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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 11:16

Fantasme

 

Il est peu de mots qui éveillent autant de... fantasmes.

Souvent à la simple évocation de ce terme les joues rougissent et le regard s’alarme, comme si de secrètes constructions intimes, honteuses ou distordues, allaient se dévoiler soudain au monde entier.

 

Risque minime car le voile est bien accroché : par essence le fantasme est invisible, et parfois même partiellement à son propriétaire et fabricant. De l’extérieur, à peine parvient-on à entrevoir certaines de ses conséquences indirectes, et encore… l’interprétation « sauvage » par un tiers qui n’y a pas été convié (fût-il un professionnel de « la psy » !) est donc plus que jamais un exercice incertain. Ajoutons à cela que que les fantasmes ne concernent pas uniquement - ou pas directement - la sexualité : on ne fera que citer toute-puissance, destruction, dévoration, engloutissement, pour finalement renvoyer le lecteur à toutes les autres fixations prégénitales décrites par S.Freud.

 

Moteur du désir, le fantasme tracte celui-ci avec plus ou moins d’énergie et surtout, avec plus ou moins de concordance dans les thématiques mises en jeu. En clair, ce n’est pas parce que l’on est habité ou traversé par des représentations extravagantes et dérangeantes, que l’on est forcément l’acteur potentiel d’une dangereuse déviance… cela devrait en rassurer certain(e)s.

 

Le désir, lui, avance en restant au ras des flots, il se confronte aux vagues que lui impose le réel. Il est tracté mais n'avance pas forcément dans la même direction. Il adapte le fantasme, le traduit en permanence dans un autre langage, compatible celui-ci avec la vie sociale de son temps et surtout avec le désir de l’autre (à commencer par le/la partenaire dans la relation sexuelle), adaptation qui suppose un inévitable degré de censure. Le fantasme évolue donc dans un autre univers que le désir, il est mû par d’autres forces, massivement inconscientes, et s'il lui arrive de se heurter à des obstacles cela nous reste en grande partie inaccessible. Cet étrange attelage pourrait aisément se comparer à un kite-surf, si l’on me permet cette métaphore sportivo-balnéaire… Cela rend compte des télescopages impromptus, accélérations surprenantes, virages brutaux, envolées majestueuses ou lourdes chutes qui émaillent quelquefois la trajectoire du désir.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/05/Kitesurfing.JPG

  image : source wikipedia

 

Le pervers prétendra s’affranchir de telles contraintes et feindra de croire que c’est au monde de se plier à son arrogante réalité intérieure personnelle, jusqu’à l’inévitable accident final, tel Phaeton se révélant incapable de conduire le char du Soleil (*). Le névrosé, lui, verrouillera la censure jusqu’à la paralysie douloureuse de toute réalisation de son désir.

 

Dès lors, un des enjeux fréquents en psychothérapie est de démêler les fils qui relient le désir au fantasme, ce  qui est infiniment plus libérateur que de "simplement" rendre consciente une part, forcément limitée, de la vie fantasmatique...


BG

 

(*) ils sont couillons chez Volkswagen, tout de même, fallait me demander avant de lancer un produit avec un nom aussi chargé de symbole... négatif !

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Published by Bertrand Gilot - dans Mon dico Français-Psy
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commentaires

claudine 26/02/2010 20:22


Merci beaucoup d'avoir pris la peine de me donner ce complément d'infos. Je comprends parfaitement les limites de votre exercice... dans la rue.  En tout cas, cela donne à réfléchir. Je suis
malheureusement comme beaucoup de personnes, et j'essaie de me sortir de cette peur irraisonnée qui consiste à penser que l'autre, dans sa "pseudo-anormalité", est potentiellement "dangereux". Il
reste tant à faire !


Bertrand Gilot 26/02/2010 22:09



Il n'y a grosso modo que deux situations de risque réel face à un "malade mental" : le paranoïaque délirant, s'il estime que vous êtes LA cause de son immense souffrance intérieure, et, à
certains moments seulement (j'insiste !) le schizophrène délirant non soigné qui tente par tous les moyens de lutter contre sa désorganisation intérieure et qui peut, parfois (j'insiste encore !)
percevoir l'autre comme un facteur de chaos supplémentaire  Tant qu'un dialogue est possible, ça va, et il ne faut pas hésiter à avoir une attitude et un discours posés et rassurants, même
avec des mots banals. Mais quand il n'y a pas de réel contact établi (ou possible !) ça peut être très délicat et l'on peut malgré soi,être perçu comme intrusif, représenter une "menace" pour le
patient, qui tentera alors de se protéger... Rassurer, être contenant, c'est possible mais c'est technique, ça nécessite en général une équipe (formée...), un lieu (institution...).

