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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 23:25

Hier soir quand j'ai quitté mon bureau, il était accroupi à côté de son sac de couchage, le jean pas encore trop sale, différent des clochards standardisés du quartier. Le regard perdu loin, le front plissé par des soucis vertigineusement inaccessibles, le visage marqué de traces fines (griffures ?), il dodelinait de la tête très rapidement, s'interrompant toutes les dix ou douze oscillations horizontales pour placer quatre hochements du menton accompagnés de bruyants "pff - pff". On appelle ça des stéréotypies et c'est un symptôme évocateur de psychose grave, parvenue à un stade "déficitaire" comme on dit (*) ... typique en tous cas d'une schizophrénie non soignée, d'un état très "régressé" comme on dit entre nous. Le genre de trucs qui peut s'améliorer spectaculairement sous traitement (neuroleptiques) et avec un accompagnement cadrant et bienveillant. Mais là il est accroupi, il est sous la pluie, il fait nuit, il fait 2°, il est devant un distributeur Banque Populaire, en plein centre de la grosse ville molle.

Que faire ? L'aborder seul et sans rien avoir à lui proposer de concret, de rassurant et d'immédiat n'aurait pu que renforcer sa perplexité, son hostilité peut-être, dans le pire des cas provoquer une réaction inappropriée. Hors de toute institution, lui dire que je suis psychiatre sans rien savoir de son passé (et de son vécu éventuel des soins) n'est pas forcément la meilleure idée.
- Appeler le samu ou les pompiers ? Il ne demande rien, il bat du coeur, il ne saigne pas : ça ne les intéressera pas, passerais-je une heure à vendre la qualité des soins hospitaliers psychiatriques au médecin régulateur. "Si tu crois qu'on va envoyer un hélicoptère à chaque fois qu'un type a l'air bizarre dans la rue...". Même pas la peine d'y penser, et puis je ne suis de garde de rien, légitime de rien, passons. A supposer qu'ils viennent, la probabilité reste nulle qu'il monte dans la camionnette et attende sagement aux Urgences que le psy de garde le reçoive (et trouve une solution...).
- La police ? Il ne trouble que son ordre privé. Et avec une probablité non nulle que le dialogue tourne mal et qu'il finisse en garde à vue pour outrage... bof, pas très thérapeutique. Au moins il serait au chaud ? Avec une énorme dose de chance il pourrait être amené à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police et orienté vers un lieu de soin... Mais la chance et lui, ça n'a pas l'air d'être ça.
- Téléphoner au secteur psychiatrique (l'hôpital psy responsable de ce quartier) ? D'une part ils n'ont aucun moyen de se déplacer pour rencontrer mon stéréotypiste hors de leurs murs. D'autre part ils seraient sûrement très heureux d'avoir un psychotique S.D.F. de plus à réinsérer sans famille ni soutien... On me conseillerait de lui donner le numéro de téléphone du CMP, pour qu'il prenne rendez-vous dans deux mois. Euh... merci au revoir.
- Théoriquement on peut/doit informer la DRASS... hahaha cette bonne blague, appeler la DRASS à 20 h 30 pour signaler qu'il y a quelque part dans Paris un malade mental en rupture de soin. Mouais. Leur écrire à la rigueur, pour qu'ils envoient une enquête sociale, enfin quelque chose, mais dans six mois. Il fera moins froid, dans six mois, ceci dit...
- Ou le 115 alors ? Mon expérience (vu des Urgences de l'hosto) c'est que 1) ça ne répond pas, le 115, quand il fait froid, toutes les lignes de mon correspondant sont occupés et 2) quand ça finit par répondre au bout de 2 heures de harcèlement, ils ne peuvent pas venir, il faut que le patient se déplace, comprenne et accepte le règlement, ne soit pas excessivement fou..., bref oui mais non.

Je suis donc rentré chez moi d'un pas lourd de résignation.

Ce midi je l'ai de nouveau croisé, marchant droit devant lui, s'arrêtant brusquement, changeant de direction, à l'écoute d'ordres intérieurs dictés par sa volonté folle, comme une radio déréglée qui capte des messages aussi incohérents qu'impératifs. Le sac de couchage dans une main, l'autre dans la poche. Bon il n'est pas mort de froid cette nuit par ma faute c'est déjà ça de pris pour ma culpabilité (heu, la météo annonce un redoux...). Mais quelle tristesse au fond, quel dommage de ne rien pouvoir faire, concrètement, face un malade en rupture de tout, mais qui serait sans aucun doute accessible à quelque chose de thérapeutique... D'où vient-il ? Est-il parti d'un hôpital ? Est-il en voyage pathologique, venu du fin fond du pays, ou d'ailleurs, pour rencontrer une personnalité ou annoncer la fin des temps ? Des gens le cherchent-ils ? A-t-il manqué un rendez-vous avec son psychiatre, puis refusé de répondre aux infirmières du secteur qui essayaient de le recontacter, et ainsi de suite, comme on le déplore si souvent quand les liens se distendent et qu'une prise en charge fait peu à peu naufrage ? Quel avenir pour ce trentenaire en perdition si ce n'est une mort rapide et anonyme, comme ces oiseaux que les balayeurs enlèvent du trottoir au petit matin... A moins qu'un passage à l'acte ne rappelle dans la douleur l'existence de cet homme à la société ? On n'a pas les outils aujourd'hui pour répondre à cela, on n'a pas de filet pour rattraper ces trapézistes de l'impossible.


Dr Bertrand GILOT


(*)
le libéralisme a-t-il même contaminé la sémiologie médicale ?

