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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 21:51

A la suite d’événements dramatiques impliquant des malades mentaux, un certain nombre d’âneries sur la question ont été largement diffusées dans une opinion déjà surchauffée sur le thème « la France a peur ». Il est donc important et urgent de resituer les choses telles qu’elles se passent réellement, dans la vraie vie : cette réalité de la folie, médicale et pragmatique, paraîtra sans doute un peu terne, bien loin de celle spectaculaire et menaçante qui est mise en scène actuellement.

 

La schizophrénie, psychose chronique qui débute chez l’adolescent ou le jeune adulte, touche 1% de la population, soit près de 600 000 personnes en France. Ses causes demeurent pour l’essentiel inconnues. La déstructuration (et non le dédoublement) du psychisme perturbe progressivement les associations entre les pensées, et entre les émotions et les idées. Déroutantes pour l’entourage, des hallucinations notamment auditives (les « voix »), et des idées délirantes peuvent induire des comportements inappropriés, inquiétants par leur bizarrerie mais en réalité, très rarement violents. La dégradation progressive des aptitudes intellectuelles et affectives est plus discrète, mais très handicapante. La personne schizophrène habite un monde complexe, qu’elle ne comprend plus et qui lui apparaît volontiers menaçant, ce qui entraîne méfiance, isolement, et parfois clochardisation. La prise de conscience des troubles, plus fréquente qu’on ne l’a dit, provoque une immense angoisse, à l’origine de nombreux suicides.

Les soins psychiatriques proposés (parfois imposés, en situation de crise), visent à instaurer des liens de confiance durables avec les soignants, pour traiter les symptômes mais aussi préserver l’insertion sociale et familiale, les acquis, l’autonomie et au fond, surtout, la dignité du patient. Ce lien subtil permet la prévention, ou le repérage précoce, des crises délirantes, ce qui diminue le retentissement de la maladie pour l’individu - et donc son coût pour la collectivité. Les principaux moyens sont les médicaments (neuroleptiques, dont on a dit tant de mal…), les hospitalisations, y compris de courte durée ou à temps partiel (on parle d’un rôle thérapeutique propre de l’institution), la psychothérapie lorsqu’elle est possible, et un accompagnement social (reconnaissance du handicap, protection des biens…). Un certain nombre de malades schizophrènes atteignent une insertion professionnelle et conjugale heureuse, mais beaucoup mènent une existence difficile, vulnérable et appauvrie.

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Published by Bertrand Gilot - dans La psychiatrie pour les nuls
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commentaires

Estragon 11/01/2010 11:30


Je m'excuse d'être un peu hors sujet, mais je suis schizophrène et en fac de psycho ; et je voudrais savoir si quelque chose s'oppose à ce qu'un schizo devienne psy, légalement.


Bertrand Gilot 11/01/2010 22:10


A priori il n'y a aucune raison légale à ce qu'un malade soit exclu d'une profession pour la simple raison qu'il est malade : ce serait de la discrimination.

En pratique cependant il est évident qu'un problème de santé peut rendre impossible l'exercice de certains métiers. Ainsi pour prendre deux exemples caricaturaux, un aveugle ne pourra pas devenir
pilote de ligne, quelqu'un qui a un handicap du bras aura du mal à devenir horloger. Dans le monde du travail c'est le médecin du travail qui statue lors de la visite d'aptitude, à l'embauche, sur
l'adéquation entre l'état de santé et les caractéristiques du poste de travail. Pour certains métiers de sécurité (armée, police...) il y a une évaluation d'aptitude spécifique. Pour les études
supérieures il n'y a généralement pas de contrôle d'aptitude. Dans certaines filières cependant (Soins Infirmiers et autres écoles paramédicales notamment) on fait passer des "tests
psychotechniques" qui permettent de sélectionner des profils particuliers... et d'en exclure d'autres. En fac de médecine on demande - tardivement, à la fin des études ! - un certificat de bonne
santé physique et mentale, qui dans 99,99% des cas est un certificat de complaisance, autant le dire...

