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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 16:18


Zéro : tout tend vers ça en ce moment, même le Coca-Cola, et même les cours de la Bourse. La tolérance doit désormais être nulle nous assure-t-on régulièrement, sans que le but n’en soit d’ailleurs bien précisé : s’agit-il de nous amener vers plus de sérénité, de bonheur, de responsabilité, ou d’harmonie universelle, on ne sait pas trop, mais la voie est en tous cas tracée avec une fermeté martiale. Il faut impérativement rester dans la norme, rouler accrédité à 89 km/h devant le radar automatique, ne plus fumer, ne plus boire d’alcool, ne presque plus faire l’amour, ne plus dire de gros mots, ne plus garer son scooter sur le trottoir ni bricoler sa 2042 au fond du garage du cousin fiscaliste, consommer ce qu’on nous vend, se conformer à ce qu’on nous demande et croire à ce qu’on nous promet. Voir l’affaire dite « de Tarnac », où (indépendamment du fond de l’histoire) le simple fait de ne pas avoir de téléphone portable a été considéré comme un indice de culpabilité par les policiers ! Vanter une technique de jardinage qui ne rapporte rien à une multinationale vous conduit au tribunal (cf. le purin d’ortie). Mettre sur sa moto des clignotants non homologués, aussi. Porter un sweat à capuche sur une peau foncée reste toléré, mais c’est en contrepartie du tutoiement par les forces de l’ordre. Heureusement, doubler son parachute doré, ce n’est pas toléré non plus, et là on risque gros : un coup de fil du Chef, voire un article dans le journal, ça fout la trouille non ?
Bref on oublie les marges, les arrangements, les compromis, la souplesse, la zone de flou et de bilinguisme à la frontière, on vire la compassion, on exclut, on sectionne, on bannit. Adieu tolérance, anomalie, impureté… oups ! Mais comment parler de tout cela sans exhumer un vocabulaire aussi chargé ? On coupe tout ce qui dépasse, résurgence troublante d’un fantasme castrateur de libertés qui fleure mauvais les années soixante, quand barbouzes désoeuvrés et hippies narquois jouaient à cache-cache dans une société bien pensante et conformiste. Tiens, où sont-ils passés ceux-là ? C’est maintenant qu’on aurait besoin d’eux, les hippies, mais hélas ils ont changé leur Combi Volkswagen pour un X-5 et se sont pour la plupart adossés opportunément à leur génération cambrioleuse des baby-boomers, vous savez celle qui, légitimée par la chicorée et le rutabaga puis confite dans le sucre et le pétrole des Trente Glorieuses distribue aujourd’hui les leçons de morale aux jeunes chômeurs diplômés, priés d’attendre d’avoir 70 ans pour hériter et se lancer dans la vie...

Parce qu’il faut bien comprendre que maintenant, le risque aussi, c’est fini ! Fini les chutes dans les escaliers anti-feu anti-glisse anti-essoufflement, fini les méchants voyous (qui refusent de remercier la République de les avoir enfermés dans des ghettos de pauvres aux barrières aussi invisibles qu’infranchissables), fini le cancer qui tue, fini la sauce qui tâche, fini le chirurgien qui a un coup de fatigue, adieu les courbatures après le footing, le risque, c’est nul ! le risque c’est zéro ! finissons-en avec tout ça une bonne fois. Dans ce beau monde tout neuf - et tout clinquant - on se sent ENFIN protégés des pieds à la tête, guidés, sermonnés, encadrés, et tout ce qui s’agite, couine, vibre, déconne, bref s’éloigne du flot certifié des Bonnes Choses, sera rapidement rappelé à l’Ordre. Sans doute l’histoire deviendra-t-elle un petit peu plus terne quand on aura inventé le miroir-à-se-regarder-dedans et que la foule prendra lentement conscience que les gens parfaits qui ne passent jamais aucune ligne jaune et ne font jamais prendre de risques aux autres, ne sont finalement, pas si nombreux que ça…

En attendant, mon brave Bernardo ? ben c’est pas vraiment le moment d’attraper une maladie mentale, parce que les psychiatres, ils ne sauront jamais tracer la limite entre un risque faible et un risque nul. Et que par les temps qui courent cette faiblesse ne leur sera pas pardonnée. Même s’il s’en trouvera toujours quelques uns pour applaudir la fin des tolérances.