PS : le titre de l'article est bien évidemment emprunté à l'excellent film "Enfermé dehors" du non moins excellent Albert Dupontel

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Published by Bertrand Gilot - dans La psychiatrie pour les nuls
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commentaires

Léonie 07/10/2011 22:41



Le titre du post : enfermé dehors à pour moi un double sens. Le pauvre homme est dehors, son statut ne lui donne pas le choix, il est enfermé dehors physiquement, mai il l'est aussi mentalement.
On pense toujours que la folie vient de l'intérieur, en fait je pense que non,  elle est dehors et le dedans n'est pas assez fort pour l'affronter alors il se protège comme il peut, le
dehors enferme.


@ inconnue


je connais cette euphorie qui vous anime, je suis passée par là et elle dure, il n'y a pas de raison pour qu'elle s'arrête pour vous, un voile s'est levé à l'intérieur de vous, il suffit juste de
l'empêcher de retomber ;)



inconnue 07/10/2011 20:37



Je vous remercie de ce retour complet, et qui mériterait bien quelques articles.


 


 


Pour les notions de transfert / reconnaissance / gratitude, je les pense intimement liées. 


Pour ma part, je ne peux plus parler de transfert : j'ai été consciente dès le premier changement que je ne pourrais continuer ma thérapie, et l'ai arrêté sur le champ. Je n'ai pas de problème
avec cela, mais la question s'est posée du mélange des genres. La seule chose qui a pu ressortir de ces interrogations est la proximité et l'intrusion du psychaliste chez le patient. Dans mon
cas, les changements ont été rapidement visibles et de manière si inattendue, qu'un attachement est apparu, ou en tout cas, quelque chose que je ne pouvais définir. Je crois aujourd'hui plus à de
la reconnaissance. Ne ressent-on pas un attachement certain à un ami qui tend l'oreille et qui tend la main ? Si le thérapeute n'est pas un ami et que sa place doit rester claire et définie,
la frontière peut-être difficile à tenir. 


Je ne sais aujourd'hui si l'énergie (débordante) qui m'anime, le sourire qui ne me quitte plus, les éclats de rire qui me prennent et dont j'avais oublié le son (j'ai du mal à me reconnaitre)
tiendront encore un jour, une semaine, un mois ; je ne pensais pas avant le début de ma thérapie (qui pourtant fut courte) pouvoir être autre que celle que j'étais. Je pensais être de nature
triste et taciturne et naturellement fatiguée, ce qui justifiait mes dix à douze heures de sommeil quotidien ; je pensais être née ainsi, comme certaines natures sont calmes et d'autres
bouillonnantes. Je me figurais celle que j'étais et que j'avais toujours été. 


Aujourd'hui, je ne sais plus rien. Je constate que si le monde ne peut pas changer, mon regard, lui, est tout autre. Ce qui auparavant m'assomait et me pesait avec lourdeur ne compte plus
aujourd'hui et passe avec légèreté (comme le bureau par exemple, ou le rapport à la famille). J'ai l'impression d'être sous euphorisant constant alors que je ne prends rien. Absolument rien, pas
l'ombre d'un doute.


 


Comment donc ne pas ressentir de la gratitude quand, ne serait-ce que ces quelques semaines déjà passées, une vie entière bascule ? Je le redis : peut-être demain ce miracle aura pris fin,
peut-être retrouverais-je pour compagnon la fatigue, la tristesse, le poids pesant et oppressant du monde sur mes épaules, la longueur d'une vie qui ne semble vouloir avancer ni prendre fin, d'un
manque de désir, d'un besoin de fuite ; oui, peut-être tout cela reviendra-t-il, mais ne serait-ce que pour ces quelques semaines de répit, de bonheur alors que rien, absolument rien n'a changé
dans ma vie (je n'ai pas changé de travail, ni de salaire, ni quitté le célibat), rien que pour cela, pour avoir enfin touché du bout des doigts la liberté, l'avoir sentie me frôler, l'avoir
respirée et en avoir ri, et avoir pour une fois, pour de vraie, eu envie de saisir la vie dans mes bras, à pleines mains, je lui en suis reconnaissante. 



Inconnue 05/10/2011 22:29



Lorsque l'on donne tant aux autres, je me demande ce qu'il reste pour soi : quelle énergie ? 


Peut-on être psy et souffrir de dépression ? Qui aide dans ce cas ?


Côté patient, peut-on rester neutre face à son thérapeute ? 


Il se trouve qu'en quelques séances, il y en a un qui m'a sorti de je ne sais quel lieu dantesque où je me trouvais : quelque part parmi les tièdes où je ne pouvais rien, où je n'étais plus,
perdue dans les limbes...


Si l'on considère que c'est son travail, doit-on se contenter de penser : c'est son job après tout, so what ? 


Je ne sais si l'on remercie souvent un psy, je suppose que oui, les gens font toujours ça, mais le dit-on assez : l'on suspecte souvent les qualités de la profession - me semble-t-il, point de
vue tout ce qu'il y a de plus subjectif - grossière erreur : je n'en soupçonnais pas moi-même les qualités ni la force. 



Bertrand Gilot 06/10/2011 23:37



Savoir définir la part d'énergie qui doit nous rester à la fin de la journée / semaine (ou le jour de la retraite...) c'est justement ce qui fait que c'est un métier en soi. Si on donne tout, on
crève, sûr. Et ça ne rend pas service au patient, du reste. Ca s'apprend tout au long des études, on essaye des trucs, parfois ça marche, parfois on est éreinté, on affine, on essaye de
comprendre comment font les anciens, ceux qui sont tout fendillés et ceux qui ne le sont pas. Certains collègues n'y parviennent pas et se font rejetants, froids, hostiles, distants. Ingénieurs
en médecine. Cassants même, pour se protéger. "Ah bah, faut se blinder hein" m'avait rembarré tout en pleurant son vernis à ongle écaillé une connasse d'externe lors de mon tout premier stage
hospitalier, alors que nous examinions une gamine de dix ans fracassée par le crash de la voiture familiale, dont elle était seule survivante. Se blinder ? Comme une porte de prison alors...?


