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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 10:33

 

L’analyse des chiffres publiés par l’ONCFS  concernant les accidents de chasse est édifiante. Le nombre d’accidents de chasse mortels oscille entre 15 et 40 par an, la baisse relative des années précédentes semblant terminée avec 21 morts la saison 2008-2009, et un début de saison 2009-2010 marqué par quelques drames sanglants. Nous n’évoquerons pas ici le sort des blessés (150 à 200 par saison, soit un par jour en saison de chasse, tout de même…). Ne sont pas comptabilisés les accidents liés à la manipulation des armes de chasse hors contexte, rattachés aux accidents domestiques.

 

Nous l’avons déjà écrit dans ces colonnes, la criminalité liée aux malades mentaux est très faible. Elle est difficile à quantifier directement, mais l’on sait que l’immense majorité des 1000 homicides annuels en France sont commis par des gens « sains d’esprit ». Une lecture attentive des médias depuis de longues années sur ce point me fait évaluer à environ 12 cas par an les homicides réellement commis par des personnes atteintes de maladie psychiatrique grave et du fait même de leur maladie (exemple typique : le meurtre commis par obéissance à des hallucinations auditives).

 

Concernant la nature des victimes, une étude montre que la grande majorité des cas d’homicide (87,5 %) de malades mentaux concernent des personnes de leur entourage immédiat.

Qu’en est-il dans le monde de la chasse ? Selon l’ONCFS toujours, 62 % des victimes sont eux-mêmes des chasseurs, « postés » ou « traqueurs » et 6 % des accompagnants. Remarquable symétrie, selon une autre source seulement 14% des victimes sont des « non chasseurs ».

 

Dès lors il est intéressant de comparer ces deux populations. L’une a été surexposée par les médias et les plus hautes autorités du pays comme étant une fraction dangereuse nécessitant surveillance et méfiance. L’autre attire traditionnellement une large sympathie, au delà des clichés railleurs, notamment dans le monde rural ou semi-rural, elle ne suscite guère les critiques que de quelques militants écologistes et bénéficie plutôt d’un regard bienveillant des politiques qui y voient une réserve d’électeurs facile à satisfaire. Et l’on n’en parle jamais. Qu’en est-il de leur dangerosité respective ?

 

Concernant la schizophrénie, on peut estimer le nombre de malades en France entre 400 et 600 000, nous considérerons ce dernier chiffre comme une bonne approximation, quitte à le surestimer notamment parce que l’on ne dispose pas de chiffre fiable concernant d’autres pathologies pouvant entraîner des actes homicides et notamment la psychose paranoïaque. Les chasseurs se comptent plus facilement puisqu’ils sont inscrits à une fédération, on en dénombre 1400 000. Leur activité ne dure cependant que de Septembre à Février, environ six mois par an, la moitié de l’année. La maladie mentale s’exprime hélas tout au long de l’année : pour établir une comparaison pertinente nous devrons donc imaginer de doubler fictivement le nombre d’accidents de chasse mortels soit 40 cas/an, en faisant l'hypothèse que la mortalité serait identique durant la saison d’été.

 

Nous obtenons donc une mortalité induite par individu :

* chasse extrapolée sur 12 mois : 40 morts pour 1 400 000 chasseurs = 0,0000285 accident mortel par chasseur

* psychoses chroniques : 12 morts pour 600000 malades = 0,00002 homicide par malade

 

Tout cela reste évidemment une grossière approximation, qui demanderait de larges compléments pour être totalement valide : recueil de données plus exhaustif, méthodologie statistique plus élaborée nous manquent au premier plan.  Nous n'avons pas pris en compte le fait que la chasse n'est ouverte qu'un à deux jours par semaine, par exemple, durant la saison d'ouverture. Néanmoins, ce calcul nous indique que le danger n’est pas forcément toujours, et pas forcément uniquement, là où l’on attire votre attention. Cela permettra peut-être aux gens qui vivent à la campagne ou dans les petites villes, de réaliser qu’ils courent plus de risques de tomber sous les balles d’un chasseur que sous les coups d’un malade mental en rupture de soins psychiatriques. En réalité peu l’ignorent : en bordure de la petite ville où j’ai grandi, on ne comptait plus les chats et les chiens tués par les chasseurs, les impacts de balle sur les maisons et les plombs fichés dans les volets, les adolescents mis en joue parce qu’ils passaient en VTT sur le même chemin que les hommes en kaki. Quant aux non-respect, courant, des frontières de territoires, c'est assez simple bien que cela nous renvoie à des temps très anciens : c'est celui qui est armé qui a raison. Un dimanche paisible, un avion de l’aéroclub avait réussi à se poser en catastrophe avec la voilure déchirée par des plombs de chasse… Tant que ça reste un loisir…

