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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 14:58

 

 

Après avoir attendu tout le début de semaine – le temps de voir ce que faisaient mes collègues - c'est décidé, j'ai bien réfléchi, je vais vous révéler toute la vérité qui peut être dite par un psychiatre, sur le fait-divers désormais mondialement connu sous le nom d' « affaire DSK ».

 

Avant cela il est peut-être nécessaire de rappeler ce qu'est un « psy ». Avec des nuances selon le métier exercé (psychiatre, psychologue, psychanalyste, psychothérapeute), on peut résumer en disant que c'est un professionnel de la santé psychologique, formé à diagnostiquer, évaluer et traiter les différentes formes de souffrance mentale ou émotionnelle qui lui sont exposées par des patients. La rencontre, indispensable (que le patient soit volontaire ou non, comme dans le cas des soins sous contrainte), prend la forme d'un « colloque singulier » au cours duquel, par un contrat tacite et non écrit (mais dont les conditions sont encadrées par la loi), le patient offre l'intimité de son fonctionnement psychique en échange de l'engagement, par le praticien, de mettre en ouvre ce qui est utile pour le soulager. Afin d'assurer l'autre condition nécessaire qu'est la « neutralité bienveillante », une rémunération est convenue, qu'elle soit financière ou symbolique, directe ou indirecte, elle permet d'éviter au patient d'être parasité par un sentiment de dette, et aide le praticien à garder une distance suffisante pour être libre dans ses actions (on n'est pas ici dans une aide de type caritatif bénévole). Enfin, le praticien est tenu, par des règles éthiques anciennes (Hippocrate) mais aussi par la loi (secret médical ; loi Kouchner du 4 mars 2002...), de garder une discrétion et un secret absolu tant sur les informations médicales (diagnostic, traitement...) que sur les informations factuelles privées auxquelles les rencontres lui ont permis d'accéder.

 

Dominique Strauss-Kahn, je ne l'ai jamais rencontré, je n'ai jamais eu avec lui un entretien diagnostique (l'examen clinique du psychiatre), il n'a jamais parlé avec moi de son intimité psychique. L'aurait-il fait ? Ce serait alors de l'ordre d'un secret, partagé de manière exclusive entre le patient d'un côté et moi de l'autre, gardien unique désigné par sa confiance.

 

Ben voilà.

 

Oui. Ben voilà. Ca y est ! C'était ça, mon scoop... Y a rien à dire !!!

 

Faut-il dès lors s'interdire de penser, de commenter, de discuter, parce qu'on est « psy »  ? Certes non ! Mais il faut affirmer et affirmer encore que les psys, quels qu'ils soient, quels que soient leur talent et la taille de leur égo, n'ont rien à dire sur les gens qu'ils ont rencontrés (ils n'en ont pas le droit) et encore moins sur ceux qu'ils n'ont pas rencontrés. Dans ce dernier cas, on navigue en pleine spéculation, qui plus est sur la base d'informations forcément parcellaires, dont on apprend souvent a posteriori en ce qui concerne des personnalités publiques, qu'elles étaient fausses ou manipulées. Et pourtant, que n'a-t-on pas entendu depuis dimanche... Il est d'autant plus dérangeant d'observer ce type de dérapage de la part de psychanalystes, Freud lui-même ayant souvent insisté sur le danger des « interprétations sauvages », balancées à la figure d'un patient qui n'en était pas encore là, ou pire encore à propos d'un tiers inconnu, sur la base d'un témoignage.

 

L'avis du psy qui s'exprime sans avoir pu utiliser aucun de ses outils habituels (rencontre, neutralité, secret... ), aura peu de chance d'être meilleur ou plus pertinent que celui du menuisier, du cinéaste, ou de sa concierge. A la rigueur, notre connaissance professionnelle de l'esprit humain nous permet quelquefois de jeter un éclairage intéressant sur tel ou tel aspect d'un personnage connu, ou même sur certaines actions collectives, mais cela doit se faire toujours avec maintes réserves, et dans la retenue. Je peux vous parler de la psychologie de votre tante Marcelle – que vous n'avez pas connue – aussi bien que de celle de Ramsès II, ou de Georges Marchais, je vous raconterai une belle histoire, au sein de laquelle quelques mots feront du sens pour vous... Mais avec quelle fiabilité ? La frontière est étroite avec ce qui relève de l'opinion personnelle. Laquelle est loin d'être sans valeur (en général...), mais ne doit certainement pas être labellisée de l'expertise d'un « pro ».

 

On n'est pas sortis de l'auberge.

