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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 14:44

 

Je viens de recevoir un courrier des Laboratoires Servier (ce nom me dit quelque chose...), "information sécurité patients" transmis sous l'autorité de l'ANSM, et intitulé "Valdoxan (agomélatine) : nouvelle contre-indication et rappel concernant l'importance de surveiller la fonction hépatique".

 

On y apprend que l'antidépresseur Valdoxan® a provoqué "des cas d'insuffisance hépatique d'issue fatale ou ayant nécessité une transplantation" ce qui nécessite un élargissement des contre-indications et des précautions d'emploi, précautions qui n'ont manifestement pas été suivies par un certain nombre de prescripteurs.

 

Il est relativement courant de recevoir ce type d'informations concernant des médicaments anciens, pour lesquels on découvre, au gré d'une longue période d'utilisation, des risques qui n'étaient pas prévisibles lors de la mise sur le marché.

 

C'est beaucoup plus rare concernant un médicament qui n'a été commercialisé qu'en 2009. La commercialisation a été accompagnée de l'information réglementaire au sujet des risques hépatiques, qui étaient connus dès le départ. Cette commercialisation a surpris plus d'un acteur du domaine de la santé, notamment la Revue Prescrire qui a critiqué un rapport bénéfice-risque peu favorable, la notice de la HAS de 2009 faisant déjà état d'une "efficacité modeste" dans la prise en charge de l'épisode dépressif majeur (Amélioration du Service Médical Rendu mineure - ASMR IV)... mais aussi d'une "bonne tolérance" (!). Le Valdoxan a été placé sous surveillance renforcée par l'ANSM dès 2011. Pour ma part je me suis défié d'emblée d'un médicament qui est cancérogène chez deux espèces animales, comme l'indique la lecture attentive du RCP (résumé des caractéristiques du produit, accessible à tout médecin dans le Vidal), certes à doses très élevées, mais sachant que les antidépresseurs sont fréquemment consommés sur des durées (trop) longues...

 

D'un point de vue pragmatique, on peut s'interroger sur l'intérêt de prescrire un médicament qui impose au patient une telle contrainte (prises de sang régulières) en échange d'avantages espérés si minces et alors qu'il existe de nombreuses alternatives moins risquées.


Mais la prescription n'est pas un acte purement rationnel, elle répond aussi à des motivations plus abstraites : effets de mode, attrait de la nouveauté (!), sensibilité aux avis émis par des sources plus ou moins crédibles... Il conviendra donc aussi de s'interroger sur la caution massive et quasi unanime apportée à ce produit, au fil de congrès et de publications sponsorisées, par des "leaders d'opinion" universitaires qui ont en charge de véhiculer, en théorie, l'état actuel de la science en psychiatrie. Ce soutien appuyé, enthousiaste, intellectuellement séduisant, insistant sur les avantages et minimisant les risques, a-t-il conduit des prescripteurs à manquer de prudence ? Aujourd'hui des patients en sont morts, d'autres ont vu leur vie bouleversée par une greffe de foie. C'était évitable.

 

 

BG

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Published by Bertrand Gilot - dans Actualité
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norat 12/11/2014 09:13


Le valdoxan est un excellent médicament pour 3 raisons : premierement c'est un des rares antidepresseurs à augmenter la noradrenaline et la dopamine de façon indirecte par un blocage des
recepteurs serooninergiques :


http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3244295/


De nombreuses personnes depressives ne réagissent pas aux antidepresseur de type irs car ils se contentent d'augmenter la serotonine; or de nombreuses depressions sont liés non pas à un manque de
serotonine mais à un manque de noradrenaline et de dopamine.


Ensuite le valdoxan est un des très rares antidepresseurs à ne pas impacter de façon négative la libido (parce que justement il n'augmente pas la serotonine) :


http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18801825


Enfin le valdoxan n'impacte pas la fertiltité contrairement aux isrs qui ont un impact catastrophiques de ce point de vu d'après differentes études :


http://www.20minutes.fr/sciences/256864-20080926-antidepresseurs-mauvais-fertilite


http://www.famili.fr/,les-antidepresseurs-alterent-les-spermatozoides,358,21011.asp


http://sfms.free.fr/cube/2012-sfms-desvaux.pdf


Voici un étude qui montre que le valdoxan n'impacte pas la fertilité contrairement aux autres irs :


http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24855891


Si on respecte les doses et qu on suit les paramètres en rapport avec le foie (transaminases), il n'y a aucun risque à prendre le valdoxan. Seule une minorité de patients ont connu des problèmes
(9 dont la plupart réversibles sur des centaines de milliers de prescriptions) parce qu'ils n'avaient pas contrôlés leurs transaminases. Les doses qui pourraient être dangereuses correspondent à
des des doses 400 fois supérieures aux doses recommandées, mais tout médicament peut êtrre dangereux à très forte doses y compris l'aspirine !


La prochaine vous vous renseignerez avant d'ecrire des inepties !

Bertrand Gilot 12/11/2014 12:19



Bonjour,


Votre argumentaire est d'une telle mauvaise foi que ça lui donne un certain charme. Mais bon face à des références scientifiques telles que le site de 20 Minutes, on ne peut que
s'incliner. Une réponse cependant à vos 3 axes de discussion :


- en quoi les effets neurobiologiques présentent un quelconque intérêt, par rapport à l'efficacité clinique ? Si la HAS parle d'efficacité "modeste" je me contrefiche que la noradrénaline soit
agitée ou non. La vision "un symptôme = un neuromédiateur" est simpliste et épistémologiquement fausse, même si côté marketing ça fait toujours assez chic. 


- l'impact des antidépresseurs sur la libido est inconstant selon les médicaments et les patients. L'impact sur la fertilité des IRS n'a été découvert qu'au bout de 30 ans et des millions de
patients traités... Je ne vois pas bien le rapport avec le sujet (des greffes hépatiques à cause du Valdoxan), ni sur le fond ni en terme de gravité des problèmes. 


- quant à la surveillance des paramètres hépatiques, c'est bien le problème que pointe l'article : il n'est pas d'usage, parce que pas nécessaire, d'effectuer une surveillance des antidépresseurs
par des prises de sang. Il est donc probable qu'une majorité des prescripteurs de Valdoxan soient passés à côté des précautions indiquées par le laboratoire. Il ne sont pas forcément aidés par
une présentation partiale du produit insistant sur ses avantages.


- Quant au risque cancérogène effectivement il n'est avéré que pour des doses massives... mais sur un temps court chez des animaux de laboratoire, alors que les antidépresseurs sont fréquemment
pris à des doses modérées mais pendant très (trop) longtemps chez l'être humain. Donc en toute rigueur, on ne sait pas. 


Et surtout, vous défendez ce produit pourquoi pas, vous avez sans doute des bonnes raisons, mais vous n'évoquez pas le fond, à savoir pourquoi un médicament avec une balance bénéfice-risque aussi
mauvaise a pu se retrouver sur le marché... 


BG