 

De plus tout cela doit être relativisé compte tenu de l’équipement du chasseur moderne. A la lecture de quelques anecdotes (voir par exemple ici) on apprend que la chasse se pratique sans complexe dans le brouillard le plus épais, que certains fusils ont une portée de 3 à 4 km (l'éloignement règlementaire par rapport aux maisons étant de 150 mètres…), qu’il suffit d’un arbre un peu dur ou d’un sol un peu gelé pour qu’une balle perdue ricoche et vous traverse la carotide pendant votre jogging, voire quelquefois dans votre canapé, qu’il est assez courant de tirer dès que la végétation bouge un peu et sans vision directe de la proie, ou que certains partent baïonnette au canon malgré une maladie de Parkinson évoluée ou une acuité visuelle très déclinante. Fort heureusement (1) on apprend que les problèmes liés à l’alcool n’existent pas : « si l’on boit, c’est après ». Au final, on se dit presque joyeux, que ça pourrait être pire.

 

Alors que faire face à cette accumulation de tragédies, qui serait tout aussi spectaculaires que les meurtres de fous si l’on faisait venir les caméras de télévision zoomer sur la plaie béante de la belle-fille du maire déversant son cerveau désormais sirupeux dans la terre humide de sa région natale ? Faut-il envisager les mêmes méthodes que celles évoquées par le Président National® l’année dernière au sujet des malades mentaux ? Installer un tracker GPS dans chaque paire de bottes ? Exiger une expertise médicale et psychiatrique approfondie pour chaque permis de chasse ? Limoger les préfets incompétents, fustiger les présidents de chasse inconscients de l’intérêt général et les pratiquants aveuglés par leurs traditions ? Leur faire rembourser les frais de soins, de SAMU, de convalescence de leurs victimes, ainsi que les frais d’enquête et de procédure ? Ou leur couper leurs prestations sociales, ou les renvoyer dans leur…  heu, non rien, je m'égare, on finirait par trouver normaux des discours qui ne le sont pas.

 

Ou plus probablement, ne rien faire et surtout ne rien dire, parce qu’un chasseur ça vote, à la différence de bien des fous, et c’est armé, à la différence de tous les psychiatres ? Si vous croisez le Président, dites-lui bien que si l’on veut réellement moins d’homicides en France, il faut s’en prendre à tous ceux qui en commettent, fût-ce par folie ou imprudence, c’est la règle de l’Egalité républicaine qui lui enjoint...



Bertrand GILOT


Ref : 1. magazine Modergnat n°59, décembre 2009


 

 

 

 

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Published by Bertrand Gilot - dans Société
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commentaires

Luis 27/12/2016 17:25

Bonjour,
Avec un peu de retard, certes, je suis tombé sur votre billet.
J'adhère largement au point de vue que vous y développez et celui-ci est toujours d'actualité.
La chasse est une pratique dangereuse pour tout un chacun et avant tout pour les chasseurs mais, après tout, ce sont des risques qu'ils prennent aussi pour eux mêmes.
Par contre le citoyen lambda du fait de l'inconséquence de certains chasseurs, de la passivité des instances cynégétiques, de l'incurie des politiques qui pour des raisons bassement électoralistes caressent le chasseur dans le sens du poil, peut, sans s'y attendre, croiser la route d'une balle qui, à priori, ne lui était pas destinée.
Notre association "Cessez le Feu" tente de se faire entendre des pouvoirs publics pour que la réglementation évolue et que l'on instaure des périmètres de sécurité autour des habitations, des lieux de vie et des voies de circulation.
Nous avons mis en ligne une pétition en ce sens, en septembre 2013, qui a recueilli un peu plus de 59.000 signatures.
A la mi-décembre nous avons récidivé sur un thème voisin: "Les balles des chasseurs dans les habitations, ça suffit!"
Voici le lien:
https://www.change.org/p/monsieur-bruno-le-roux-ministre-de-l-int%C3%A9rieur-madame-s%C3%A9gol%C3%A8ne-royal-ministre-de-l-%C3%A9cologie-les-balles-des-chasseurs-dans-les-habitations-%C3%A7a-suffit
Pouvez-vous, avec votre réseau appuyer cette démarche.
En vous remerciant.
Bien cordialement.
Luis

Bertrand Gilot 27/01/2017 14:05

Bonjour et toutes mes excuses pour le retard à vous répondre ! Je n'ai pas à proprement parler de "réseau" et je ne milite pas contre la chasse, par contre j'approuve votre commentaire en espérant que le lien vers votre site vous fera (modestement !) un peu de publicité... cordialement.

louis 13/11/2012 18:46


Article ridicule, comparer l'incomparable pour faire passer un idée.