Allez, même les plus frileux d’entre vous le savent bien, la vie sans risque ça n’a jamais existé, et ça n’existera jamais : parce que le risque, comme la mort, comme l’échec parfois, sont l’essence même de la vie, du mouvement, de la lumière. Les choses sont d’ailleurs ainsi faites que celui qui reste sans bouger dans son lit mourra d’une phlébite, alors à choisir… Quant à la tolérance aux autres – qui n'a jamais été contradictoire avec une répression intelligente, soit dit en passant – elle demeure une compensation durable à nos propres imperfections, et un fluidifiant nécessaire à toute vie en société, évitant les surchauffes et les frictions dont le danger, est, lui, bien avéré.

« Z »
D’un « Z » qui veut dire Zéro.




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Published by Bertrand Gilot - dans Société
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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 15:18
"La psychiatrie est une sentinelle de la République", cette belle phrase et bien d'autres sont à lire dans l'interview du confrère psychiatre Hervé Bokobza dans Le Monde daté de ce 11 Avril. Très bonne synthèse des différents soucis qui affectent notre beau métier en ces temps troublés, de la partialité de plus en plus stérile de l'enseignement universitaire aux récentes distorsions sécuritaires.
A méditer en particulier par tous ceux qui pour toutes sortes de raisons croient voir dans cette spécialité aujourd'hui menacée une entreprise d'aliénation de l'individu.



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Published by Bertrand Gilot - dans La psychiatrie pour les nuls
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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 12:05
C'est décidé : j’inaugure cette rubrique « Culture » avec une critique du film Fast and Furious 4.