Pour compléter ce que je disais tout à l'heure, la police sait faire ça plutôt bien en général, mais ça leur mobilise un temps fou, il faut qu'une équipe puisse accompagner la personne vers un
hôpital où un psychiatre pourra l'examiner, il y a toute une procédure à lancer, ils doivent rester et attendre qu'une décision soit prise, c'est compliqué. Et une jeune recrue aux réactions un
peu impatientes peut quelquefois tout faire basculer (à l'hosto aussi, d'ailleurs).

BG



claudine 25/02/2010 22:36


Merci pour cette initiative. Je découvre ce blog, et j'en suis ravie. J'apprécie beaucoup votre sensibilité. Votre billet "enfermé dehors" m'a attristée. L'indifférence étant d'une banalité
affligeante aujourd'hui, je me demandais, nonobstant toutes les bonnes raisons que vous évoquiez, s'il n'eut pas été quand même préférable d'appeler la police. Quant à la peur de l'autre... Ce
n'est qu'une réflexion. Merci pour votre éclairage. Bien sincèrement. Claudine


Bertrand Gilot 26/02/2010 19:50


Appeler la police, j'y ai pensé... mais ils sont pas mal occupés, y compris pour des raisons de sous-effectif (eh oui la vraie vie c'est pas comme on dit dans les discours), et ils ne se déplacent
déjà pas toujours pour des faits de violence. Le type ne dérangeait personne et un oeil non exercé n'y aurait vu qu'un clochard de plus, certes un peu bizarre, mais rien qui justifie une
intervention. Ce qui est bien le coeur du problème de ce genre de pathologie finalement beaucoup plus (trop) discrète qu'on ne l'imagine ! Pour ma part l'expérience m'a largement enlevé la "peur"
au sens propre, mais m'a donné un bon sens des limites de ce que l'on peut faire. Ceci dit, autant il faut redire et répéter que dans l'ensemble les malades mentaux ne sont pas plus dangereux que
les autres, mais aborder un malade complètement perdu nécessite tout de même quelques préalables, et en particulier avoir les moyens - concrets - de rassurer la personne, ce qui est loin d'être
évident en pratique. BG


Katy 24/02/2010 21:44


La puissance de vie oui, mais l'existence en vrac... Bof


Katy 30/01/2010 14:26


Alors ce "p'tain" de fantasme:de quoi sagit-il ou plus précisément c'est quoi qui nous agite et nous dérange autant lorsque nous devons le parler, le mettre en mots:Ma réalité psychique, avec sa
part d'inconcient ,de toute puissance dévoratrice,qui peut m'empêcher d'aimer, de communiquer mon désir, tant cette jouissance éprouvé( à mon insu,) vient inhiber la possible vérité du désir par le
langage.Ne sommes nous pas de toutes façons" condamner " ,toute notre existence, a ce renoncement perpétuel que nous impose le fantasme, pour continuer d'exister le moins mal possible?


Bertrand Gilot 12/02/2010 12:27


Condamnés à être tractés par des forces aussi puissantes c'est pas forcément un problème, non ?


leonie 28/01/2010 21:16


Il commence fort ce dico.
J'aime bien cette phrase que j'ai trouvée : Le fantaLe fantasme est le soutien du désir et l'étoffe de la  réalité psychique.
Bref, tout le monde fantasme et très tôt dans la vie je suppose. 3Petite question,  tant qu'il est conscient le phantasme, on peut le maîtriser et en jouer, mais quand il est inconscient
comment le sait-on? Peut on fantasmer collectivment?


Bertrand Gilot 12/02/2010 12:26


Oui ça commence très tôt, c'est un moteur majeur de la vie psychique.

La limite conscience/inconscience est floue et mouvante... elle est également différente d'un fantasme à l'autre. On peut être très au courant de ses fantasmes sexuels et totalement aveugle quand à
ses fantasmes de pouvoir ou de destructivité, par exemple.

Fantasme collectif ? stricto sensu, non, vu que c'est une production de l'inconscient de chacun, par contre le psychisme d'un humain ressemble quand même beaucoup au psychisme d'un autre humain, il
y a bien sûr des ressemblances, donc des jonctions, donc parfois des mises en oeuvre collectives de fantasmes individuels...

BG