Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 15:51

 

 

Présenter ici une critique d'art est sans doute un peu déplacé mais tant pis, j'ose. L'oeuvre présentée au Grand Palais pour encore quelques jours attirait beaucoup ma curiosité. J'étais impatient de découvrir ce travail, tout ouvert aux impressions dégagées par la monumentalité des dimensions et des formes, et puis par le fait, rare, de pouvoir passer à l'intérieur et à l'extérieur d'un volume aussi étrange.

 

La déception est donc à la hauteur : monumentale. Le premier contact, par l'intérieur de l'installation et après un sas bâclé, est certes initialement troublant. Il est rapidement difficile de ne pas penser à l'aspect utérin de la chose (rouge, translucide, tiède, bercé par le bruit rauque et régulier de la soufflerie...), mais l'émerveillement s'estompe bien vite, sans que l'on puisse identifier précisément ce qui le désamorce. La foule, les flashs ? Même pas... Cette poésie archaïque et fragile a achevé de se rompre lorsque, quelques jours plus tard, quelqu'un m'a avoué avoir ressenti quelque chose de plutôt intestinal... Autres images, autres conséquences ! Quoi qu'il en soit cette évocation organique n'est pas clairement revendiquée par l'artiste, qui dédie l'installation au monstre diabolique qu'est le Léviathan.

 

leviathan in

 

Mais dans tout ce vide, il manque quelque chose ! Soit le vide n'est pas assez vide, soit la morphologie est encore trop complexe, peut-être, par rapport aux intentions ? Après tout, on est saisi aussi - et pour ainsi dire redimensionné, quand on entre dans un chapiteau de cirque, ou même un stade... mais alors, pour le même prix, on a un spectacle au moins !

 

Quant à l'extérieur, on le découvre là encore de façon brute et sans aucune mise en scène, en repassant par le même sas sombre et banal. Et malgré l'effort des machines pour remplir le ballon aux limites des possibilités offertes par la nef du bâtiment, on en a vite fait le tour, au premier sens du terme. On s'attend à un choc, une déstabilisation, un écrasement : on contourne un gros machin mou posé sur le ciment, et puis... et puis rien, on ressort, ni heureux ni ému. C'était donc ça ? Bon, on rentre ?

 

leviathan out

 

On rentre en se rappelant la gène persistante éprouvée lors de la première rencontre avec les Suchères, cette gigantesque colonne brisée au pied de l'autoroute Clermont – Saint-Etienne, au pouvoir évocateur infiniment troublant malgré un égal parti pris de simplicité (gigantisme, monochromie...), qui vient bousculer notre rapport au temps. Le souvenir revient aussi des corps disproportionnés de Ron Mueck dont seule la taille dément l'hyperréalisme, et qui reviendront longtemps interroger nos perceptions de l'espace, de nous, de la mort, des autres. Plus loin, la statuaire classique des colosses antiques de l'Egypte (l'entrée d'Abou Simbel...) à la Grèce nous rappelle sans ménagement, mais avec une implication spirituelle, notre microscopique humanité. Et enfin, à ces échelles-là, nous avons tous en tête également divers sites géologiques chargés d'une tout autre force émotionnelle que la baudruche du Grand Palais.

 

Bref je ressors frustré : j'en attendais trop. L'idée de l'artiste était riche mais la réalisation me semble avoir loupé sa cible, qui n'était sans doute pas l'indifférence du visiteur. Une impression fugace, du vent dans les rideaux de la tête, mais rien de plus, nulle gène, nulle interrogation... nulle trace. Tout le monde n'a pas les moyens de sa démesure, ce qui n'est pas très grave au fond. Question sans réponse pour physiciens en déshérence : ce vide qui se veut si grand est-il finalement un petit vide ? Pourquoi ces boules si gonflées se révèlent-elles si plates ? Le Léviathan aura donc été apprivoisé (était-ce ça, la leçon ?), à moins que comme on dit ce diable, pour monumental qu'il soit, se soit une fois de plus niché dans les détails qui l'empêchent de nous faire impression ?

