terne et ennuyeux avec ses mocassins et sa cravate, il a su s’infiltrer au plus haut des rouages de la société Terrienne, avant de se démasquer bêtement alors que sa carrière approchait de son terme et qu’il allait enfin pouvoir ramener chez lui de précieux échantillons représentatifs de notre biodiversité (des actions, de l’or, des montres Rolex®… ). Malgré les signaux que lui envoyaient ses amis (des Terriens du réseau R-HEC-SF et aussi d’autres extra-terrestres descendus du même vaisseau que lui), ce specimen a persévéré dans l’erreur qui l’a mené à sa perte, signe qu’en dépit d’une parfaite ressemblance physique, l’acclimatation sur notre Terre de ce genre d’êtres surnaturels n’est jamais définitivement acquise.

Ainsi Henri Proglio – c’est son nom – questionné par les médias, a continué d’affirmer qu’il était NOR-MAL de gagner en un an ce que gagnent 170 smicards. Ca encore, on s’en fout, on nous a toujours dit que les smicards, hein, ils n’avaient qu’à mieux travailler à l’école quand ils étaient petits, ou venir tenir la caisse du Franprix le dimanche pour être mieux que smicards.

Non par contre, ce qui est choquant c’est qu’il gagne autant que 40 professeurs d’université ou encore 30 médecins (selon les estimations de mon amie la CARMF). Et ce qui est encore plus emmerdant, mais alors vraiment, c’est qu’en plus toute l’oligarchie vienne nous expliquer au micro que c’est NOR-MAL et que si l’on veut de l’excellence dans le business, c’est le tarif NOR-MAL et qu’en plus, c’est un type vachement bien, sérieux dans son boulot et tout, et qu’il assume des responsabilités tellement importantes que si il met son entreprise dans le mur et qu’il licencie 40000 personnes, il risque de perdre une partie de son bonus, c’est pour dire à quel point c’est LE type qui en a plein le pantalon, le super-aventurier du goût du risque qui se mouille par pur désintéressement, par pure gentillesse, juste pour nous. L'argument qui tue ? Un gars passionné par l'intérêt général, ça se paye ! Quand je vois la chance qu'on a, je me dis que pour ma prochaine facture EDF je rajouterai un petit chèque de soutien, en plus du TIP. On l'a fait pour Haïti, on peut bien le faire pour soutenir l'intégration des extraterrestres, non ?

 

Par contre le reste des humains, qui eux n’en ont rien à fichtre de l’excellence et se complaisent à se vautrer en ricanant dans une médiocrité dégoûtante sans se sentir responsables de quoi que ce soit (comme les professeurs d’université, ou les médecins, les commissaires de police, les pompiers…), a compris que ça pose un problème. Par contre les gens qui travaillent à leur compte, ceux qui exposent leur famille aux crocs des huissiers à la moindre appendicite, eux, ont compris que ça pose un problème.

L’extra-terrestre, lui, nous montre sa vraie nature en expliquant qu’il n’a rien compris, enfin vaguement il dit que c’est simplement à cause de la crise, il renonce à un pourboire annuel qui est le prix du domicile de beaucoup de gens, preuve que tout est NOR-MAL. Alors il fanfaronne et s’en va s’endormir en feuilletant quelques pages d’un excellent ouvrage sur le darwinisme social. Attention tout de même : le darwinisme implique que les gloutons repus  eux-mêmes finissent par attirer dangereusement toutes sortes de prédateurs.

 

BG


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Published by Bertrand Gilot - dans Société
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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 23:10
Bien que son titre ne me satisfasse pas totalement, j'inaugure cette rubrique "Brèves de psy" qui a pour objet de laisser quelques phrases à méditer (ou pas), concernant la psy (ou pas).
J'y proposerai des définitions de concepts de psychologie et/ou de thérapeutique (voire de psychothérapie), ou des idées plus personnelles, sous forme métaphorique ou en tous cas "non académique" (Google est là pour ça, déjà).

Plus peut-être que le reste du blog cela pourra intéresser des professionnels, le cas échéant.

Vos remarques sont évidemment les bienvenues !

