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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 12:56

 

C’était le début des années 90, époque de transition où les jeunes hommes faisaient le service militaire, où la monnaie de paiement des salaires ouvriers n’était pas le Yuan, et où l’on pouvait rouler à 91 km/h sans perdre son permis de conduire. Oui, la publicité existait déjà à la télévision. Non, l’amiante n’était pas encore dangereuse, et le tabac ne tuait pas (ni l’alcool), et les déchets nucléaires n’étaient déjà sales qu’à l’étranger. La médecine occidentale volait de victoire en victoire contre les forces obscures, on envisageait même de commencer à traiter la douleur, voire d’accompagner les mourants, c’est pour dire.

De mon côté je languissais dans cet âge interminable, où plus personne ne sait dire si vous êtes un trop vieil étudiant ou un trop jeune médecin. Ni chenille ni papillon, ni libre ni prisonnier, ni acteur ni spectateur. Au moins ça me laissait du temps pour observer.

Dans le champ de la psychiatrie, on se glorifiait encore des quelques batailles gagnées grâce aux médicaments psychotropes et il semblait évident à tous – du moins je le ressentais ainsi - que le Progrès de l’industrie chimique allait continuer de nous dispenser de bien belles trouvailles au fil des années.

C’est dans ce contexte que fut donnée au petit théâtre de la psychiatrie hospitalo-universitaire, la campagne de réclame sur le thème « Tegretol® et impulsivité ». Le Tégrétol® (Carbamazépine), est un médicament commercialisé depuis les années 1960 dans des indications neurologiques (névralgies, certaines épilepsies). Trente ans plus tard des concurrents plus maniables étant arrivés sur ce marché, les vendeurs cherchaient de nouveaux clients. Les psychiatres étaient sensibilisés à ce produit, réputé aider au traitement des états maniaques chez les patients bipolaires. Histoire qui s’est étrangement répétée depuis (avec le Zyprexa®), il n’y eut qu’un pas, franchi en se pinçant le nez et en fermant les yeux, entre l’idée d’un effet adjuvant dans l’état maniaque et un hypothétique effet protecteur des rechutes dans cette même maladie, autrement dit une propriété de régulateur d’humeur. Cela tombait plutôt bien puisque le seul médicament à incontesté sur ce point est le Lithium, et que le Lithium n’a pas très bonne presse : la prescription en est complexe et la tolérance médiocre à court comme à long terme. Le Tegretol® nécessitait moins de précautions dans l’immédiat, sa tolérance à court terme paraissait bien meilleure, cela en faisait un médicament de choix notamment chez les jeunes patients, en première intention comme on dit. Mais on s’aperçut lentement – au rythme de la maladie, s’agissant de prévention de rechutes ! - que le miracle n’avait pas lieu, et les psychiatres commençaient déjà à délaisser le produit.

J’ai alors le souvenir d’une chose apparue comme sortant d’un brouillard, comparable à une nouvelle marque de yaourt ou une nouvelle ligne de fringues : personne n’y pensait ni n’en ressentait le manque, mais instantanément cela apparut normal et familier, indispensable : nos Maîtres, les professeurs de psychiatrie, se sont subitement mis à remplir les staffs cliniques avec de l’impulsivité. En un rien de temps, les symposiums, congrès, réunions scientifiques, furent pétris, enduits, contaminés, infiltrés d’impulsivité de la plus dérisoire et laborieuse communication de chef de clinique au plus flamboyant discours d’ouverture d’un doyen de fac.

Cette dimension du psychisme serpentant sur la frontière du normal et du pathologique, les grands traités classiques n’y faisaient pourtant que de discrètes mentions, ce symptôme flou au point d’en être insaisissable, au diagnostic inconstant d’un praticien à l’autre, aux interprétations variables, à la signification diachronique incertaine (l’impulsivité, quand elle existe, varie dans le temps…), présente dans mille maladies et dans aucune. L’impulsivité était reine, promue au rang de Concept Transnosographique (encore une belle idée qui a été vérolée…), on la retrouvait chez l’adolescent rebelle autant que chez sa mère inquiète, chez le psychopathe toxicomane comme chez le déprimé colérique, chez le grand-père volage comme chez le manager stressé… Nous recevions des kilos de brochures érudites – gratuites – où des philosophes à la mode exploraient les racines antiques et mystérieuses de l’idée d’impulsivité, où de vieux psychiatres savants essoraient le sens caché et symbolique de l’impulsivité telle qu’évoquée par les pionniers, l’épistémologie n’était pas oubliée et cela se concluait chaque fois par un papier plus « scientifique » sur le Tégrétol®, subitement devenu le médicament phare du traitement de l’impulsivité. Le ban et l’arrière-ban de l’Université approuvait de tout le poids de sa caution morale et intellectuelle.