Bref donc de ce point de vue, l'énergie, et ben oui, c'est le job - et d'ailleurs ce n'est pas gratuit, ce n'est pas de la charité ni de la compassion pure - il ne faut donc pas s'excuser d'avoir
pris de l'énergie ou du temps au psy. Beaucoup de gens ne se posent d'ailleurs pas la question et, parmi ceux qui n'y sont jamais venus, imaginent que ce n'est que bavardage au salon...


 


Pour autant, être psychiatre n'immunise pas contre la souffrance ou la maladie psychique - ce serait trop beau - mais alors il "suffit" de se faire aider par un confrère, je mets des guillemets
parce que la démarche est rarement facile. Les médecins, d'une manière générale, se soignent très mal, et plus encore sur le plan psychique, des études de l'assurance maladie montrent qu'ils
prennent plus de psychotropes que la population générale, et le plus souvent, ce qui est médicalement une absurdité (on a bien du mal à évaluer son propre état psychique), en auto-médication !!!
Mais une fois le pas franchi les choses se passent exactement de la même manière, à ceci près que le discours doit évidemment être adapté aux connaissances de ces patients si particuliers.


 


Concernant la gratitude, c'est une très bonne question (aussi). Jeune étudiant, persuadé de l'héroïsme de la profession médicale, j'ai été sidéré de voir des patients oublier le nom du chirurgien
habile qui les avait sauvé dans des conditions dantesques quelques années plus tôt, puis, jeune psychiatre, par l'oubli du thérapeute qui avait accompagné, des années durant, des pas de géants
dans une destinée troublée. J'en suis venu à la conclusion que c'est la marque du talent : le bon médecin est celui que l'on oublie, comme on oublie de quel côté était cette rage de dents qui
vous a empêché de dormir pendant trois jours. Celui que l'on vient à vénérer ou vers qui l'on se sent une dépendance est un escroc, ou alors il a raté son truc. Il faut s'effacer à la fin, enfin
je dis "il faut" ça doit se faire de soi-même, ce qui m'amène à votre question sur la neutralité : bien sûr on n'est jamais neutre, c'est tout ce qu'englobe la notion de "transfert". Tout le
monde ne projette pas les mêmes attentes sur le médecin, les mêmes espoirs, craintes, émotions, certitudes. Il faut ajouter que certaines situations (maladies chroniques par exemple) ou certaines
personnes induisent par elles-mêmes une dépendance, parce que leur histoire et leur personnalité les conduit vers ça, c'est au psy de leur en faire prendre conscience, de les aider à se libérer,
et lui d'accepter de n'être qu'un élément du parcours.


 


BG



inconnue 18/09/2011 23:21




J'ai
appris récemment la désignation du terme "troll" - j'en connaissais l'une des définitions lorsque mon frère et moi jouions à Blood Bowl sur plateau à sa création ou que je l'entendais échafauder
des scénarios rocambolesques en bon maître du jeu des nuits rôlesques.


 


Le
troll est donc sorti de ses forêts pour arriver sur les forums : « L'expression
« troll » désigne le plus souvent une personne qui participe à une discussion ou un débat sur un espace social informatisé (de type forum, newsgroup ou wiki) dans le but principal – voire unique – de susciter ou nourrir
artificiellement une polémique, et plus généralement de perturber l'équilibre de la communauté concernée ».


L'expression
peut aussi désigner un message dont le caractère est susceptible de générer des polémiques ou est excessivement provocateur, ou auquel on ne veut pas répondre et qu'on tente de discréditer en le
nommant ainsi. Le mot « troll » peut également faire référence à un débat conflictuel dans son ensemble."
(source : wikipedia).


 


Voilà
donc un nouveau métier - mais sans doute pas si nouveau, c'est juste pour moi qui suis jeune - ou trop vieille, allez savoir. Pas de quoi finalement se sentir troublé, une fois qu’on le
sait.


 


Je lis
l'intégralité de votre site - j'avais bien du retard - et c'est indéniable, vous avez du talent. Intelligent, drôle et pertinent, vous avez de l'imagination : vous ne devriez pas vous cantonner à
ce site. L'avoir nommé "l'avis du psy" me donnait le sentiment premier d'un site ronflant et ennuyeux sur je ne sais quel pan de la psychanalyse. On comprend vite que vous n'auriez pas ce métier,
votre site n'aurait pas été bien différent. Alors si l’envie d’écrire vous prenait… vous devriez céder à la tentation.


 


Car
les urgences, vous y avez déjà laissé une part de vous : je doute que vous cherchiez la perdition ou le suicide. Et puis, les supers-héros rencontrent des problèmes majeurs - en plus de l'alcool
et autres addictions dues à ce qu'ils portent sur leurs épaules pas si larges en fait - comme le fait que l'on dispose de moins en moins de cabines téléphoniques au coin des rues pour enfiler sa
combinaison moulante.


 


 Enfin
Cher BG, permettez-moi juste de vous dire que l’hiver a pris fin cet été, qu’il y a encore de beaux jours et de grands soleils, que l’automne arrive avec douceur et sans brusquerie pour vous
laisser le temps de savourer la douceur d’un café aux terrasses parisiennes. Et si cet hiver ne prend pas fin, vous pourriez vous rendre du côté de Lyon : il paraît que la Biennale surpasse
celle de Venise, qui pourtant, laissait déjà sans voix et nous rappelait combien le monde pouvait être beau.



