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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 09:27


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Le psychiatre vit généralement en milieu urbain, à l’abri de cavités solitaires que l’on nomme «cabinet médical» s’il aime les belles autos et la liberté, ou dans des colonies grégaires appelées «hôpital» lorsqu’il aime l'odeur d'éther et la sécurité de l’emploi. Peu résistant au grand froid, il apprécie la lumière, mais supportera les clairs-obscurs et même une exposition ombrageuse peut convenir. D’un naturel robuste, il nécessite tout de même un peu d’entretien.

Si l’on observe le psychiatre attentivement, on remarquera qu’il ne possède pour ainsi dire pas de corps, mais par contre deux énormes oreilles, et un stylo. Entre les oreilles se situe le cerveau, dont on ne sait rien. L’entretien du stylo est anecdotique, il suffit de le remplacer lorsqu’il est vide.

A l’inverse, l’entretien des oreilles doit être absolument rigoureux. En effet, il faut bien entendre qu’elles sont pilonnées au fil des années par des drames injustes et des souffrances absolues, triturées par des transgressions indigestes, englouties par des deuils orphiques et des passions pyrogravées, distordues quelquefois par des délires spectaculaires, et en tous cas perpétuellement cinglées par le grésil à granulométrie variable des symptômes - sans oublier les stalagtites de secrets de famille millénaires aux calcifications contondantes, qui se forment parfois sur les bords de l'hélix. Bref, elles peuvent finir par donner des signes de fatigue, au risque de réduire le rythme et la richesse des floraisons. Ce qui serait dommage, tout de même.

Vous l’aurez compris, la récolte bi-hedomadaire du cérumen n’y suffit pas, aussi élégante que soit la rotation spiroïde qu’imprime le poignet au coton-tige. Il est capital, pour maintenir le psychiatre en bon état de fonctionnement, de régénérer aussi souvent que possible les tréfonds du fin-fond de ses oreilles, là où accostent les naufragés, là où sédimente la poussière d’âme et les éclats de vernis névrotique. Alors il faut du vent ! Du mouvement ! Du sensible bien sûr, de l’époussettement d’archéologue aussi pointilleux que l'archet sur le violoncelle, mais aussi du gros, du lourd, du puissant : ne laboure-t-on pas la terre chaque hiver en profondeur pour lui permettre de produire à nouveau ? Ne faut-il pas secouer les tympans comme on bat les tapis, le printemps revenu ?

Le but de cette rubrique (*) sera donc de vous présenter quelques compte-rendus de mon programme d’entretien auditif que l'on peut qualifier de semi-aléatoire. Si ça se trouve, c’est aussi le prétexte à quelques expériences sonores - et au plaisir de vous les raconter.

 

BG

 

(*) Il appartiendra aux historiens de l’Internet de dire si elle se révèle aussi peu stable et prévisible que mes précédentes tentatives de lancer une rubrique régulière.

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commentaires

Léonie 02/03/2012 12:25


Je me suis toujours demandée comment un psy. arrivait à ne pas péter les plombs après tout ce qu'il pouvait entendre ? Je suppose qu'il possède un défouloir quelconque.


POur la nouvelle rubrique, je serais non pas  toute ouie, mais toute.....Yeux, bah oui c'est tout ce que j'ai trouvé pour dire que je viendrais jeter un oeil, j'y rajouterais
quelques neurones en plus :)

Bertrand Gilot 04/03/2012 22:15



Un défouloir parfois oui ça peut servir.


Sinon pour quelques-uns, il suffit de réduire le temps des consultations à 10-15 minutes, et les tympans sont décongestionnés...