Concernant le métier de psychologue je ne sais pas quels sont les critères retenus. Vous le savez, la schizophrénie est une maladie qui exprime de façon très différente d'une personne à l'autre.
Pour certains il sera très difficile de se concentrer et d'apprendre des cours par exemple, ce qui rendra très compliquée l'obtention du diplôme. Pour d'autres les études ne poseront pas de souci
particulier, mais dans ce métier les aspects émotionnels particuliers (écouter des patients raconter des histoires difficiles...) peuvent s'avérer déstabilisants (ils le sont déjà quelquefois pour
des gens qui ne sont pas malades !). Par contre le métier de psycho peut être très diversifié aussi, si l'on se rend compte que c'est difficile on peut faire de la recherche ou d'autres activités
moins exposées émotionnellement.

Donc pas d'opposition absolue, mais il y a des risques à prendre en compte afin de trouver une bonne adéquation entre son état de santé (psychologique autant que physique) et le métier
choisi...

cordialement

BG


Catpower 11/01/2010 07:47


Tout le monde s'en fout ! Tant pis ! je continuerai à me battre ! contre les clichés, pour faire mieux connaître cette maladie. Maladie qui a poussé mon frère au suicide, sans oublier un manque
d'accompagnement flagrant, qui n'a fait qu'exacerber son désespoir. Merci pour ce blog qui a le mérite de pointer du doigt la crise de la psychiatrie.


Bertrand Gilot 11/01/2010 08:48


Dont acte - et à moi de vous remercier.

Les maladies psychiatriques restent mal connues, au sens propre, que ce soit par le public ou les médecins, ce qui expose à certains dangers :
- stigmatisation et rejet par la population, éventuellement instrumentalisé par les politiques
- abandon à leur triste sort des personnes malades,
- absence de mise en oeuvre des quelques moyens de prévention / dépistage qui ont prouvé leur efficience de façon pragmatique, mais peu accessible aux évaluations "modernes" (Voir ce que dit le
collègue JM Vailloud dans son "plaidoyer pour l'examen
clinique"). On parle beaucoup de la poignée de meutres commis par des schizophrènes chaque année, et très peu de ceux, autour de 10% et malgré les soins, qui meurent par suicide.
- le tout faisant des médecins, généralistes mais aussi psychiatres, des cibles faciles pour un marketing pharmaceutique pas toujours au bénéfice des soignés.

Pour le reste, ma crainte c'est le constat que "notre société a la psychiatrie qu'elle mérite". Dans les années 60-70-80 il y avait en Occident une certaine prospérité et une certaine forme
d'ouverture à l'autre, qui ont été les moteurs d'évolutions intéressantes. Ce mouvement est interrompu à l'heure où chacun rêve d'avoir chez soi des équipements autrefois collectifs (piscine,
cinéma, toboggan... et même le pain, qui ne nous oblige plus à sortir jusqu'à la boulangerie).
Dans ce contexte QUI aujourd'hui est d'accord pour financer des soins adaptés et une main tendue (du personnel, donc) au clochard nauséabond qui gueule en bas dans la rue contre des ennemis que lui
seul perçoit... Donc oui la psychiatrie et ses hôtes fragiles peuvent bien crever, du moment que la bourse remonte...

BG


Éva 25/06/2009 22:29

Et pourtant, je ne vois pas comment on pourrait blâmer les gens de s'en foutre, quand on voit les titres : "Drame de Grenoble" (avec "les schizophrènes sont une population particulièrement inoffensive" en page 10, mais qui va lire la page 10 ?). Moi non plus je n'aurais pas envie de chercher à me renseigner sur une maladie qui fait poignarder les gens tout le temps. Et même si les gens cherchent, les informations sont plutôt dures à trouver. À l'ère d'internet, c'est quand même dommage.

Que 95% des personnes s'en foutent, oui. Mais qu'ils ne sachent même pas que ça existe "en vrai" et qu'on peut même les croiser dans la rue et ils ne bavent pas en brandissant un couteau, j'ai du mal à accepter qu'on ne puisse rien faire contre (indécrottable optimiste). D'autant plus que ça suffirait peut-être pour que les gens qui sont confrontés à la maladie d'un proche soient moins terrifiés ; ou que le diagnostique soit moins insupportable à quelques patients (et même peut-être qu'ils ne soient pas obligés de mentir à leurs amis ? on peut bien rêver un peu..).

(Je m'énerve, je m'énerve, mais il faut dire qu'il y a de quoi et que c'est relativement rare d'en avoir l'occasion).

Éva 25/06/2009 18:23

Eh bien, c'est agréable de lire ça.

