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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 22:07

mesetoilesnoires

Le coup de pied dans le ventre, c’est un footballeur professionnel qui me l’a balancé : j’aurais dû me rappeler du métier de Lilian Thuram avant d’ouvrir son livre. On ne sort pas indemne de la galerie de portraits,  guerriers, politiciens, scientifiques, sportifs, qui n'ont en commun que leur couleur de peau, au firmament de ses « Etoiles Noires » (1). Au fil des pages, on est bercé par des anecdotes qui éveillent notre curiosité, des récits riches, souvent passionnants... et puis on réalise que ces grandes figures sont systématiquement absentes, ignorées de « notre » histoire, de « notre » culture. On est enveloppé d’abord par une surprise plutôt souriante, puis par un certain malaise, et on termine dans une terrible nausée. Quel que soit le recul que l’on prétend avoir sur les travers de notre civilisation, je crois qu'on ne peut pas vraiment imaginer l’étendue vertigineuse de l’ignorance où nous maintient notre européanocentrisme, pire même notre « leucocentrisme » si on me permet cet affreux néologisme. La succession d'histoires qui dessinent l'Histoire en filigranne est édifiante, au sens noble de ce mot. Alors si ce n’était que le constat d'une carence d’instruction ce ne serait pas si grave (encore que l’instruction prépare les actes de demain, et il le prouve amplement). Mais c’est à une immense carence de sens, c’est aux pages secrètement arrachées dans notre livret de famille collectif qu’il nous confronte ainsi. On ne peut plus, après avoir lu ce livre, occulter à nos propres yeux la monstrueuse étendue, la monstrueuse gravité, la terrifiante cruauté des crimes commis par les européens contre le reste du monde, et en particulier contre la population Noire, depuis la fin du Moyen Age jusqu’à nos jours.

Nos jours ? Ouvrons nos yeux de bien-pensants repus, assis sur l'indigestion des trésors volés ! Nos jours, où si l’on a aboli l’esclavage (et même deux fois, c’est pour dire si l’idée était bonne !), si l’on a décolonisé (sans enthousiasme excessif…), le grand avilissement de l’homme Africain par l’homme Occidental continue, entre gouvernants corrompus par nos industriels, dictateurs soutenus par nos dirigeants et nos armées, agricultures perverties par le FMI et les divers chantages de la Banque Mondiale... Un exemple d’actualité, entendu à l’émission (peu suspecte de trop faire dans le social) « Rue des Entrepreneurs » (2) : suite à une entente des principaux industriels concernés, au Congo des hommes grattent le sol pour 4 US$ par jour pour extraire des « terres rares » nécessaires à nos iPhone et autres gadgets que nous ne pourrions nous payer si ces gens étaient rémunérés avec respect. De nos jours encore, Paris n’est-elle pas entourée d’une « ceinture Noire » qui est aussi celle de la pauvreté et de la relégation : on n'habite pas Paris, on quitte ces tristes banlieues tôt le matin  (il n’y a pas beaucoup de Blancs dans les RER) pour des métiers massivement anonymes, silencieux et sous-payés : qu’il soit en costume ou en bombers, on ne dit pas bonjour au vigile, ni à l’employé en vert fluo qui ramasse les déchets par terre après la fête foraine. Des nounous Blanches s'occupant d'enfants Noirs ? On n'en voit pas beaucoup autour des bacs à sable et des toboggans de la capitale... Il n’y a toujours pas beaucoup de Noirs parmi les cadres de La Défense, ni dans la pub, ni à l’Assemblée Nationale… Et pas beaucoup de place dans un ascenseur social qui se replie, sans même y penser, sur sa monochromie.

Pour revenir au livre de Thuram, certes il y a ce coup de pied dans le ventre gras de notre amour-propre de monothéïste autoproclamé civilisateur. Certes il fracasse les idées reçues qui engluent les plus anodines de nos pensées – quelle que soit la couleur de notre peau ! Mais c’est aussi un message d’espoir implicite et très puissant - pour tous, de ne présenter aucune revendication, aucune rancœur, aucune amertume. Sans faire pour autant dans l'angélisme, l’auteur semble penser que l’exemplarité des femmes et des hommes qu’il nous présente, « de Lucy à Barack Obama » en passant par le pharaon Kephren et Rosa Parks, et la calme détermination qui imprègnent sa démarche, suffiront à semer la réflexion, à éveiller le doute salutaire chez le lecteur. Il fait appel à l’intelligence, à l’ouverture, à la recherche de solutions pour aujourd’hui, pour demain. Il a raison.

 

 

Bertrand Gilot

(1) « Mes étoiles noires, de Lucy à Barack Obama », Lilian Thuram, éditions Philippe Rey, 2010

voir aussi le site de sa fondation dédiée à la lutte contre le racisme :  http://www.thuram.org/

(2) France Inter, samedi 20 février 2010, à podcaster le cas échéant


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Published by Bertrand Gilot - dans Culturel
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commentaires

leonie 05/03/2010 19:28



"la recherche de solutions pour aujourd’hui et pour demain"?