BG
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Published by Bertrand Gilot - dans Brèves de psy
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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 10:33

 

L’analyse des chiffres publiés par l’ONCFS  concernant les accidents de chasse est édifiante. Le nombre d’accidents de chasse mortels oscille entre 15 et 40 par an, la baisse relative des années précédentes semblant terminée avec 21 morts la saison 2008-2009, et un début de saison 2009-2010 marqué par quelques drames sanglants. Nous n’évoquerons pas ici le sort des blessés (150 à 200 par saison, soit un par jour en saison de chasse, tout de même…). Ne sont pas comptabilisés les accidents liés à la manipulation des armes de chasse hors contexte, rattachés aux accidents domestiques.

 

Nous l’avons déjà écrit dans ces colonnes, la criminalité liée aux malades mentaux est très faible. Elle est difficile à quantifier directement, mais l’on sait que l’immense majorité des 1000 homicides annuels en France sont commis par des gens « sains d’esprit ». Une lecture attentive des médias depuis de longues années sur ce point me fait évaluer à environ 12 cas par an les homicides réellement commis par des personnes atteintes de maladie psychiatrique grave et du fait même de leur maladie (exemple typique : le meurtre commis par obéissance à des hallucinations auditives).

 

Concernant la nature des victimes, une étude montre que la grande majorité des cas d’homicide (87,5 %) de malades mentaux concernent des personnes de leur entourage immédiat.

Qu’en est-il dans le monde de la chasse ? Selon l’ONCFS toujours, 62 % des victimes sont eux-mêmes des chasseurs, « postés » ou « traqueurs » et 6 % des accompagnants. Remarquable symétrie, selon une autre source seulement 14% des victimes sont des « non chasseurs ».

 

Dès lors il est intéressant de comparer ces deux populations. L’une a été surexposée par les médias et les plus hautes autorités du pays comme étant une fraction dangereuse nécessitant surveillance et méfiance. L’autre attire traditionnellement une large sympathie, au delà des clichés railleurs, notamment dans le monde rural ou semi-rural, elle ne suscite guère les critiques que de quelques militants écologistes et bénéficie plutôt d’un regard bienveillant des politiques qui y voient une réserve d’électeurs facile à satisfaire. Et l’on n’en parle jamais. Qu’en est-il de leur dangerosité respective ?

 

Concernant la schizophrénie, on peut estimer le nombre de malades en France entre 400 et 600 000, nous considérerons ce dernier chiffre comme une bonne approximation, quitte à le surestimer notamment parce que l’on ne dispose pas de chiffre fiable concernant d’autres pathologies pouvant entraîner des actes homicides et notamment la psychose paranoïaque. Les chasseurs se comptent plus facilement puisqu’ils sont inscrits à une fédération, on en dénombre 1400 000. Leur activité ne dure cependant que de Septembre à Février, environ six mois par an, la moitié de l’année. La maladie mentale s’exprime hélas tout au long de l’année : pour établir une comparaison pertinente nous devrons donc imaginer de doubler fictivement le nombre d’accidents de chasse mortels soit 40 cas/an, en faisant l'hypothèse que la mortalité serait identique durant la saison d’été.

 

Nous obtenons donc une mortalité induite par individu :

* chasse extrapolée sur 12 mois : 40 morts pour 1 400 000 chasseurs = 0,0000285 accident mortel par chasseur

* psychoses chroniques : 12 morts pour 600000 malades = 0,00002 homicide par malade

 

Tout cela reste évidemment une grossière approximation, qui demanderait de larges compléments pour être totalement valide : recueil de données plus exhaustif, méthodologie statistique plus élaborée nous manquent au premier plan.  Nous n'avons pas pris en compte le fait que la chasse n'est ouverte qu'un à deux jours par semaine, par exemple, durant la saison d'ouverture. Néanmoins, ce calcul nous indique que le danger n’est pas forcément toujours, et pas forcément uniquement, là où l’on attire votre attention. Cela permettra peut-être aux gens qui vivent à la campagne ou dans les petites villes, de réaliser qu’ils courent plus de risques de tomber sous les balles d’un chasseur que sous les coups d’un malade mental en rupture de soins psychiatriques. En réalité peu l’ignorent : en bordure de la petite ville où j’ai grandi, on ne comptait plus les chats et les chiens tués par les chasseurs, les impacts de balle sur les maisons et les plombs fichés dans les volets, les adolescents mis en joue parce qu’ils passaient en VTT sur le même chemin que les hommes en kaki. Quant aux non-respect, courant, des frontières de territoires, c'est assez simple bien que cela nous renvoie à des temps très anciens : c'est celui qui est armé qui a raison. Un dimanche paisible, un avion de l’aéroclub avait réussi à se poser en catastrophe avec la voilure déchirée par des plombs de chasse… Tant que ça reste un loisir…