 

 

BG

Partager cet article

Repost 0
Published by Bertrand Gilot - dans Culturel
commenter cet article

commentaires

Léonie 29/08/2011 15:09



En venant jeter un oeil sur votre blog dont j'ai gardé le lien et en lisant le com. de Michèle, en grande curieuse que je suis, je suis allée voir l'émission que j'ai trouvé très dynamique
et intéressante ayant déjà lu par le passé un livre sur les anti-dépresseurs, bon je n'ai pas encore lu le vôtre mais ça viendra ;).


Comment vous ai je trouvé? eh bien je dirais, assez à l'aise, je ne vous imaginais pas avec cette tête là,  mais  le virtuel à un impact terrible sur l'imagination dès qu'on
se lance dans une association quelconque (métier, style d'écriture etc...).



Bertrand Gilot 18/09/2011 21:10


Moi non plus je ne m'imaginais pas avec cette tête-là ! La télé c'est décidément pire qu'un miroir, je comprends mieux pourquoi les gens qui y bossent en font généralement "un peu trop" : le ton de
communication qui paraît juste normal dans la vraie vie est transparent et inaudible à travers les médias (c'est un constat, non une critique) ;-)


Michèle 29/08/2011 14:12



En effet j'ai remarqué que la présentatrice connaissait bien même très bien son sujet, vu le titre de l'émission et la chaîne j'avais un peu peur mais j'ai été très surprise, c'était du niveau
d'une émission de fin de soirée du service public. Elle doit avoir des connaissances sur le sujet qui datent d'avant la préparation de l'émission. Mais elle est un peu surexcitée tout de même.


Pour la tête de psy ne soyez pas fâché, mon père et mon grand père sont profs et rien qu'à la manière de poser leurs lunettes sur le bout de leur nez on peut le deviner!



Bertrand Gilot 11/09/2011 22:48



Ah non fâché jamais ne vous inquiétez pas ;-)


 


BG



Michèle 28/08/2011 19:05



Dites docteur, j'ai vu votre trombine grâce au lien vers l'émission de direct 8 (d'ailleurs je ne savais pas qu'il y avait des émissions intelligentes sur cete chaine), vous avez bien une tête de
psy!


Et sinon elle serait pas un peu hypomane la présentatrice?


Bon dimanche et au plaisir de vous relire prochainement.



Bertrand Gilot 29/08/2011 12:41



Merci pour la tête de psy, mais de fait je n'y suis pour rien, nous avons des formations spéciales à la faculté pour apprendre à ressembler à un psy (ou à un cardiologue, un chirurgien etc...) !
Pour le reste je vous laisse la responsabilité de vos propos . En tous cas participer à cette émission était très
intéressant, le ton totalement libre et la présentatrice, tout en collant à l'image de présentatrice TV (est-ce évitable dans son métier ? vous dites bien que j'ai une tête de psy...), était très
pro, connaissait très bien ses dossiers (sachant que l'émission change de thème chaque jour) et relançait la discussion de manière vivante et efficace, ce qui n'a pas l'air si simple quand tout
se passe en direct...


BG



Léonie 11/06/2011 17:23



Difficile de comparer les monuments anciens aux monuments modernes, dans mon jargon, on dirait : y a pas photo.


Quand je regarde les constructions anciennes gigantesques comme les pyramides, les cathédrales et autres du même genre, le ressenti est celui d'un petitesse de notre être et un émerveillement
sans borne devant le talent des concepteurs et artistes qui ont contribués à ces oeuvres.


Bon pour les pyramides, le sphinx et autres de la même époque, c'est tout simplement pas des oeuvres humaines si on réfléchi bien au "comment avoir charié et assemblé des blocs aussi monumentaux
" à une époque aussi lointaine sans les outils adéquats.



Bertrand Gilot 15/06/2011 22:42



Ben des oeuvres humaines si, il y a actuellement des hypothèses très crédibles sur la manière dont elles ont été édifiées. Il faut aussi se figurer la relative lenteur du progrès technique en ce
qui concerne l'architecture, la taille de pierre etc. Sans doute aussi le fait de vouloir édifier des constructions qui défient le temps n'était pas une fin en soi, pendant longtemps, pour nos
ancêtres.


 


BG