Le marketing est une science exacte : si dans les services, on commençait à sérieusement douter d’un authentique pouvoir thymorégulateur de cette molécule, on ne la prescrivait pas moins par palettes entières. Pas une jeune fille à sa troisième tentative de suicide, pas un vieillard dément à son deuxième dentier cassé, pas un divorcé immaturo-grincheux ou un voyou un peu alcoolique, qui ne reparte sans son ordonnance de Tégrétol®. Après la variole, c’est l’impulsivité que l’on allait éradiquer de la planète, et au trot.

Pourtant si la tolérance de base paraissait correcte en première approche (surtout comparée à la moyenne des psychotropes tels qu’on les utilisait à l’époque), j’avais des souvenirs dramatiquement plus nuancés. Stagiaire en Médecine Interne, j’avais vu des problèmes hématologiques gravissimes provoqués par le Tégrétol®. Un « p’tit jeune » de 19 ans qui se retrouve avec trois globules blancs au lieu des 10000 réglementaires, ça peut mourir d’une septicémie, même dans un CHU… En dermatologie, quelques cas de desquamations spectaculaires avaient frappé ma mémoire aussi… sauvés de justesse ceux-là – au prix de soins épouvantables et prolongés. Par contre la jeune fille qui avait perdu sa peau (toute sa peau : syndrome de Lyell ou Stevens-Johnson) à cause d’une réaction allergique, n’était plus là pour s’en plaindre. Bref… l’image de ce produit, pas forcément efficace dans les indications psy, potentiellement dangereux voire mortel, était chez moi bien écornée par ces souvenirs laissés par l’école de médecine avant ma spécialisation en psy. Les rares fois que, jeune interne, j’émettais poliment un doute ou faisais allusion aux risques inhérents à ce médicament, on me rigolait au nez : « on ne peut pas laisser les malades sans aide médicamenteuse, ce serait criminel ! Et puis l’impulsivité ! Imagine ce qui se passerait si… Et puis le Lyell au Tégrétol®, moi, je n’en ai jamais vu ! »

Presque vingt ans ont passé, et aujourd’hui plus personne ne s’aventure à nier le mauvais rapport bénéfice/risque du Tégrétol® lorsqu’il est prescrit dans de vagues distorsions comportementales plus ou moins apparentées à des troubles psychiques. Il y a bien longtemps que je n’ai plus vu passer une ordonnance portant ce produit en dehors des – rares – indications où le risque médicamenteux peut se justifier. Plus personne n’en parle dans aucun congrès ni aucune revue de psychiatrie. Plus aucun professeur n’en dit ni du bien, ni du mal, ne le soutient, ni ne met en garde sur son usage et ses limites.

Faut-il le préciser, aucune leçon n’a été tirée de cette triste histoire. On ne saura même jamais combien l’on a tué ou estropié de malades exposés à des risques graves qui étaient très largement documentés à l’époque – je crois qu’un simple coup d’œil au Vidal aurait dissuadé la plupart de mes confrères d’y coller des patients sans des raisons solides ! On ne saura jamais combien de drames auront été causés par cette campagne de com’ malhonnête, ni leur coût pour l’Assurance Maladie. Campagne assise une fois de plus sur la suffisance d’une clique de psychiatres universitaires trop corrompus, ou trop aveuglés, pour mesurer la légèreté avec laquelle ils vendent leur âme (et leur crédibilité) aux industriels. Campagne reçue et relayée par des professionnels, des praticiens dont la crédulité affligeante n’est que trop rarement contrebalancée par le minimum exigible de rigueur de pensée (un coup d’œil au Vidal ! Merde !). Et en bout de chaîne, des conséquences oubliées par des patients rendus silencieux ou inaudibles par leur maladie mentale, et des familles perdues, si peu conscientes d’avoir perdu un fils pour le bénéfice d’actionnaires du bout du monde et pour la gloire de quelques publicitaires arrogants.

Aujourd’hui, les stratégies de vente n’ont pas changé, et les exigences éthiques des « leaders d’opinion » non plus (il n’est que de voir pour s’en convaincre tout ce qui entoure le lancement commercial de l’Agomelatine). Les conditions sont totalement réunies pour que se reproduisent les mêmes problèmes, avec d’autres produits.