 

De plus tout cela doit être relativisé compte tenu de l’équipement du chasseur moderne. A la lecture de quelques anecdotes (voir par exemple ici) on apprend que la chasse se pratique sans complexe dans le brouillard le plus épais, que certains fusils ont une portée de 3 à 4 km (l'éloignement règlementaire par rapport aux maisons étant de 150 mètres…), qu’il suffit d’un arbre un peu dur ou d’un sol un peu gelé pour qu’une balle perdue ricoche et vous traverse la carotide pendant votre jogging, voire quelquefois dans votre canapé, qu’il est assez courant de tirer dès que la végétation bouge un peu et sans vision directe de la proie, ou que certains partent baïonnette au canon malgré une maladie de Parkinson évoluée ou une acuité visuelle très déclinante. Fort heureusement (1) on apprend que les problèmes liés à l’alcool n’existent pas : « si l’on boit, c’est après ». Au final, on se dit presque joyeux, que ça pourrait être pire.

 

Alors que faire face à cette accumulation de tragédies, qui serait tout aussi spectaculaires que les meurtres de fous si l’on faisait venir les caméras de télévision zoomer sur la plaie béante de la belle-fille du maire déversant son cerveau désormais sirupeux dans la terre humide de sa région natale ? Faut-il envisager les mêmes méthodes que celles évoquées par le Président National® l’année dernière au sujet des malades mentaux ? Installer un tracker GPS dans chaque paire de bottes ? Exiger une expertise médicale et psychiatrique approfondie pour chaque permis de chasse ? Limoger les préfets incompétents, fustiger les présidents de chasse inconscients de l’intérêt général et les pratiquants aveuglés par leurs traditions ? Leur faire rembourser les frais de soins, de SAMU, de convalescence de leurs victimes, ainsi que les frais d’enquête et de procédure ? Ou leur couper leurs prestations sociales, ou les renvoyer dans leur…  heu, non rien, je m'égare, on finirait par trouver normaux des discours qui ne le sont pas.

 

Ou plus probablement, ne rien faire et surtout ne rien dire, parce qu’un chasseur ça vote, à la différence de bien des fous, et c’est armé, à la différence de tous les psychiatres ? Si vous croisez le Président, dites-lui bien que si l’on veut réellement moins d’homicides en France, il faut s’en prendre à tous ceux qui en commettent, fût-ce par folie ou imprudence, c’est la règle de l’Egalité républicaine qui lui enjoint...



Bertrand GILOT


Ref : 1. magazine Modergnat n°59, décembre 2009


 

 

 

 

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 11:11
 14 janvier 2010

Signe des temps, c’est l’actualité judiciaire qui nous apporte très belle illustration de ce que je disais à propos du combat opposant le principe de précaution et les intérêts privés, je veux dire le « vrai » principe de précaution, celui qui prône une gestion des risques émergents favorable aux « vrais gens » (ni politiciens, ni actionnaires, ni corrompus). Une fédération de producteurs de raisin (FNPRT) réclame devant le Tribunal de Paris la somme écrasante de 500000 euros au MDRGF, une association écolo, pour avoir, accrochez-vous, rendu publiques des données scientifiques sur la teneur en pesticide du raisin de table… En l’occurrence ils prennent la peine de préciser qu’ils n’attaquent pas l’étude elle-même, mais la présentation qui en est faite. Autrement dit : étudiez ce que vous voulez, mais ne le faites pas savoir au public. Pour rigoler un coup on y apprend que certes le raisin produit en France « respecte les normes » (c’est à dire des seuils de dosage dont la pertinence est incertaine, sachant la toxicité des produits en cause… ) mais aussi qu’une partie des raisins produits en UE contient des produits qui y sont pourtant interdits (pour leur dangerosité), raisins qui eux, sont bel et bien vendus en France. Mais chut, ne le dites pas trop fort, cela pourrait amener les producteurs à de meilleures pratiques… il paraît qu’on manque de producteurs de bio en France, ne vous bousculez pas les gars, on ne vas pas mettre en péril pour de bêtes raisons de santé les bienfaiteurs de l'humanité qui vendent ces tristes soupes agrochimiques. Un tiers des pesticides utilisés en France serait destinés aux vignes, d’ores et déjà. On nous assure que c’est un mal nécessaire, il n’empêche que la France absorbe un tiers des pesticides consommés en Europe (selon une dépêche AFP citée ici). N'allez pas déranger le Ministère de la Santé pour ça, ils sont occupés à gérer la fin de la non-grippe.


