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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 12:01

Inconscient, psychose, TOC, maniaque, surmoi... le vocabulaire des "psys" (-chiatres, -chologues, -chothérapeutes, -chanalystes...) a largement infiltré le langage courant. Les hommes politiques se jettent des "schizophrénies" face à ce qui ne sont que des contradictions, les conjoints s'accusent d'être "parano" (plutôt qu'intolérant) ou "hystérique" (au lieu d'emmerdeuse), et les collègues de travail colleront des étiquettes telles que "intolérant à la frustration" à quelqu'un qui refuse d'être placardisé ou "égo surdimensionné" à un autre, plus compétent qu'eux. Les médias balancent à qui mieux-mieux des interprétations oiseuses comme le ferait toute étudiante en 2ème année de fac de psycho dès qu'une célébrité divorce ou annule un concert. Les psys de leur côté renoncent, bien que lentement, à ce qui a été un scandaleux abus de jargon qui a culminé dans les décennies 1960 à 1980. L'emploi de mots tordus ou inintelligibles n'avait souvent pour objet que de (mal) cacher, par immodestie, l'ignorance dans laquelle nous évoluons encore des turpitudes de l'âme humaine. Relire Sigmund Freud permet ainsi de s'assurer que l'on peut dire des choses d'une profonde pertinence en utilisant un vocabulaire finalement assez simple (malgré l'introduction inévitable de quelques nouveautés) et surtout, avec des phrases syntaxiquement conformes et un raisonnement clair. Il reste que l'on est bien obligé de s'approprier quelques mots du langage courant pour les faire coller, avec plus ou moins de finesse, aux concepts spécifiques de la psychologie.

Dès lors la pratique du métier de psychiatre nécessite couramment, aujourd'hui, de redéfinir avec les patients le sens des mots que l'on emploie, ne serait-ce que pour être certains de parler de la même chose.

Je propose donc dans cette nouvelle rubrique pompeusement intitulée "mon dico Français-Psy" de rédiger "au fil de l'eau" quelques-unes de ces définitions., à destination du lecteur francophone dérouté par le langage des habitants de Psyland. Vous n'y trouverez pas de rédaction académique, référencée ni totalement rigoureuse, cela a déjà été fait mille fois et si Google peut éventuellement vous renseigner, votre libraire saura vous guider efficacement si c'est ce que vous recherchez. Si vous avez plus de goût pour ce genre d'évocation qui se veut ouverte, plutôt heuristique et didactique, cette rubrique est pour vous !

On commencera par du racolage caractérisé : le premier terme présenté est le fantasme...


BG

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Published by Bertrand Gilot - dans Mon dico Français-Psy
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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 11:16

Fantasme

 

Il est peu de mots qui éveillent autant de... fantasmes.

Souvent à la simple évocation de ce terme les joues rougissent et le regard s’alarme, comme si de secrètes constructions intimes, honteuses ou distordues, allaient se dévoiler soudain au monde entier.

 

Risque minime car le voile est bien accroché : par essence le fantasme est invisible, et parfois même partiellement à son propriétaire et fabricant. De l’extérieur, à peine parvient-on à entrevoir certaines de ses conséquences indirectes, et encore… l’interprétation « sauvage » par un tiers qui n’y a pas été convié (fût-il un professionnel de « la psy » !) est donc plus que jamais un exercice incertain. Ajoutons à cela que que les fantasmes ne concernent pas uniquement - ou pas directement - la sexualité : on ne fera que citer toute-puissance, destruction, dévoration, engloutissement, pour finalement renvoyer le lecteur à toutes les autres fixations prégénitales décrites par S.Freud.

 

Moteur du désir, le fantasme tracte celui-ci avec plus ou moins d’énergie et surtout, avec plus ou moins de concordance dans les thématiques mises en jeu. En clair, ce n’est pas parce que l’on est habité ou traversé par des représentations extravagantes et dérangeantes, que l’on est forcément l’acteur potentiel d’une dangereuse déviance… cela devrait en rassurer certain(e)s.

 

Le désir, lui, avance en restant au ras des flots, il se confronte aux vagues que lui impose le réel. Il est tracté mais n'avance pas forcément dans la même direction. Il adapte le fantasme, le traduit en permanence dans un autre langage, compatible celui-ci avec la vie sociale de son temps et surtout avec le désir de l’autre (à commencer par le/la partenaire dans la relation sexuelle), adaptation qui suppose un inévitable degré de censure. Le fantasme évolue donc dans un autre univers que le désir, il est mû par d’autres forces, massivement inconscientes, et s'il lui arrive de se heurter à des obstacles cela nous reste en grande partie inaccessible. Cet étrange attelage pourrait aisément se comparer à un kite-surf, si l’on me permet cette métaphore sportivo-balnéaire… Cela rend compte des télescopages impromptus, accélérations surprenantes, virages brutaux, envolées majestueuses ou lourdes chutes qui émaillent quelquefois la trajectoire du désir.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/05/Kitesurfing.JPG

  image : source wikipedia

 

Le pervers prétendra s’affranchir de telles contraintes et feindra de croire que c’est au monde de se plier à son arrogante réalité intérieure personnelle, jusqu’à l’inévitable accident final, tel Phaeton se révélant incapable de conduire le char du Soleil (*). Le névrosé, lui, verrouillera la censure jusqu’à la paralysie douloureuse de toute réalisation de son désir.

 

Dès lors, un des enjeux fréquents en psychothérapie est de démêler les fils qui relient le désir au fantasme, ce  qui est infiniment plus libérateur que de "simplement" rendre consciente une part, forcément limitée, de la vie fantasmatique...


BG

 

(*) ils sont couillons chez Volkswagen, tout de même, fallait me demander avant de lancer un produit avec un nom aussi chargé de symbole... négatif !

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Published by Bertrand Gilot - dans Mon dico Français-Psy
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