En suivant votre logique enfantile, je vous invite a analyser à qel point les automobiliste sont plus dangereux que les malades mentaux. 

Bertrand Gilot 13/11/2012 21:43



Je vous remercie, Louis, pour cette contribution sereine et constructive. Le propos était de pointer la surexposition médiatique et la surexploitation politique des faits divers attribuables à
des malades mentaux par rapport à d'autres catégories de la population, ou même à la population en général. Dans cette optique l'utilisation de chiffres - véridiques - est une rhétorique qui ne
vous satisfait pas, je le note précieusement mais ne changerai pas ma manière de faire. Vous feriez un piètre épidémiologiste puisque c'est en faisant des croisements de données a priori peu
pertinents qu'ont été mis en évidence nombre de problèmes sanitaires. Passons.


Il ne vous a pas échappé que dans un cas les journaux titrent - en une et au 20 heures de TF1 - "Un dangereux schizophrène évadé de l'asile massacre un passant", alors que dans l'autre cas, quand
un chasseur flingue un randonneur cela restera en page 3 du journal régional (au mieux, s'il n'est que blessé à la carotide on n'en parlera même pas).


Concernant votre comparaison avec les automobilistes je suis tout à fait d'accord avec vous : ils sont effectivement plus dangereux. Vous avez plus de chances de mourir du fait d'un automobiliste
que d'un fou.


 


BG



ZOE 24/02/2010 17:17


Je ne sais pas si ça existe LA VIOLENCE .... IL existe des violences , trés diverses . Existe-t-il une constante qui définisse LA VIOLENCE ? .....
Je n'y crois pas ....
La vengeance à mon avis celà manifeste la croyance en une justice immanente .
La violence subie serait réparable (?) équilibrable (?) par un acte de vengeance -juctice . Quelle illusion !    et finalement je me demande si l'envie de vengeance n'est pas plus
encore le signe d'un grave trouble mental . Et pourtant la vengeance est mieux concidérée socialement que la violence "primaire" (?) "animale (?) . à mon avis ce qui fait d'un acte un acte violent
c'est le désordre qu'il produit dans l'ordre social . Par exemple : Zorro ne commet pas de violences car il rétablit l'ordre . Mais le Christ avec ses miracles , perturbait l'ordre établi , donc il
fut jugé violent .... Autre exemple : une prostituée perturbe l'ordre sociale , et même si elle donne de l"amour" , elle est jugée violente . Mais un policier qui va la maltraiter , sera
excusé car il rétablit l'ordre social .
à l'extréme le loup qui tue pour se nourrir est violent car il dérange le troupeau .
Le berger qui fait un méchoui est bon car il crée de l'ordre social ....
Le meurtre est violent . Mais ce meurtre sanctifié par l'ordre social qui en a besoin , devient alors un sacrifice et le voilà devenu acte de bonté ....
Voilà .....


Bertrand Gilot 26/02/2010 21:54


La notion de violence est très relative en effet... L'être humain tente toujours des petits arrangements avec sa culpabilité - individuelle ou collective. On pourrait aussi parler de la guerre.
Les actes les plus abjects y sont plus que tolérés par la société, on les qualifie d'héroïsme... enfin tant qu'on ne voit pas trop les flaques de sang (relire "Les Bienveillantes" !).
Ceux qui sont revenus de celle de 14-18 ont souvent peiné à retrouver leur place dans la "vraie" vie, celle où on n'a pas le droit de faire des trous dans les gens. Ceux qui ont brûlé des civils
dans les Aurès ne s'en sont guère mieux remis, et n'ont pas trop eu l'occasion de s'exprimer...
Il y aurait beaucoup à dire aussi sur la violence faite aux animaux, à la nature. Il y a bien longtemps, et encore dans certaines cultures, l'animal tué pour être mangé était d'une certaine façon
honoré, déifié, respecté, et on s'en tenait au strict nécessaire. Aujourd'hui on coupe le bec des poulets d'élevage pour qu'ils ne s'esquintent pas trop entre eux... Ambiance...

