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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 21:58

 

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C’est toujours facile à dire après, mais, si, je vous assure : j’avais l’intention d’ouvrir cette rubrique avec le concert d’Orelsan avant qu’il ne soit récompensé aux Victoires de la Musique 2012.

Un simple lien dans un mail d’un ami il y a quelques mois vers le clip de Plus rien ne m’étonne, et la curiosité était piquée... Quel est donc ce type capable de chanter qu’il n’est «plus assez naïf pour avoir une opinion» ? Capable de déclencher (à l’insu de son plein gré) une belle polémique avec des associations féministes, mais aussi de vous tirer une larme en évoquant le travail des enfants en Chine (La petite marchande de porte-clés). Deux albums écoutés en  boucle plus loin, je dois avouer avoir mis un genou à terre : je suis conquis, et il était urgent d’aller vérifier tout çà en concert.

Premier choc à l’entrée, j’ai vainement cherché ma Carte Vermeil, mais non, on n’est toujours pas en 2052, c’est juste le public qui est très, très jeune... Jeune et motivé, tout le monde connaît toutes les paroles, la connexion avec l’artiste est totale et immédiate... Lui ressemble effectivement à un type normal, spontané, un vrai. Il déroule généreusement un show tonique et bien construit avec un sens de la scène juste assez cabotin, enchaîne de façon équilibrée les titres très rap (Soirée ratée) et d’autres plus proches de la chanson classique (La Terre est ronde), où se télescopent bons mots potache («parti frais comme un gardon, je suis revenu fumé comme un saumon») et critique sociale à la fois sèche et imparable («fermez les bibliothèques on a des ps3 » !). Le talent d'Orelsan pour passer en un éclair d'un extrême à l'autre n'est pas la moindre de ses qualités... Les provocations parfois trash ne manquent pas, comprenne qui peut où passe la frontière de l’humour, ainsi que les codes propre à notre époque, et c’est très bien comme ça (quel artiste parvient à bousculer sans jamais flirter avec la limite ?). Le texte se révèle précis, fin, tranchant, ludique, toujours porté - et jamais étouffé - par une excellente rythmique et par ses très bons musiciens. La lucidité insoumise donne à réfléchir mais ne se fait pourtant jamais accusatrice (si ce n’est envers Justin Bieber, mais quelle importance ?) ni donneuse de leçons (si ce n’est envers lui-même comme dans Le chant des sirènes !), ce qui montre un recul inhabituel au rayon chanteur pour jeunes, et une maturité d’écriture inhabituelle tout court.

On lit deci-delà, qu’Orelsan parle des problèmes très spécifiques de l’adolescence : le sens de la vie dans une société dédiée à l’hédonisme consumériste, la séduction, l’amour, la sexualité, le rapport à l’ambition, la mort. Bon d’accord, alors je suis encore adolescent, j’assume s’il le faut, mais en tous cas il y a belle lurette qu’un concert ne m’avait donné autant de sourire et d’énergie - malgré la note douloureuse, attendue, du final sur  Suicide social.

 

BG

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 09:27


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Le psychiatre vit généralement en milieu urbain, à l’abri de cavités solitaires que l’on nomme «cabinet médical» s’il aime les belles autos et la liberté, ou dans des colonies grégaires appelées «hôpital» lorsqu’il aime l'odeur d'éther et la sécurité de l’emploi. Peu résistant au grand froid, il apprécie la lumière, mais supportera les clairs-obscurs et même une exposition ombrageuse peut convenir. D’un naturel robuste, il nécessite tout de même un peu d’entretien.

Si l’on observe le psychiatre attentivement, on remarquera qu’il ne possède pour ainsi dire pas de corps, mais par contre deux énormes oreilles, et un stylo. Entre les oreilles se situe le cerveau, dont on ne sait rien. L’entretien du stylo est anecdotique, il suffit de le remplacer lorsqu’il est vide.

A l’inverse, l’entretien des oreilles doit être absolument rigoureux. En effet, il faut bien entendre qu’elles sont pilonnées au fil des années par des drames injustes et des souffrances absolues, triturées par des transgressions indigestes, englouties par des deuils orphiques et des passions pyrogravées, distordues quelquefois par des délires spectaculaires, et en tous cas perpétuellement cinglées par le grésil à granulométrie variable des symptômes - sans oublier les stalagtites de secrets de famille millénaires aux calcifications contondantes, qui se forment parfois sur les bords de l'hélix. Bref, elles peuvent finir par donner des signes de fatigue, au risque de réduire le rythme et la richesse des floraisons. Ce qui serait dommage, tout de même.

Vous l’aurez compris, la récolte bi-hedomadaire du cérumen n’y suffit pas, aussi élégante que soit la rotation spiroïde qu’imprime le poignet au coton-tige. Il est capital, pour maintenir le psychiatre en bon état de fonctionnement, de régénérer aussi souvent que possible les tréfonds du fin-fond de ses oreilles, là où accostent les naufragés, là où sédimente la poussière d’âme et les éclats de vernis névrotique. Alors il faut du vent ! Du mouvement ! Du sensible bien sûr, de l’époussettement d’archéologue aussi pointilleux que l'archet sur le violoncelle, mais aussi du gros, du lourd, du puissant : ne laboure-t-on pas la terre chaque hiver en profondeur pour lui permettre de produire à nouveau ? Ne faut-il pas secouer les tympans comme on bat les tapis, le printemps revenu ?

Le but de cette rubrique (*) sera donc de vous présenter quelques compte-rendus de mon programme d’entretien auditif que l'on peut qualifier de semi-aléatoire. Si ça se trouve, c’est aussi le prétexte à quelques expériences sonores - et au plaisir de vous les raconter.

 

BG

 

(*) Il appartiendra aux historiens de l’Internet de dire si elle se révèle aussi peu stable et prévisible que mes précédentes tentatives de lancer une rubrique régulière.

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