Bertrand Gilot 21/09/2011 21:38



Laissons les petites bêtes dans la forêt... il faut qu'elles vivent aussi, et le risque est grand de mettre l'étiquette de troll sur tout avis dérangeant ! En l'occurence une certaine pratique
des forums (excessive dit-on dans mon entourage...) m'a relativement immunisé. Et puis, une contradiction amène à réfléchir, qu'elle soit de bonne foi ou non importe peu finalement.


 


Quant à Lyon... il y a longtemps que je résiste à Lyon. Trop de fleuves, trop de gens qui disent... "rien" quand on leur dit "bonjour", trop de rues sans boulangeries et de boulevards sans
bistrots. Depuis longtemps je résiste à cette ville à la fois trop grande et trop petite, et depuis longtemps m'y ramènent la présence d'amis chers et d'obligations diverses (le service militaire
ne fut pas la moindre, au siècle dernier). Mais je dois y retourner bientôt, je prends note de votre conseil.


 


Merci encore pour les compliments. 


 


BG



inconnue 12/09/2011 00:02



Vous juger ? Je ne suis pas dieu. Vous ne l'êtes pas non plus, cela dit en passant : vous ne pouvez pas sauver le monde, même si l'on sent bien qu'il vous est difficile de l'accepter. 


 


Je reste fâchée des commentaires que j'ai lu, et des jugements violents qu'on vous a jeté à la figure. Les plus moralisateurs qui de drapent du voile de l'indignation exagérée ne sont sûrement
pas ceux qu'ils disent être, tant ils le crient haut et fort. Ceux qui tendent la main sont ceux qui sont le plus à même de comprendre la difficulté de la tâche. 


 


Votre métier, Docteur, a aidé et aide encore bien du monde, des âmes en peine, n'en doutez pas. Mais vous ne pouvez sauver le monde. Personne ne le peut. Vous en faites déjà bien assez, bien plus
que la moyenne d'entre nous tous.


 


Restez comme vous êtes surtout, pour nous, pour ceux qui vous entourent, et ceux qui ont besoin de vous et ceux qui viendront vous voir encore dans les mois, les années qui viennent. Mais ne vous
y perdez pas. Je comprendrais que vous ne veniez plus par ici écrire : il faut croire que vous profession, à en lire certains, n'est pas celui de Psychiatre, mais de sauveur de l'univers par
obligation. Les super-héros ne vivent jamais bien longtemps. 


 


Prenez soin de vous.



Bertrand Gilot 18/09/2011 21:20



Merci encore chère "inconnue" pour votre intervention chaleureuse. Les commentaires un peu acides m'ont troublé, puis c'est passé, leurs auteurs m'ont fait réfléchir, ce n'est pas si mal. Et puis
c'est dans l'air du temps, juger tout et tous, les méchants, les gentils, les Roumains, les Auvergnats, les fumeurs... On suspecte, on envenime, on sépare. Tellement plus facile !


Mais il y a longtemps que j'ai fait le deuil de mon super-héros intérieur... si vous saviez ! Enfin disons que ça évolue, ça prendra des formes différentes. Ecrire peut-être ? Pas qu'ici, alors.
Dans le cas contraire - si l'échafaudage d'illusions tenait encore debout - je serais encore sur le trottoir en train d'essayer de convaincre "mon" égaré, ou, autre face de la même médaille, de
faire face à la mitraille dans les tranchées des Urgences.


Vous vous inquiétez de moi : cela me touche, au coeur de cet hiver plus long que les autres.


BG



inconnue 10/09/2011 16:12



Et bien, j'ai lu quelques commentaires - disons les premiers, avant d'être découragée. J'ai vu que ça commençait par des "moi je connais quelqu'un ou moi j'ai été" enfin bref, par des "me, myself
& I", avant de continuer sur des leçons de morales assez étonnantes, puis sur des réponses non moins larges sur la vie/la mort, et moi je sais que, et moi je dis que.


J'avais donc moi aussi envie d'écrire un mot : mon avis - oui, un goût de "me myself & I" qui a terriblement envie de s'exprimer.


 


Cher Monsieur - car avant d'être Docteur, vous êtes un Homme, vous savez, celui avec un grand H qui vous va à merveille,


 


Vous avez un beau style, simple, clair, agréable. Mais il ne s'agit pas ici de littérature, bien sûr. Il s'agit de vous, de nous, de l'Homme en général. Et si j'ai eu le coeur serré de vous lire,
pour ce jeune homme dans la rue - ou sera-t-il cet hiver ? Sera-t-il seulement quelque part ? - j'ai eu le coeur encore plus serré de voir tant d'humanité en celui qui écrivait ces lignes. De
voir que vous étiez préoccupé, qu'il vous a été difficile d'accepter de ne rien faire, de penser à ce garçon, car qui hormis vous, pouvait bien penser à lui? Pas moi en tout cas, qui étais sans
doute chez moi à regarder en mangeant un gâteau, des cadavres se faire disséquer dans "les experts".


 


Je sais aujourd'hui - car je ne l'ai su, ressenti au plus profond de moi que récemment, à un prix très fort - combien nous fuyons devant l'autre. Nul besoin de se pencher sur un inconnu, il
suffit de voir comme l'on fuit les autres. Personne n'a envie de savoir quoi que ce soit sur ceux qui nous entourent : ni sur les collègues de bureau, encore souvent moins sur sa famille. Si
demain vous appreniez le suicide d'un collègue qui partageait votre bureau, je suis sure que vous en seriez surpris(e). Alors qu'en réalité, peut-être 1 de vos collègues sur 10 y a déjà
pensé. 