BG


l'elfe 13/02/2010 12:58


Alors déjà s'il fallait passer une expertise psychiatrique pour obtenir le permis de chasse, personne ne l'aurait ce permis.
Parce que ben... avoir comme loisir la mise à mort d'animaux sauvages, c'est que ça tourne pas rond dans la caboche.
Ce sont des sadiques et des psychopathes.
Il est illégal de massacrer des humains, donc on massacre d'autres animaux.


Bertrand Gilot 13/02/2010 13:22


Hum, vous allez loin ! Mais il est clair que les motivations interrogent... Il faut probablement distinguer les gens qui pratiquent ça par tradition, transmise par les parents - notamment en milieu
rural - et ceux qui s'y mettent par un attrait suspect pour la poudre, le sang et les combats inégaux. Comme d'habitude ceux qui montrent un relatif respect de la nature (et d'autrui) sont
pénalisés par le comportement des autres.

Il suffit d'ouvrir n'importe quel livre d'histoire à la page "guerres civiles" pour imaginer la violence des instincts qui sous-tendent ce genre de pratiques. La croûte de civilisation qui nous
recouvre est bien fine. J'ai eu en main des armes à feu pendant mon service militaire : cela m'a donné un sentiment assez pénible (ça change du stéthoscope...). C'est vaguement ludique tant qu'on
tire sur des cartons, dans un lieu dédié, en temps de paix. Mais faut pas trop réfléchir non plus...
 
La fréquence avec laquelle des chasseurs montrent des comportements agressifs (ou dangereusement négligents...) totalement inadaptés envers d'autres humains ne peut pas laisser indifférent (ie :
mettre en joue des promeneurs, viser des animaux domestiques, tirer à 10 m des habitations...). Je connais des coins de campagne où le dimanche il y a un coup de feu toutes les 2 ou 3 secondes, on
se croirait sur un champ de bataille, alors le respect de la nature...

La violence entretient la violence. Flinguer donne envie de flinguer encore plus, ça n'apaisera ni ne "purgera" jamais les bas instincts, bien au contraire...

BG


leonie 22/01/2010 19:43


Bien vu cet article sur les danger de la chasse dont on parle rarement.(j'en ai horreur).
Mon beau père ex chasseur, un soir de week end où nous étions chez lui nettoyait son fusil de chasse, or il restait une balle dedans qu'il avait oublié d'enlever, le coup est partie et la balle est
allée se ficher dans le meuble télé, et ma fille alors agée de 5 ans à l'époque était à deux pas de ce meuble, autant vous dire qu'on a tous eu une grosse frayeur réalisant qu'on avait frôlé la
catastropohe. Du coup mon beau père n'a plus nettoyé son fusil le week end.


Bertrand Gilot 12/02/2010 12:21


Merci pour ce témoignage qui n'est hélas pas exceptionnel.

Une arme, c'est fait pour tuer. On est toujours étonné que certains en soient surpris !

BG


Marie lo 22/01/2010 16:32


J'ai toujours trouvé que l'accident de chasse pouvait avoir un certain avantage pour supprimer fortuitement le tonton à héritage. Souvent, quand c'est un membre de la famille qui en tue un autre
(ce qui arrive) il me semble qu'on pourrait se poser des questions...
Comme le premier commentaire, je suis assez ravie de voir que ces cow boys se suppriment entre eux en général. Mais malheureusement il arrive aussi qu'un inconscient promeneur se fasse dégommer....


Michèle 21/01/2010 18:38


Habitant en Aquitaine, je ne peux que souscrire à votre constat. Mon père avait des moutons quand j'étais petite et les chiens des chasseurs en ont tué ou blessé en poursuivant leur gibier sur
notre terrain. Combien de chats j'ai vu disparaitre à l'ouverture de la chasse, les plombs dans les volets je connais aussi! Dans mon village, les chasseurs étaient régulièrement avinés et réputés
d'extrême droite alors c'est vrai que j'ai un gros a priori. Et quand je vois avec quelles armes ils chassent... J'aime bien votre comparaison! Autre analogie, les chasseurs ont l'extrême bonté de
se zigouiller entre eux la plupart du temps, ce qui est aussi le cas des malades mentaux.