Dom Torreto (Vin Gasoil) embraye sur sa réinsertion sociale dans un village latino-américain, suite à un braquage foiré. Soucieux de l’évolution du prix du pétrole, en vue d’alimenter des courses clandestines, c’est une banale tentative d’arraisonner un camion citerne d’essence dans une descente à 15% qui a fini par attirer l’attention de la police sur son team de branquignols. Grand seigneur, il s’est rangé des voitures (enfin, il est devenu garagiste, tout de même) pour épargner aux siens une sortie de piste. Quand soudain, il apprend par sa sœur Mia (Jordana Brewster), que son amoureuse Letty (Michelle Rodriguez) a été tuée dans la banlieue de Los Angeles. D’abord impacté par la phase de choc et de déni qui inaugure tout processus de deuil, il déploie l’airbag de sa névrose rustique en réalisant que la position de passivité où le projette le drame lui est inaccessible compte tenu de la structure de sa personnalité. Rapidement convaincu que seule l’action le libérera de ses fantasmes de réparation, déjà furious mais pas encore fast, il se rend à l’enterrement, où l’élite de la police américaine ne remarquera pas sa présence (il était caché derrière un arbre). Envahi par des reconstructions visuelles obsédantes de la mort de son amie, Dom sait qu’il risque un état de stress post-traumatique depuis que les spécialistes reconnaissent l’existence de formes intermédiaires associant les deux phénomènes (« deuil traumatique »). Il a peur de péter une durite, ça se voit à ses sourcils froncés. Alors il cherche à donner du sens à cette expérience, à créer avec des bouts de fil de fer des liens symboliques qui l’aideront à intégrer cette nouvelle situation et à surmonter la perte. Parti sur les chapeaux de roues, il casse la figure à plein de types qui le mettent sur la piste des méchants qui ont tué sa femme. Enfin je dis sa femme, mais d’abord ils étaient pas mariés, ensuite à voir comment elle manie le pistolet à azote liquide pour couper un camion en deux et comment qu’elle fait du drift de la mort en marche arrière dans son pick-up après avoir réglé le jeu aux soupapes du V8 de sa Chrysler, et vu qu’en plus elle dit plein de gros mots, la cohésion de son identité de genre laisse perplexe – ce qui n’est pas sans questionner les choix d’objet de Gasoil, heu Dom, qui passe, lui, beaucoup trop de temps à soulever des poids devant sa glace (ça lui donne une épaisseur certes, mais pas psychologique).
Là débute l’unique portion sinueuse de ce scénario autoroutier, puisque Dom rencontre Bryan (Paul Walker), policier du FBI, un gentil mickey mais – stupeur - également capable de trucs pas nets, comme sortir pendant cinq ans avec Mia, la sœur de Dom, juste pour espionner Dom. Si loin, si proche... Parfaitement crédible, discret et polyvalent, sa passion des belles autos, son petit sourire et sa chemisette bien repassée l’aident à trouver sa place dans un groupe de gangsters suants et tatoués jusqu’aux tempes lors une course violente et brouillonne (où d’ailleurs il triche !). Bryan, il sait qu’il est sur la corde raide, parce que le flic qui joue des deux côtés de la frontière du Bien et du Mal, ça a déjà été fait, mais il assume, c’est cool, et puis son chef, perspicace sous son p’tit air bonnasse, il le lui a bien dit : « la différence entre un flic et un voyou, c’est une question d’interprétation ». Le FBI est ridiculisé comme il est d’usage au cinéma, avec des locaux en open space comme ceux de la BNP, des conflits hiérarchiques à haute voix devant tout le monde comme à l'hôpital, et des gadgets désuets tel que ce tracker GPS qui fait « bip bip » et qui clignote rouge pile au mauvais moment quand Bryan s’infiltre en cachette chez les méchants.
Enfin bref, Bryan et Dom, ils s’aiment pas, mais on va vite découvrir que la psychologie, dans la vie, des fois c’est pas si simple : car si Bryan je crois l’avoir suffisamment démontré est un gentil-méchant déguisé en gentil-gentil, Dom lui ne se découvre que petit à petit et le spectateur abasourdi découvre en fait un gentil-gentil caché sous les traits d’un méchant-méchant. Du coup Bryan et Dom ils deviennent potes, et Bryan il peut à nouveau se taper Mia (qui l’avait planté suite à sa trahison), et cela dans la cuisine, habile citation du « Facteur sonne toujours deux fois ».