 

 

Bertrand Gilot

 

 

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Published by Bertrand Gilot - dans La psychiatrie pour les nuls
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commentaires

Leonie 27/09/2011 22:32



Garde forestier est un beau métier, effectivement, quand on épouse son fils et que du coup on se retrouve à taper à la machine les  rapports qu'il doit faire sur l'environnement, bon c'était
pas déplaisant mais le matériel il y a une vingtaine d'année n'était pas très performant, même pas électrique la machine, vous imaginez :)) Sinon l'affaire DSK est un arbre qui cache la
forêt.



d'Aloisio 25/09/2011 04:10



Vous évoquez Gilles de Rais j'ai lu derniérement un document sur lui et sans blague en France il éxiste une école avec des enfants dedans portant son nom!Hallucinant, dans 50 ans on construira
surmment des foyers pour femme violée DSK!Il n'y a plus de limites à la bêtise humaine!L'homme qui s'éfforce de vivre en étant le moins salop possible, le bon, le brave, l'honorable tombe le plus
souvent dans l'oubli.C'est sans solution, je trouve cela désespérant et injuste!Les boudhistes pensent que celui qui plante un arbre n'aura pas vécu pour rien je vais me faire garde forestier...



Bertrand Gilot 25/09/2011 12:13



Gilles de Rais il y a aussi un drapeau portant son nom et ses armes, chaque année, dans la cathédrale d'Orléans pendant les fêtes de Jeanne d'Arc !!! Par contre pour Marc Dutrou, Landru et
Himmler ils n'ont rien...


Garde forestier c'est un très beau métier, même si ce n'est pas à la mode en ce moment.


Ne pas désespérer, mais garder les yeux ouverts...


BG



d'Aloisio 24/09/2011 04:00



C'est une affaire qui concerne DSK,la femme de chambre et la justice si faute il y a eu?Et? et c'est tout...J'ai étè choqué d'entendre des gens,des journalistes dirent que DSK avec sa classe et
son prestige n'avait pas pu se taper une souillone!Comme si on ne mélangeait pas les torchons et les serviettes...Je constate une fois de plus que le sexe et le pouvoir font tourner le monde et
je trouve cela navrant...Votre réflexion est je pense la seule à retenir car elle respecte les deux parties.On ne saura jamais la vérité et pour ma part je m'en moque pas mal...



Bertrand Gilot 24/09/2011 14:23



Vous soulignez un des aspects les plus nauséabonds de cette histoire... et de notre culture. Pauvre, noire, immigrée... allons voyons, il était évident un homme comme lui n'avait pas pu s'abaisser à... Je ne comprends pas que les mouvements féministes
et autres n'aient pas manifesté plus bruyamment : résignation peut-être ?


Une bonne partie de la presse et des politiques se sont fait pipi dessus en tentant de protéger/disculper DSK en réduisant tout cela à l'évidente différence sociale. Alors quoi, il aurait forcé
une ministre blanche et fortunée, ça aurait été mieux ? ou moins bien ? Et puis alors, les pauvres sont légitimes de violenter les femmes de service des hôtels ? Ah oui, dit comme ça, on voit
bien que ça ne va pas...


Autrefois l'union de la bergère et du prince ça faisait un conte de fées, il va falloir s'habituer à ce que ça se termine dans le caniveau des faits divers.


Sinon, disculper le crime au nom d'un pouvoir ou d'une renomée, au nom d'un talent ou d'un passé glorieux, cela s'est fait de tout temps et restera longtemps encore à la mode (voir l'affaire
Polanski, mais aussi dans un autre registre, Gilles de Rais, ou même Pétain). Comme si avoir été intègre et/ou puissant mettait à l'abri pour toujours des dérapages.


 


BG



Charbel FOUREL 23/05/2011 12:29



un avis sage et éclairé, dégagé de la folie des théories fumantes servies a la va vite dans un espoir de Buzz ou de reconnaissance. la reserve est marque de sagesse, cela s'oublie.



Bertrand Gilot 25/05/2011 23:23



Quant une théorie est fumante c'est qu'on la sert au mauvais moment... ou qu'elle est cramée !!!



Catswoman 21/05/2011 16:46



Parmi tous les (trop nombreux) "avis d'experts" lus et entendus, indéniablement le commentaire le plus intelligent de la semaine.



Bertrand Gilot 22/05/2011 21:33



Je suis bien d'accord avec vous !!!






Léonie 20/05/2011 20:19



C'est une bien belle façon de parler de l'affaire DSK, ça change de tous les articles véhiculés par les média. Beaucoup de recul c'est important pour cerner tout problème.



Bertrand Gilot 22/05/2011 21:35



Le recul ça ne rapporte rien, ça ne fait pas vendre de papier, ça n'augmente pas la part d'audience -> corbeille.


Théoriquement les publications hebdomadaires (magazines de news) devraient jouer ce rôle, mais dans ce genre de circonstances ils ne font souvent que reprendre et délayer la soupe déjà bien
clairette des médias instantanés...


 


BG