C'est comme ceux qui sont laissé sur le bord du chemin. Oh, on voit bien comme tout le monde s'évertue à ne pas les voir. Combien d'entre nous leur donne ne serait-ce qu'une pièce ? A combien
d'entre eux ? Combien de fois par jour ? - Je dois bien croiser 5 personnes à la rue au moins par jour. A qui donne-t-on ? A qui ne donne-t-on pas ? Qui voit-on ? En voit-on seulement le quart ?


Je ne juge personne : nos vies sont bien assez compliquées et parfois on ne suffit pas à soi-même pour s'en sortir. Et puis parfois, on ne nous a juste pas appris à regarder, ou à avoir de la
compassion.


De la compassion, j'en ai, de l'amour aussi, et je sais voir. Il faut dire que la vie ne m'a pas vraiment épargné, ça aide hein. Oui, ça aide à voir les autres. 


 


Mais vous, cher Monsieur, qui n'avez plus vraiment besoin de voir - est-ce d'ailleurs un besoin ? Non. Vous voyez, voilà ce qui est étonnant, et étonnament beau. Je suis touchée de vous lire.
Vous ne pouvez rien pour ce pauvre diable, vous le savez, mais vous vous battez avec vous-même, avec votre conscience - enfin, vous savez bien mieux que moi avec quoi vous vous battez. Peut-être
avec votre humanité qui ne peut pas accepter et passer son chemin. 


 


Je vous remercie du courage d'avoir eu à l'écrire, et continuez à offrir aux anonymes derrière leurs écrans vos textes, vos billets d'humeur, vos constats sociétaux, et votre humour, dont vous
êtes bien loin d'être dénué. 


(3 mois que vous n'écrivez plus ? J'espère que c'est synonyme d'un bonheur qui vous monopolise!)


Et comme Sophie Calle recevait d'un ex-amour : Prenez soin de vous.



Bertrand Gilot 11/09/2011 22:48



Merci. De ne pas juger, au moins.


J'écris moins ici par manque de temps - désolé pour la banalité - mais l'intérêt est toujours là, ça reviendra, je le re-re-re-promets pour la 5ème fois en un an mais j'y crois !


 


BG


 



Renarde 26/02/2011 17:17



Je suis vraiment choquée par votre réaction. Facile d'accuser, de faire un triste constat et de se planquer derrière, de ne rien faire. Si vous le psy ne faites rien qui le fera ? Se blinder et
n'accepter que les cas qui ne vous semblent pas désespérés ....


Peut être le vrai courage serait d'essayer de faire bouger les choses, en profondeur, il faut bien qu'une première voix s'élève, ait le courage ... 



Bertrand Gilot 26/02/2011 19:29



Ce que je pointe justement c'est le fait que même en ayant la formation à ce métier, on est souvent relativement impuissant face à certaines situations, qui sont justement les plus désespérées
et/ou inquiétantes. Pour aider ce jeune homme, avoir un diplôme de psychiatre et marcher dans la même rue que lui ne sert pas à grand chose : il lui faut des services médicaux et sociaux, les
lieux d'accueil et de soin réellement disponibles dans l'urgence, puis un travail lent et patient pour comprendre ce qu'il fiche là, éventuellement l'aider à renouer les liens perdus avec son
entourage...


Mon propos était d'alerter sur ce genre de situations, qui sont autant de symptômes de la dégradation de notre système de soin, de notre société etc. Malheureusement, même si j'avais passé ma
nuit à essayer de le convaincre de me laisser appeler un service de secours susceptible de venir le chercher sur la voie publique (donc en gros, à part les pompiers...?), ou si j'avais opté pour
la manière "forte" (débouchant sur des soins sous contrainte) et alerté une patrouille de police (il en passe toutes les 40 secondes dans le secteur et son comportement totalement désadapté ne
les avait pas inquiété plus que ça...), même si j'avais fait cela, le résultat immédiat aurait probablement été nul (fuite) voire négatif (rejet, violence...), et le résultat ultérieur, plus que
très incertain. Au mieux, ça aurait servi à quelque chose, et 100 mètres plus loin il y en avait un autre. Et puis dans le métro, deux ou trois. Et puis entre la sortie du métro et chez moi,
encore quatre ou cinq... 


Donc pour répondre à votre interpellation, non je n'ai pas le courage d'aller plus loin que simplement de faire parler de ce genre d'histoire si communes et sur lesquelles collectivement tout le
monde ferme les yeux.


Autre point vous évoquez le fait de soigner uniquement les cas "pas désespérés", ce n'est pas faux et c'est peut-être ce qui rapproche la médecine de crise de la médecine de guerre : sauver ceux
qui peuvent l'être (et combattre encore ?) et tant pis pour les autres... Je n'ai pas dit que c'était un idéal !


 


BG



Eric Piel 04/04/2010 11:06



Bonjour,


Je viens de découvrir votre blog et, ayant lu quelques-uns de vos billets, je suis heureux de me trouver en grande partie d'accord avec vos descriptions et analyses tant sur les sujets généraux
que sur ceux, plus professionnels, de psychiatrie. Et l'on est d'accord pour dire que les questions de maladies mentales et de soins sont particulièrement des questions de société.