Le camp des méchants n’offre pas de si riches nuances, même si Braga, leur chef, un dealer entouré de jolies pépées  à la Chat Noir, Chat Blanc, trouve l’astuce de se faire passer pour le sous-chef, s’exposant pour mieux se dissimuler, et prouvant ainsi définitivement son indécrottable perversion. Ce besoin, chez les pervers, de toujours en faire trop, et qui finit par les perdre... Son alter ego à lui, le crétin Fenix, est méchant aussi et prêt à mourir pour lui (secrètement amoureux de lui, on sait pas trop ?). Leur copine l’entreprenante Gisele (Gal Gadot), à peu près aussi phallique que Letty, quoique nulle en mécanique automobile, laisse planer une menace sur Dom qui a refusé ses avances pourtant thermonucléaires de bimbo en surrégime, la confrontant à une castration que l’éducation trop libérale de ses parents ne lui avait pas permis d’élaborer jusque là. Elle garde donc tout au long du film une dent contre lui (et une douille dans le canon, les figures féminines de cette histoire ont décidément un truc qui ne colle pas…). Dom de son côté, témoigne d’une grande constance dans son engagement passionnel avec la défunte (ou d’un retard à l’allumage ?) en refusant de laisser redémarrer le moteur de ses pulsions meurtries tant que son espace affectif est encore habité des sentiments du passé. En gros, on aurait attendu de ce psychopathe mal dégrossi qu’il démarre en trombe au premier appel de phare mais non, sa dulcinée est morte depuis trois jours et il ne fera rien le premier soir. Enfin bon… on sent bien que si on lui laissait le temps, ça serait plus compliqué, mais vu que l’action du film s’étale sur trois jours, il tient à rester digne jusqu’au parking final.
La conclusion c’est que les gentils gagnent (si !), le chef des méchants (basané et intelligent) finit en fourrière, pardon en prison, le sous-chef des méchants (noir et idiot) meurt, grâce à Gasoil, ça tombe bien : c’était lui qui avait tué Letty, le tour de circuit est bouclé en 1’40’’897. Le jeu des acteurs est très fin, notamment celui de la Nissan Skyline, dont le registre expressif est bien plus subtil que celui de la Chevrolet Camaro SS. On regrette cependant que la Subaru éclipse par sa modulation émotionnelle l’interprétation nuancée (on/off) d’un Vin Gasoil au registre presque infini : sourcil froncé un peu, sourcil froncé beaucoup, fossette mentonnière en avant (je boude), ou en arrière (pouvez répéter ?), regard vide / regard très vide, dont les combinaisons s’enrichissent au fil du scénario (en colère / triste / triste et en colère / à fond dans la course + triste + en colère…), il a toujours la tête contrite d’un petit garçon que sa mère vient d’obliger à porter un tee-shirt rose (c’était donc ça !), et il conduit toujours avec une main en haut du volant (même en dérapage), contrairement à ce qu'apprennent les moniteurs d’auto-école : ça, c’est mal, c’est le côté sombre de Gasoil.
Les moments d’action sont décevants mais finissent quand même par se faire attendre, car entrecoupés de trop longues lignes droites. Le scénariste a-t-il eu peur de se faire flasher ? Les poursuites en bagnole sont parasitées à la fois par un montage stroboscopique et par une mise en scène confuse qui ne nous laissent que du chaos et du verre pilé. Nulle griserie, nul rendu de vitesse, nul suspense ni implication du spectateur dans le pilotage des bolides, d’ailleurs irréaliste jusqu’au ridicule (le démarrage en wheeling de Gasoil dans sa Chevy révèle-t-il un motard refoulé ?). Le film tourne définitivement sur trois cylindres (ou plutôt sept, on est aux USA), mais prudence quand même pour les épileptiques ! Des surimpressions infographiques dignes des seventies finissent de noyer la soupe : il faut bien préparer le marché des produits dérivés. Pour ce qui est des décors, la seule trouvaille est une poursuite dans un tunnel sous la frontière mexicaine, très long moment d’invraisemblance (bon, ça, encore…) et de perplexité, qui est resservi deux fois, hélas. Les voitures auraient pu être rigolotes, si le choix n’avait pas été porté sur ce que le tuning US fait de pire au mépris d’ailleurs des contingences du scénario (l’idéal pour passer une frontière clandestinement est-il vraiment une voiture jaune pailleté avec un aileron d’un mètre et une prise d’air chromée qui sort du capot ?). Les rebonds sont tellement téléphonés que ça fait sourire même les plus jeunes spectateurs, sans qu’on puisse jurer que c’est du deuxième degré voulu. Que de CO2 émis pour tout ça… Bon alors et Gasoil, a-t-il finalement coulé une bielle ? Ben non, à la fin il accède enfin et simultanément à la rédemption surmoïque en collaborant officiellement avec les gentils, et à une meilleure acceptation de la réalité qui augure, à terme, d’une réorganisation constructive de ses défenses psychiques. M’enfin côté psychothérapie, faudrait faire un devis, j’vous cache pas qu’y va y en avoir pour cher. mon pov' monsieur... Surtout quand on apprend que Diesel c’est pas son vrai nom, il aurait pu choisir autre chose, le diesel ça pollue et ça fait un bruit de camion. Au fond, en surmontant l’inhibition de l’action et en allant massivement au devant de ses difficultés, ne cache-t-il pas, sous ses airs de grosse brute, une grosse brute ?