Je regrette que les rares personnes qui se demandent un jour si la schizophrénie, ça ne serait pas autre chose que "Psychose" (ou "Haute Tension", ou un de ces si nombreux films qui utilisent le mot "schizophrène" comme synonyme de "fou-furieux-qui-découpe-les-gens-en-rondelles-aux-coins-des-rues") ne tombent pas sur ce blog, mais sur la page wikipedia.

D'ailleurs, comment ce fait-il que la désinformation soit si extrême en ce qui concerne les troubles mentaux ? Il me semble qu'un minimum d'informations devrait faire partie de la culture générale de n'importe qui. Les films qui utilisent les maladies psy pour faire peur et les médias qui cherchent du sensationnel ne suffisent pas à expliquer ça.
Si ?

Bertrand Gilot 25/06/2009 21:50


Désinformation ? je ne crois pas... je crois surtout que tout le monde s'en contrefout ! On est surinformé en détail et en direct sur tout ce qui se vend, et sur tout ce qui peut faire joli (ou
faire larmoyer) à la télé (myopathes, etc) ou vendre des médicaments (TOC...). Mais tout le reste de ce qui sort de la norme - et on sait son poids dans la société actuelle - est purement et
simplement occulté, annulé, disparu. La frontière passe entre ceux qui ont un iPhone (ou vont en avoir un dans les six mois...) et les autres : les demi-pauvres, les clochards, les très vieux (ne
pas oublier de les arroser cet été...), les moches, les Africains, les détenus... et bien sûr les schizophrènes.

A cela il faut ajouter qu'il est bien pratique d'avoir représentation de la folie forcément violente et menaçante. Moi quand je lis dans les livres d'histoire qu'un des premiers actes "civilsés" a
été de déporter des civils par la force (les Assyriens avec les Babyloniens, il y a 6000 ans) et qu'en 14-18 on distribuait des couteaux de cuisine avant de monter à l'assaut, ce n'est pas les
schizophrènes qui font le plus peur...

Quant au cinéma il faut aussi voir Spider, sans doute une illustration assez bien sentie de la psychose, mais il est vrai que les sérial killers plus ou moins amalgamés avec la maladie mentale
tiennent une place péniblement envahissante...

BG


Léonie 12/04/2009 19:26

Mon mari à un cousin schizophrène dont le frère aussi atteint de la même maladie s'est suicidé. J'ai un ancien collègue de travail qui ne peut plus travailler lui aussi atteint de cette maladie. Ce sont des êtres humains comme les autres, sauf qu'ils sont malades et la maladie quelle qu'elle soit ou le handicap dérangent un max de gens.

Bertrand Gilot 12/04/2009 20:19


...la tolérance est effectivement encore moins bonne lorsque le handicap touche le psychisme.


MIAOU 17/03/2009 10:25

Je ne sais pas.. peut-être un peu des deux..on a toujours peur de ce qu'on ne connait pas et je ne m'y connais pas assez pour argumenter quoique ce soit. Je crois tout simplement que l'on a trop tendance à penser que ça ne touches que " les autres ".Je me pose égoïstement la fameuse question de " si c'était mon fils".......
Si c'était mon fils, j'aimerais qu'on le considère d'abord comme un être vivant malade plutôt que comme un danger que l'on doit enfermer pour ne pas risquer la sécurité des petits " parfaits et bien pensants".
Je ne pense pas non plus que la considération soit meilleure dans les milieux hospitaliers ...il y a malheureusement les psychiatres "humains" qui soignent une personne malade, et les psychiatres-médecins-méchants-superintelligents qui soignent ( enfin qui font taire) un symptome "y" sur un cas "z"; cf " le porte-avion"!!!

MIAOU 16/03/2009 15:25

..... ça continuera de me faire peur longtemps...;-)

Bertrand Gilot 16/03/2009 21:35


peur de la maladie, ou des errances des conditions de prise en charge ? pas simple...


Pakita 27/02/2009 13:12

Oui, je confirme, c'était la prise de canabis qui a été déclencheur... mais juste déclencheur et non constructeur.
Quant à cette espèce de succeptiblité à propos des termes, je connais cela...
Il faudrait dire : personne atteinte d'autisme et non autiste (il parait que c'est réducteur)...
Perdre son energie et sa crédibilité avec ce genre de détail m'a toujours profondément ennuyée.
Moi, mon fils, il est autiste. Et alors ?