Cependant, pour poursuivre dans cette idée, je ne suis pas tout à fait d'accord avec le pessimisme dont vous faite preuve face aux réponses possibles devant la situation de votre voisin (puisque
vous le croisez à plusieurs reprises). Surtout dans Paris. De nombreuses associations de quartier, des équipes mobiles intersectorielles de psychiatrie publique, le SAMU Social (et spécifiquement
ses équipes psy) font des maraudes, se rendent sur place si on leur signale quelqu'un, prennent le temps (comme vous dites justement qu'il faut le faire) existent et travaillent même de nuit pour
nombre d'entre elles. De plus des secteurs de psychiatrie publique ont créé des centres d'accueil ouverts 24h/24 pour répondre sans rendez-vous, pour peu que l'on puisse se déplacer. Ces
dispositifs sont parfois en lien et tentent de répondre à des situations complexes telles que celle que vous décrivez.


Je ne veux pas dire que tout fonctionne parfaitement mais seulement que des solutions peuvent exister. Mais il faut effectivement chercher un peu.


Merci, en tous cas, pour ce blog que je lirai dorénavant avec beaucoup d'intérêt.



Bertrand Gilot 09/04/2010 12:06



Bonjour et merci de votre commentaire chaleureux et argumenté, 


Vous avez raison de rappeler que des solutions existent, d'autant que les moyens ont tout de même un peu évolué depuis mes dernières gardes aux Urgences il y a cinq ou six ans. De fait, ces
solutions restent peu visibles spontanément puisque, installé en libéral depuis cette date je n'ai aucune info sur la question. Je m'interroge d'ailleurs sur le fond, souvent et depuis longtemps,
sur l'obligation (morale ? déontologique ? légale ?) du psychiatre qui dépiste à l'emporte-pièce les troubles les plus visibles sur la voie publique... vaste débat ! Quant au pessimisme affiché
face à ce malade à la dérive, il était aussi, si l'on peut dire, une figure de style liée au format du blog, je le reconnais bien volontiers.


Par ailleurs j'ai aussi au voisinage de mon domicile l'exemple une jeune femme très, très malade, qui vit dans la rue la journée et disparaît (vers un hébergement ?) chaque soir. J'ai vu
plusieurs fois le samu social lui parler, lui apporter des éléments de... confort (comme manger chaud quand il fait froid). Elle continue à parler toute seule, à engueuler ses hallucinations et a
poser son apragmatisme et ses deux caddies de détritus devant le même immeuble. Elle est donc connue et reconnue, probablement elle a "son" secteur, quelque part, aussi. Et ça fait cinq ans que
ça dure, qu'elle se dégrade lentement, même si manifestement elle dispose de quelques moyens ou soutiens de survie (hygiène, logement au moins pour la nuit). Son exemple ne me donne pas beaucoup
d'optimisme non plus...


J'ai aussi en tête le souvenir de ces patients que nous ne faisons qu'effleurer à l'hôpital, trop malades et trop isolés pour accrocher quelque projet que ce soit, trop calmes (!) pour justifier
une hospitalisation longue dans le contexte actuel. Présenter un trouble du comportement spectaculaire permet souvent un meilleur accès aux soins... hélas.


à bientôt


BG



bycapucine 02/04/2010 21:03



une desciption si vraie, si proche,


je viens de visiter une structure pour jeunes enfants en hôpital psychiatrique. et mon unique question était : et après, quand il seront adultes??


 


vous avez très clairement répondu


quelle tristesse, quelle impuissance


mais je continuerai mon travail, comme vous, avec foi et espoir



Bertrand Gilot 03/04/2010 10:54


L'exemple que j'ai cité c'est quand ça se passe mal, c'est le pire des cas, la destructuration de la personnalité entraîne celle des liens sociaux, puis affectifs, puis familiaux, et en bout de
chaîne la clochardisation, la survie, puis le néant. Il faut beaucoup de choses "contenantes" pour protéger le malade de cela. Fort heureusement il arrive que la famille tienne le coup, que les
structures de soin jouent leur rôle correctement ainsi que les accompagnants sociaux, et ça change tout ! Ce travail subtil et en apparence banal est en fait très technique. Il est infiniment plus
utile que de financer en bout de chaîne, des chambres d'isolement vidéosurveillées dans les HP... Enfin, pour vous répondre plus directement, tous les malades mentaux adultes n'étaient pas
forcément malades et encore moins soignés dans leur enfance. Mais de fait, j'ai souvent eu l'impression que les psychiatres d'enfant ne se préoccupaient guère du devenir à long terme de leurs
patient, et hélas pu rencontrer quelques patients qui auraient bien bénéficié d'un tel questionnement... BG


SIMONE 27/02/2010 19:46


RE bonjour


J'habite à Toulouse ,les cas sont moins nombreux et de ce fait attirent plus facilement l'attention certainement ,du passant ainsi que des structures possibles qui ne mettent pas autant de
temps à reagir.
Je n'interviens pas à chaque fois .;effectivement c'est au pif ,selon les circonstances ,mon propre etat ou temps disponible et aussi sans trop savoir comment quand je sens sans même me le
dire que je peux  ,j'interviens sans trop reflechir et j'ai du laisser de cote des situations trop dangereuses qui me depassaient .Mais surtout  je ne me sens pas à priori dans
l'obligation ce qui donne une certaine latitude .Je voudrais vous dire que dans la rue vous etes un citoyen comme un autre ,si vous ne vous sentez pas d'intervenir sauf en cas d'extreme urgence
bien sur , et bien ce sera peut être quelqu'un d'autre un autre jour .Vous etes psy certes mais en dehors de votre cadre de travail vous n'avez pas plus d'obligations que le citoyen lamda .Et même
comme vous etes dans le bain  "toute la journée " vous faites  pour la societé certainement deja votre part .Vous ne pouvez pas etre psy medecin sans arret :))) Je comprends que vous
comprenez mieux les effets des maladies mentales et leurs symptomes bruyants du coup vous vous sentez plus concerné mais bon faudrait alleger votre partie "je devrai " et vous ressentirez moins de
malaise :vous n'êtes pas en charge de sauver tous les individus que vous croisez:))
Ceci dit  il paraitrait qu'environ la moitie des "sdf " souffrent de pathologies mentales et /ou toxicologiques .Et bien effectivement il serait temps de mettre en place un systeme
d'intervention dans la rue specifique ,avec des pros de la psychiatrie relié à des structures hospitalieres psy , qui seraient à même d'evaluer l'urgence et les situations  quand le
citoyen lamda fait appel à eux .Deplus cela allegerait la partie urgences somatiques qui a de plus en plus de mal  à gerer . Je pense que cela doit exister de ci delà en france  ;il me
semble avoir deja entendu parler de psychiatres de rue .Un systeme qui mettrait en priorite les soins psychiatriques d'urgence avant celles de l'hebergement ou autres même  si ensuite les
problemes sont reliés et si tirer un bout de la ficelle entraine les autres dans le sens du mieux comme du moins bien .