Un mauvais film d'action donc, à réserver à ceux qui n'aiment ni le cinéma, ni les voitures, mais qui parviendra tout de même à mettre sur pause, très brièvement, les fonctions cognitives du cerveau...




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Published by Bertrand Gilot - dans Culturel
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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 10:11
Enfin l’ouvrage de référence en psychiatrie que vous attendez tous ! Les éditions Pensée Psychiatrique Française ont le plaisir de mettre à votre disposition la nouvelle édition du célèbre Traité de Clinique et de Thérapeutique Psychiatrique Moderne.

Héritage direct des grands psychiatres français que furent Avicenne, Sigmund Freud et Ambroise Paré, cet ouvrage monumental réussit l'exploit de synthétiser l'expérience et la réflexion, mais également l'immense effort de recherche et de conceptualisation qui a caractérisé la psychiatrie des trente dernières années dans notre pays, le tout dans un format ultra-compact qui reste à l’heure actuelle inégalé (une page).

Nous espérons qu'il répondra à vos attentes, permettant aux praticiens expérimentés d’actualiser leurs connaissances, et aux plus jeunes de trouver leur place dans une discipline enfin allégée de ses conflits idéologiques. De plus, dans la perspective de l'évolution démographique de notre métier, cet ouvrage à la pédagogie très étudiée devrait rendre l'exercice de la psychiatrie accessible au plus grand nombre.



A titre promotionnel le Traité est disponible en téléchargement gratuit pendant dix ans ! Profitez-en vite, le prix de vente ultérieur sera fixé à 9789 € (HT) !!!

[19/12/2010 mise à jour du lien de téléchargement !]


pour le comité de rédaction

Dr Olivier Silure
Pr Marc Patatras

Pensée Psychiatrique Française, éditeur, 75005 Paris
http://www.penseepsychiatriquefrancaise.fr
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Published by Bertrand Gilot - dans La psychiatrie pour les nuls
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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 21:26
Suite à une erreur informatique indépendante de notre volonté, le texte du Mercredi 1er Avril a été publié avec un an et demi d’avance. Merci à la sagacité de notre fidèle lecteur M.Ramirez, de Perpignan (66), d’avoir su remarquer cette anomalie ! Avec toutes les excuses de l’auteur…



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Published by Bertrand Gilot - dans Actualité
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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 08:45