Je pense et j'espère que nos enfants l'auront, parce qu'aujourd'hui je constate qu’avec le brassage des populations de nouvelles races voient le jour. Par exemple il y a beaucoup plus "couples
mixtes" comme on les appelle aujourd’hui (j'en fait partie), quand à mon arbre généalogique, il serait bien compliqué (mélange des 3 grandes races sur plusieurs générations). En réalité je suis
ni noire, ni blanche, ni jaune (comme Barack Obama) je n’ai donc ma place nulle part, tout comme mes enfants, donc il va bien falloir que le monde change son regard sur l’humanité et son devenir.
J’ai confiance en la génération qui  vient si la nôtre encore porteuse de lacunes ne la pollue pas trop.



Bertrand Gilot 08/03/2010 23:27


Vous avez votre place nulle part, dites-vous ? donc partout ce qui n'est pas si mal ! Je cite le livre de Thuram p372 : "les fêtes de Noël chez les Obama ressemblent à l'assemblée des Nations
Unies. Maya, sa soeur indonésienne, ressemble à une Mexicaine, son beau-frère et sa nièce sont chinois..."

Je pense qu'Emmanuel Todd
a raison quand il dit que globalement, aujourd'hui, la majorité des Français n'en ont rien à foutre (sic) des origines ethniques et de la couleur des gens. Par contre le plafond de verre qui décourage trop souvent la volonté d'ascension sociale n'est que
trop présent, hélas.

BG


ZOE 02/03/2010 23:00


Personellement j'ai la sensation qu'il est plus facile de faire le bien que le mal .
Faire le mal c'est comme fabriquer du néant et finalement son propre néant .
Mais tu as sans doute raison parceque faire le bien c'est impossible en fait . On ne fait jamais le bien lorsqu'on fait le bien parcequ'alors ça ne marche pas . à mon avis faire le bien en vrai ,
c'est comme faire l'amour , parceque si ce n'est pas comme celà alors c'est raté . Donc je pense que tu as raison aussi ....
En même temps je pense que faire le mal c'est horrible . Personnellement je preferre être victime que boureau , mais là cette discussion est en train de se barrer vers autre chose . mais sans doute
y a-t-il un lien ? .... trés loin au fond .
Voilà ....


leonie 02/03/2010 19:43


C'est tout de même plus facile de faire le mal que le bien, c'est une chose dont je suis intimement persuadée.


ZOE 02/03/2010 08:53


Les sociétés n'existent que par la loi (les lois qu'elles se donnent) ....
Que les individus soient bons ou mauvais , peu importe en démocratie .
La société ne peut progresser que si ses lois progressent dans l'interet colléctif .
Vouloir changer les individus est une illusion métaphysique qui conduit à la tiranie au nom du bonheur ....


leonie 01/03/2010 23:49



Au fond de chacun il y a le bien et le mal et lorsque le mal prend le pas sur le bien on en arrive à la société actuelle qui penche dangereusement dans cette voie et sens du mot Amour est
entrain de perdre toute sa valeur et quand il n'y en aura plus ce sera le chaos. Quelque fois je me dis que l'humanité est vraiment mal barrée. 



ZOE 01/03/2010 22:48


Je comprend ce que tu veux dire Léonie . Mais moi je ne veux plus me battre que pour moi même . Le racisme , les racismes , tous les racismes ne sont que la maniféstation du pouvoir social sur les
individus : cette volonté de normaliser standardiser planifier pour utiliser . Trop noir , trop blanc , trop gros , trop petit , trop étranger , trop fou , trop ici , trop loin , trop X , trop
n'importe quoi .... Chaque individu doit s'inscrire dans un groupe un clan une classe une race une nation : appartenir à l'ordre , faire corps avec l'ordre social qui a besoin des individus
pour assurer la pérénité du pouvoir , mais qui redoute le désordre la menace potentielle de désordre que représente chaque individu . Chaque individu est une terre à conquérir à coloniser pour
l'ordre social . ..... Moi , ma vérité c'est mon corps . Je ne me bats que pour moi ..... 


leonie 01/03/2010 21:21


Fille des îles, je sais ce qu'est le racisme, j'ai commencé à apprécier dès l'enfance. Petite anecdocte, j'ai le souvenir au collège m'être battue avec un garçon qui passait sont temps à
m'insulter, et après cette bagarre nous somme devenus les meilleurs amis, et c'est lui qui après faisait la moral aux autres quand j'étais attaquée. J'ai un autre souvenir plus cuisant à cette
époque, c'est d'avoir été insultée par un couple d'adulte, là c'est plus dur à avaler quand on est une enfant, c'est l'incompréhension totale. Je pense qu'une éducation dès l'enfance aurait une
incidence sur le racisme mais la plupart du temps ce sont les parents déjà raciste qui inculque cette haine à leurs enfants. Se batte contre le racisme, c'est se battre contre la différence et
l'intolérance.


ZOE 01/03/2010 14:19


Personnellement je pense qu'il y a un moment où il faut poser les bagages chargés des reliques des parents .... et s'avancer seule sur son chemin .....
Je pense qu'il viend un moment où il faut arréter de vouloir remonter le rocher en haut de la montagne ... pour le laisser là , se couvir de la mousse de ces pierres qui ne roulent plus .... et
partir seule pour vivre sa vie à soi .....
Mais sans doute est-ce mon passé de S.D.F qui me fait m'exprimer ainsi .....
L'être humain est fondamentalement nomade . Même sédentarisé il est bon de garder au coeur un désir de voyage . Rester nomade au fond de soi pour apprendre à ne pas répetter toujours les mêmes
erreures , pour ne plus retomber dans les mêmes orgniéres .....  Voilà