Bertrand Gilot 27/02/2009 13:16


Et alors ? Et alors on se débrouille mille fois mieux avec la réalité, aussi dure soit-elle, quand on la prend à bras le corps telle qu'elle est, que quand on l'enroule dans des emballages de mots
censés l'adoucir.


Pakita 27/02/2009 12:31

Je confirme vos dire et ne comprends pas le commentaire précédent.
Bel et bien le schizophrène existe ! Mon mari a vécu presque 15 ans avec le fils de sa précédente compagne, dont la schizophrénie s'est déclenché à l'adolescence, suite apparemment à leaprise de drogue.
Il s'est enfoncé rapidement dans la plupart des symptômes que vous décrivez...
Mais ils ont pu faire une lecture rétroactive des troubles déjà apparents qui même s'ils étaient très faibles, formait déjà chez cet enfant un caractère particulier... comme si la plupart des signes de la maladie étaient déjà inscrits en lui.
L'adolescent a été placé en HP, à Paris où hélas, les changements successifs des équipes médicales ont nuit à sa prise en charge. Mais sans les médicaments et le suivi psychiatrique, il n'y a aucune doute qu'il aurait mis fin à ses jours.

Bertrand Gilot 27/02/2009 13:00


Merci . Je pense que la commentateuse précédente me reprochait surtout l'excès de langage si répandu qui consiste à dire
"le malade" plutôt que "le sujet humain digne et respectable souffrant de telle maladie". L'histoire que vous citez illustre bien la réalité cruelle de cette pathologie. La prise de drogue
(surrtout les hallucinogènes, mais aucune n'est anodine, et surtout pas le cannabis) peut révéler la maladie ou en accélérer le déclenchement, mais il ne semble pas que cela suffise à provoquer les
troubles chez quelqu'un qui n'y est pas vulnérable : la drogue ne rend pas schizophrène. Mais vu qu'on ne connaît notre vulnérabilité qu'après l'apparition des problèmes, autant conseiller la
prudence...


Anna Donskoy 26/02/2009 20:25

De la part d'un psychiatre, c'est impardonnable:
1- le schizophrene n'existe pas mais une personne atteinte de schizophrenie oui. Grosse nuance.
2- Les avis sont de plus en plus partages. Le diagnostique de schizophrenie ne veut pas dire grand chose d'un point de vue scientifique. D'ailleurs, les Japonais ainsi que certains pays scandinaves l'ont abandonne il y a quelques annees. C'est un diagnostique un peu fourre-tout qui pose probleme plus qu'autre chose.

Bertrand Gilot 26/02/2009 22:19



Ben si qu'il existe, le schizophrène ! je l'ai rencontré et même assez souvent. Lui et puis aussi le tuberculeux, l'insuffisant rénal, l'hypertendu, le dépressif, l'allergique au kiwi, et tant
d'autres, sans pour autant que le drapé de leur dignité eût été froissé le moins du monde par cet abus de langage. Danser le ska avec les mots édulcore peut-être votre sensibilité lexicale, mais
pas leur maladie, hélas, aussi sûrement que les "non-voyants" restent aveugles pour traverser la rue, et les "gens de couleur" discriminés à l'embauche. Je reste donc impardonnable : tant pis.
Ceci dit avez-vous LU le texte et pris en compte le fond (un texte destiné au grand public, donc) autant que la forme ?



Quant à remettre en cause l'idée de schizophrénie, et bien oui comme tous les concepts nosologiques (et pas qu'en psychiatrie) elle fait débat sans interruption depuis son introduction par
Bleuler vers 1900 et ce débat est plutôt bon signe. Mais quitte à vous décevoir autant y aller franchement, c'est certainement un des diagnostics psychiatriques dont la pertinence fait le moins
de doute. En tous cas c'est vrai dans sa définition traditionnelle francophone et européenne. Je ne vous l'apprendrai pas, c'est beaucoup plus nuancé si l'on considère les
descriptions du DSM IV sur lesquelles se basent je crois les confrères des pays que vous citez : la tentative de rallier "d'un point de vue scientifique" la PHC et la paranoïa aux troubles
schizophréniformes restera ainsi un bel exemple de naufrage conceptuel dans l'histoire de la psychiatrie...