La psychiatrie est une discipline jeune, et ce n’est qu’en 1968 qu’elle a été, par exemple, séparée de la neurologie. De fait elle reste traversée par des courants de pensée disparates qui fragilisent sa crédibilité. Ce genre d'incohérences du système de soins psychiatrique ne sont sans doute pas étrangères aux drames qui ont effrayé la chronique et provoqué la colère du président de la République : tuerie de Pau et de Grenoble, désamiantage du Clemenceau, etc. Dès lors, la réforme que contient le projet loi Sécurité-Territoire-Amélioration des Libertés-Initiatives-Nouvelles ne constitue qu’une demi-surprise. Annoncé hier lors du conseil des ministres restreint (voir la presse de ce mercredi) par un président requinqué au retour d’un week-end chez le comédien Tom Cruise, ce projet assoit la profession sur une logique pénétrante, mais sa mise en œuvre devra s’accompagner des mesures nécessaires pour fluidifier son acceptation.
Car en effet il s’agit rien moins que de séparer la psychiatrie de la médecine. Selon le communiqué élyséen, le président souhaiterait ainsi donner plus d’efficacité au système de soin des maladies mentales, particulièrement en créant un nouveau statut pour les psychiatres. Dénommés « psychiatres civils » ceux-ci bénéficieraient des avantages réservés à tous les fonctionnaires du Ministère de l’Intérieur, étant ainsi libérés des contingences médicales qui pèsent inutilement sur leur tâche : santé somatique des patients, paperasseries désuètes liées à l’Assurance Maladie, formation médicale continue, etc. Cette formule sera d’abord proposée aux psychiatres en exercice (sur la  base du volontariat) jusqu’à la disparition complète de la psychiatrie sous sa forme actuelle à l’horizon 2011-2015, période correspondant de toutes façons au « trou » démographique annoncé depuis plus de vingt ans, trou combattu énergiquement mais en vain, par les Ministres de la Santé successifs. La formation serait refondée entièrement à précisé M.Eric Besson, accessible via le concours d’entrée en fac de médecine, puis comprenant trois années de formation dans la future Ecole Nationale de Psychiatrie Civile, sur le site de Mourmelon. Certes cela changerait des dix ans d’études actuellement nécessaires pour former un psychiatre, mais si c’est au prix d’une simplification et d’un recentrage, pourquoi pas ? Les psychiatres civils exerceraient gratuitement – c’est à signaler, tant les tarifs conventionnés actuels freinent l’accès aux soins - dans des établissements mixtes psycho-intégratifs départementaux (EMPDID) codirigés par les Préfectures (projet médical d’établissement, etc) et les ARS (cuisines, services techniques…), et pouvant accueillir, en consultation ou en encellulement individuel, les patients et leurs familles dès l’âge de 24 mois, ce qui traduit enfin un réel engagement vers la prévention. Ce progrès attendu par tous, serait enfin l’occasion de créer des liens durables et même indissolubles avec les patients en les encadrant tant du côté des services sociaux (police municipale, etc) que des services éducatifs (scolaires ou parascolaires, puis auprès des tribunaux et de la gendarmerie pour les adultes), notamment grâce à l’utilisation massive de puces RFID (on attend, sans inquiétude excessive, l’avis de la CNIL). Sur le plan du financement, on parle d’une mesure potentiellement impopulaire mais pas inintéressante sur le fond, à savoir acter la non-employabilité des malades bénéficiant du régime dit « ALD » ou « 100 % », c’est à dire les personnes souffrant d’une maladie longue et coûteuse (hypertension, diabète, VIH…), et qui occupent encore actuellement de (trop) nombreux emplois tant dans le secteur public que dans le secteur privé, ceci au détriment des gens normaux.
Il est trop tôt pour évaluer les réactions des instances professionnelles à ces annonces. Le CNUP (conseil national des universitaires, regroupant les professeurs de psychiatrie) a toutefois tenu à faire savoir avant même la publication du communiqué de l’Elysée qu’il portait « un intérêt plutôt favorable » aux réformes annoncées, tout en demandant à « en savoir plus » afin de « s’associer au mieux à ce mouvement vers l’avenir de [nos] pratiques ». Il n’est pas certain que la profession soit aussi unanime et les conservatismes ne tarderont pas à se démasquer, en sachant que les « psys » ont tendance à beaucoup protester et finalement très peu agir, on peut penser que tout cela  entrera en application sans heurts dans les années à venir. A noter parmi les réactions lues dans la presse francophone les étonnantes propositions du Syndicat des Psychiatres Québécois, de l’Association Psychiatrique Belge et de la Ligue Helvétique de Santé Mentale, qui portent un regard étonnamment critique sur ce projet et proposent aux confrères français qui le souhaiteraient d’obtenir dans leur pays « l’asile psychiatrique » !


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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 18:02
Ce néologisme barbare (faut que j'en trouve un mieux...) juste pour vous inviter à visiter ma page de gribouillages, qui reste magistralement ignorée par les spectateurs blogosphériques de passage, si j'en crois le statisticien du site over-blog...

Donc la page avec le diaporama et tout le confort moderne c'est ICI et je vous en colle un petit sous le nez histoire de dire que, voilà, vous pourrez pas dire que vous saviez pas !