Tout cela n’est pas sans rappeler le procès intenté par les producteurs de sel au chercheur de l’INSERM Pierre Meneton pour avoir attiré l’attention sur les dangers de l’excès de sel dans l’alimentation (procès perdu au printemps 2008)


Pour l’instant (il y a d’autres exemples, voir les affaires d’antennes-relais de téléphonie mobile) la justice semble donner plutôt raison aux défenseurs de l’intérêt général qu’à leurs adversaires. Mais cela reste un danger permanent, et un frein notable, pour des associations fragiles ou des particuliers qui n’ont pas forcément les moyens d’entretenir une armée d’avocats spécialisés. Aussi même si les procès sont pour l’instant perdus, la méthode est troublante et pour tout dire nauséabonde, qui consiste à assigner quiconque pense différemment de vous et vous renvoie à vos responsabilités. Le minimum exigible d'une démocratie moderne serait  que l'on sorte enfin de ce type de rapport de forces.

En attendant que l'on invente - et applique - de nouvelles solutions, verdict le 10 Février.


BG


Plus d’infos et de références ici :

http://news.doctissimo.fr/pesticides-les-producteurs-de-raisin-attaquent-en-justice-le-mdrgf_article6396.html

 

MISE A JOUR 22/02/2010 : c'est les méchants qui ont perdu !!!
à lire dans le détail c'est assez rigolo, pour la forme...

BG
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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 13:33

 


Bon c’est fait.

Noël.

On apprend fin 2009, ou plus exactement on diffuse l’info à très large échelle, selon laquelle notre sympathique pépère ramoneur / distributeur de cadeaux aux enfants sages, désormais appelé Santa Claus jusqu’au fond de la Creuse (Tino Rossi reviens ! ils sont devenus fous !) a été en réalité habillé à des fins publicitaires aux couleurs de Coca-Cola®, que son antique tradition remonte en fait à quelques décennies, et que, tant qu’on y pense, la tradition n’exigeait nullement comme une nécessité absolue de faire des cadeaux médiocres mais coûteux à des tas de gens que l’on apprécie pas forcément.

Ca tombe bien les couleurs de Coca-Cola®, parce que tout cela laisse un fort goût de MacDo® : adulte ou enfant, on est toujours vaguement excité à l’idée d’y aller manger (avec des raisons différentes selon l’âge, mais toujours plus ou moins transgressives…), il faut faire la queue au pire moment, on piaffe jusqu’à l’assaut final, on se jette sur des emballages que l’on déchiquette frénétiquement, on mange trop et mal, on sort repu certes mais carencé et le désir réapparaît à peine satisfait. Comme une excuse à ce trop bref plaisir on repartira avec dans les bras un cadeau en plastique chimique fabriqué en Chine par des enfants sans école ni salaire (tristes lutins...), dont on se lassera au bout de dix minutes chrono et dont la destination sera plus probablement la benne que la postérité (on parie ? allez chiche, tu me les ressors en 2017, le cadre photo numérique et la montre-podomètre et le pull en laine de pétrole et l’intégrale DVD du championnat de Ligue 1 ?).

Heureusement il reste une leçon de pédagogie universelle pour les plus jeunes : chaque enfant de nos pays occidentaux, chaque Noël, est invité à se féliciter du meurtre d’un jeune épicéa.

 

Belle métaphore...


Je vous laisse, il faut que j’aille enlever les guirlandes…

Bertrand Gilot

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