bref ne vous minez pas, vous n'êtes pas responsable de toute la misere que vous croisez :))


simone 27/02/2010 16:04


deja je ne suis pas psy ce qui m'évite d'elaborer des diagnostics:)) mais j'ai deja appelé les secours pour des gens en plein delire dans la rue :une femme "desappée" qui tentait de se jeter sous
des voitures je la retenais a bras le corps ce qui ne fut pas simple , les flics en l'occurence qui sont venus m'ont laisse parlementer avec elle jusqu'à ce qu'elle accepte de grimper dans leur
voiture, une fille  en pleine crise d'angoisse qui voulait que je l'acccompagne acheter a sa place des produits pour l'asthme et j'ai parle avec elle crise d'angoisse  crise de manque
jusqu'à ce qu'elle soit bien plus calme , un toxico que j'ai accompagne sur un trajet et qui en un quart d'heure m'a raconte plein de choses de sa vie  tristes tres tristes m'a sorti ses
photoset qui s'est fait jeter par des gens sur ce parcours uniquement parce qu'il titubait  dans sa marche et s'appuyait sur des voitures , une femme qui pleurait dans un parking je lui ai
demande pourquoi elle n'avait pas de quoi payer une chambre d'hotel la solution, ephemere certes a été vite trouvé :) je me suis interpose entre un homme tres delirant dans ses propos et quelqu'un
qui repondait du tac au tac ça allait mal tourner et le fait de dire a l'un de pas prendre les propos au premier degre et à l'autre qu'on ne lui voulait pas demal a suffi a calmer l'ambiance ,et
j'ai fait fuir une homme qui tabassait une femme en peine rue ,il m'a insulte mais il est parti .dans tous ces cas je n'ai reçu aucune agression personnelle certes j'etais émotionnée mais tout a
fait entière .le bilan c'est que c'est tout a fait possible de parler un peu de prendre un peu le temps m^me si c'est pas miraculeux


Bertrand Gilot 27/02/2010 18:08


Je suis d'accord avec vous sur le fond : il faut, il faudrait... J'aurais pu, j'aurais dû, j'aurais aimé pouvoir... Oui mais le problème c'est que :

individuellement, il y a un stade de gravité où la maladie mentale rend le dialogue totalement impossible... et dans quelques cas, dangereux.

individuellement (suite) je parle de cet homme mais des comme lui j'en vois plein, et c'est tous les jours : que dois-je faire, à votre avis ? rentrer chez moi à 4 h du matin après leur avoir
trouvé une solution à tous ? ou en choisir, au pif, quelques uns qui seront "sauvés" ? (veuillez me dire les critères...).

les structures sociales (115, foyers d'urgence...) n'acceptent pas - ce qui se comprend, dans une certaine mesure - les persones atteintes de troubles psychologiques graves. Le cas échéant
sachez qu'il faut couramment deux bonnes heures montre en main pour parvenir à les joindre.

la police n'intervient quasiment que si il y a trouble manifeste à l'ordre public (le cas que vous décrivez, une personne qui court toute nue dans la rue...), ou si la personne se met en
danger. Un type avec un comportement bizarre qui se prépare à dormir dehors avec un duvet, par 2°, à Paris, aujourd'hui c'est une situation jugée "normale". Eh ben si...

les structures médicales/sanitaires (samu, pompiers...) refusent de se déplacer si ça ne saigne pas, tandis que les structures psychiatriques n'ont pas le droit ni les moyens (voitures,
équipes...) d'intervenir à l'extérieur des murs pour des malades qui ne sont pas déjà connus de leurs services.

J'espère que ces quelques précisions vous aideront à mieux comprendre mon malaise face à ce type de situation... Dans les exemples que vous me donnez, bien que difficiles à gérer
effectivement, les conditions les pires n'étaient pas forcément toutes réunies : dialogue encore possible, ou comportement spectaculaire rendant inévitable la réaction de la police...

BG


SIMONE 27/02/2010 01:36


le samu social ,les centres de soin pour sdf .lui donner les infos ,l'y accompagner?, dans tous les cas discuter cinq minutes ..


Bertrand Gilot 27/02/2010 09:53


Merci pour votre commentaire. Avant de vous répondre j'aimerais vous poser juste deux simples questions pragmatiques : 1) avez-vous déjà personnellement appelé le samu social pour quelqu'un (en
particulier en plein hiver, en particulier un malade mental) ? et 2) avez-vous déjà "accompagné", "donné des infos" ou "discuté 5 minutes" avec une personne psychotique qui en est au stade de sa
pathologie d'avoir des stéréotypies gestuelles permanentes ?