BG


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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 17:58
Cela vous a sans doute échappé, mais il s’est passé un truc complètement dingue entre le 8 et le15 mars dernier. Pendant une semaine entière, il n’y a eu aucun enfant tué en Irak ni en Afghanistan, ni en Palestine, aucun coup d’état ni élection truquée nulle part. Aucun pasteur nomade exproprié au Niger. Aucun intellectuel embastiillé en Birmanie. Et plus terre à terre, personne ne m’a téléphoné pour m’aider à payer moins d’impôts, ni pour changer mes fenêtres. Banal, mais bien agréable, ma foi. Mieux, aucun expert indépendant - forcément indépendant, forcément - n’a tartiné ses Certitudes Argumentées sur l’avenir de l’économie mondiale, sur la hausse des prix de l'immobilier (qui n'est "que ralentie, et encore..."), ni affirmé en toute indépendance que les OGM sont indispensables pour la santé, que l’amiante c’était pas si grave, et que se coller la cervelle contre un four micro-onde ouvert c’est totalement anodin. Je n’ai pas non plus reçu de revue professionnelle gratuite vantant les mirifiques progrès de la Science sur la Maladie, c’est à dire les vertigineuses et dévorantes extensions d’AMM de produits présents depuis trente ans sur le marché.

Mais plus que tout, fait totalement incroyable, pendant toute une semaine, aucune catégorie socio-professionnelle (ni aucun porteur de maladie mentale) n’a été dénoncée à la télévision comme étant responsable de l’ensemble des Problèmes de Notre Pays, aucun Africain n’a été invité à embarquer sur nos lignes aériennes à coups de pieds dans le ventre, aucun service public n’a été massacré ou cédé à vil prix à d’honnêtes casinotiers monégasques, aucun centre-ville n’a été soumis au couvre-feu pour une visite officielle, aucune réforme n’a été brutalement imposée sans concertation aux gens concernés (et cela, ni lundi, ni mardi, ni mercredi, etc…), aucun discours n’a été prononcé à destination des tripes plutôt que des cerveaux, aucun ministre n’a été humilié publiquement pour avoir émis un avis personnel, aucun député n’a voté avec les genoux selon des intérêts très moyennement républicains, aucun ami de la famille des amis du Chef n’a bénéficié d’avantages monstrueusement inégalitaires, aucun citoyen n’a été placé en garde à vue sans raison valable, aucun magazine n’a fait sa une sur des gens déjà multi-auto-affichés… J'allais oublier : aucun sondage Milky - pardon Opinion Way pour dire que tout le monde trouve tout ça fort génial et en réclame encore plus, et des plus gros !

Et bien, moi je vais vous le dire, parce que moi je n’ai pas ouvert un blog pour me tourner les pouces... purééééée ,une semaine de vacances, ça fait du bien, et pour ceux que ça pourrait inquiéter, je tiens à le dire : le sevrage est très facile !!!

BG
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Published by Bertrand Gilot - dans Société
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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 22:51
"Je vous souhaite la force, et la tendresse..."

Alain Bashung commençait ses concerts par ces quelques mots, en novembre dernier
chancelant, porté sur scène par une énergie incroyable et pénétrante
dans le silence ému et attentif du public inquiet

ces quelques mots qu'on aurait tous aimé savoir dire, et entendre aussi, à plein de moments de la vie...

malade mais debout
droit dans son identité malgré la condamnation déjà prononcée
débarassé des ultimes carapaces, pur, puissant, direct.

au delà de l'artiste et son talent, implicitement, un grand exemple pour notre société si souvent fascinée par ses propres jérémiades minuscules...

ne pas oublier

ah oui... c'est un blog de psychiatre ici, ça n'a rien à voir.
désolé.
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Published by Bertrand Gilot - dans Société
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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 23:10
Excellent article très construit et argumenté sur le blog de "docteurdu16" au sujet de l'inflation de nouvelles maladies à la pertinence plus ou moins évidente, leurs causes et leurs conséquences... voici déjà le lien vers la première partie, vous trouverez la suite facilement sur son site.
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Published by Bertrand Gilot - dans Actualité
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