BG


marie lo 24/02/2010 13:10


Que faire?
Lui dire bonjour, l'aborder doucement, s'asseoir à côté, prendre le temps de lui parler de l'écouter. Lui dire qui vous êtes, lui proposer simplement de l'aide....A lui après de voir ce qu'il en
fera. Mais voilà, les soignants, n'ont plus le temps, quand ils tendent la main, c'est premièrement pour attraper la carte vitale et deuxièmement pour prendre le chèque.....Triste


Bertrand Gilot 24/02/2010 15:56



Des personnes dans l'état de ce pauvre gars, j'en repère une dizaine chaque jour dans Paris, sur mes trajets quotidiens. Le lendemain remplacés par une autre dizaine. Ils ont pour tout bagage des
mois de crasse, et le métro (sombre, contenant, répétitif... ) comme ersatz d'hôpital de jour. Alors oui vous avez raison, en passant plusieurs heures, patiemment et chaleureusement auprès de
chacun, on arriverait peut-être à un début de contact. Pour faire quoi, ensuite ?

J'ai énuméré les solutions médicales et sociales que l'on peut mettre en oeuvre, si vous en connaissez d'autres qui soient applicables immédiatement le lundi soir sous la pluie à 20 h 30, je suis
preneur.

D'autre part quelques centaines de nuits aux Urgences m'ont appris que "tendre la main" et "prendre le temps de parler", avec un psychotique en pleine décompensation délirante c'est effectivement
nécessaire, mais que ça demande aussi quelques précautions (y compris avant de dire qu'on est psychiatre !). Bien souvent le malade en crise se sent rapidement menacé et quel que soit le tact
employé, cela reste une phase techniquement et humainement délicate. La proximité offerte peut être rassurante... mais aussi s'avérer totalement persécutoire pour quelqu'un d'aussi vulnérable,
avec là encore des réactions imprévisibles. Et ça c'est en institution, quand on a les moyens de sortir rapidement d'une situation qui deviendrait
trop tendue voire violente. Alors dans la rue, bon courage.

Quant au bénévolat...

BG



ZOE 23/02/2010 09:04


Léonie : c'est qui "ON" ?  c'est qui  "NOUS" ?  c'est qui ces autre ? .....
Moi je suis avec MA VIE  avec MA MORT  à moi , point barre ....../


leonie 22/02/2010 23:38


Pour moi, on vit point barre, et on meurt point barre et c'est aux autres d'apprendre à vivre sans nous re point barre.


ZOE 22/02/2010 23:25


Pour moi , apprendre à mourir ça ne veut pas dire me préparer à la fin du monde genre 2012 et autres conneries apokaka-liptiques . Non , pour moi apprendre à mourir et apprendre à vivre c'est
devenu indissociable ,par exemple j'adore marcher : à chaque pas je meurs , à chaque pas je renais .... voilà , en marchant j'apprend à mourir et à vivre ensemble : je meurs je nais je meurs je
nais .... et je réspire : j'inspire j'expire j'inspire j'expire .... voilà et si je marche trés longtemps et si je suis trés fatiguée alors ma réspiration ressemble à celle de nager : j'ai la
sensasion de réspirer comme si je nageais , c'est hipnotique . J'adore marcher : vivre mourir vivre mourir vivre mourir .... voilà . C'est le corps !
vous voyez . ce n'est pas un discours , c'est la sensation . Par exemple le froid prend le corps doucement ,au début on a froid et puis on n'a plus froid , on est bien on s'endort d'un someil
étrange et puis voilà .... enfin moi c'est ce que je ressens . Je ne sais pas si on peut généraliser ...... 


ZOE 21/02/2010 20:09


J'ai été S.D.F  Je porte en moi cette experience . Je l'ai faite évoluée en moi et je me suis inventée ma réponse à moi : Apprendre à mourir , voilà ma réponse : apprendre à mourir . Alors j'y
pense chaque jours et je m'entraine à mourir pour pouvoir vivre encore ....


Bertrand Gilot 22/02/2010 22:14


De grands penseurs ont dit la même chose... même si sans doute ils n'en avaient pas fait l'expérience dans leur chair. http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_de_Montaigne Il en est de même de courants
spirituels... http://www.buddhachannel.tv/portail/spip.php?article973 Problème quand on n'apprend qu'à mourir ça protège sans doute... mais il ne faut pas oublier d'apprendre à vivre aussi !!! BG


leonie 20/02/2010 19:47


Bien triste histoire, qui n'est pas unique en son genre. Il arrive que les personnes atteintes de maladie d'Alzheimer se perdent. J'ai un oncle atteint de cette maladie qui est parti comme ça
avec sa voiture et à été retrouvé quelque jours après à 80 kms de son domicile. Un autre oncle, idem , vivant seul n'ayant plus toute sa tête (alcoolisme) est parti un jour sans prévenir. Ses
enfants l'ont cherché pendant plusieurs années et l'année dernière son fils a retrouvé sa trace, mais trop tard, il était mort. Il vivait comme un miséreux et aurait dit en mourant à l'hôpital où
il a été admis qu'il n'avait aucune famille. Cet homme sans doute avait peut être une famille qui le recherchait.


Bertrand Gilot 22/02/2010 22:07


Effectivement le problème est qu'il y a une absence totale de moyens de rattraper quelqu'un que la chute a entraîné aux marges de la société. Combien parmi les clochards sont ainsi "simplement"
malades et au moins en partie accessibles à une aide qui leur permettrait de retrouver un chemin vers la société (je ne parle même pas de "norme"). Combien ? on s'en fout ! Tant qu'ils ne se
battent pas sur la place de la mairie et qu'ils dégagent de l'entrée du Franprix, on s'en fout. Dommage... Bertrand Gilot