Dr Bertrand GILOT

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Published by Bertrand Gilot - dans La psychiatrie pour les nuls
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commentaires

M.B 03/07/2015 11:36

Bonjour,

Je suis actuellement sous tegretol mais je commence tout juste à changer de traitement pour passer à l'abilify et j'ai vu dans un de vos commentaire que vous comptiez faite un article dessus. Je suis très inquiètes car j'ai lu les effets secondaires et quelques avis sur le net, pourriez vous me répondre en mp pour que l'on puisse en discuter ?

pb 11/03/2011 09:30



je suis très perplexe sur votre commentaire sur le lithium.Il m'apparait clair que si le lithium est peu prescrit, c'est plutôt parce que les visteurs medicaux de sanofi aventis n'en parlent pas,
vu le coût de la boîte !!!  ça ne fait pas monter leur chiffre d'affaires. Si la mise en route et le suivi du lithium pose problème à certains psys, je pense et je l'ai déjà constaté chez
certains, c'est qu'ils sont surtout  paniqués avec la toxicité, au dela d'une certaine dose. Parce qu'à priori s'ils savent faire le suivi biologique du tégretol, (à moins qu'ils ne le
prescrivent pas....) ils devraient y parvenir avec le lithium !!! j'ai déjà eu un psy, par ailleurs génial pour l'écoute acive, à qui j'interprétais mes dosages de suivi lithium, TSH et
créatinémie. Ben oui, il faut savoir s'entraider entre patient et psy, c'est un partenariat ! Bon, j'ai l'avantage de venir de la biologie et même du diagnostic mais quand même. Dans ma famille,
on est 3 à être soigné au téralithe et dans la durée avec grand succès et pas par les mêmes médecins.


c'est bien de parler des problèmes avec le tégrétol . je vous suggère aussi le sujet zyprexa, hautement passionant ...



Bertrand Gilot 13/03/2011 21:34



Bonjour et merci de votre commentaire éclairé.


Bien sûr le partenariat entre patient et médecin est un idéal vers lequel il faut travailler, en particulier dans le cadre d'un problème chronique et complexe comme les maladies de l'humeur. De
mon côté ce qui me freine pour prescrire le Lithium ce n'est pas tant la toxicité aiguë, dont la prévention relève simplement d'une "bonne cuisine", que les problèmes retardés (thyroïde, rein)
que l'on ne peut pas vraiment prévenir ou éviter, on sait qu'une partie des patients auront à en souffrir. Quand le rapport bénéfice-risque est "correct", je n'hésite pas à proposer le Lithium
(diagnostic vérifié dans la durée, échec de traitements plus maniables comme les dérivés du valproate...) mais chez un jeune patient en début supposé de maladie c'est un choix difficile à placer
dans la discussion. J'ai aussi parmi mes patients des personnes à qui on a prescrit très tôt du Lithium (vers 17-18 ans) et dont l'évolution a contredit le diagnostic initial (risque pris
inutilement) ou bien qui ont eu d'emblée des problèmes de tolérance (rejet définitif d'un produit qui aurait pu être utile, et souvent de toute forme de soin vécu comme une agression). 


Mais il n'empêche que le Lithium, s'il ne rapporte pas tripette au labo qui le vend, reste un produit de référence qui permet à de nombreuses personnes d'avoir une vie non perturbée par la
maladie.


Quant au Zyprexa je veux bien en causer un jour, mais il y a déjà pas mal de choses sur le web sur ce sujet... Je ferai un pack avec l'Abilify, l'autre "psychotrope à tout faire" qui s'est trouvé
lui aussi estampillé "trouble de l'humeur" à la vitesse d'un psychiatre universitaire au galop. 


 


BG



sara 24/09/2010 23:07



Bonsoir,


Je souffre d'une depression depuis une dizaine d'année, cette semaine j'etais un peu disons "euphorique" et mon psy vient de me prescrire le tegretol, j 'ai très peur, j avais pris du lamictal en
2008: est ce que le fait de ne pas avoir fait d'allergie sous lamictal veut dire que je n'en ferais pas sous tegretol? en tout cas je préfère être dépressive que "brulée" à vie (ou morte tout
simplement)



Bertrand Gilot 25/09/2010 17:50



Bonjour, et merci de votre message.


A ma connaissance il n'y a pas d'allergie "croisée" entre les deux médicaments, ni de protection de l'un par rapport à l'autre. Le risque allergique est au cas par cas (produit et patient). Comme
avec tous les médicaments le risque mérite d'être pesé par rapport aux avantages procurés.


Mon propos ici, est d'alerter sur une dérive (ancienne) de la communication publicitaire à l'égard des médecins, qui les amène à minorer (ou ignorer) leur perception des risques liés à un
produit. Pour autant, dans certains cas seulement, et en assurant, sur la durée, une surveillance adéquate, le Tégrétol® reste un produit digne d'intérêt.


Je vous invite donc à aborder le sujet avec votre psychiatre, afin que vous soyez au clair tous les deux, et en toute confiance, sur ce rapport bénéfice/risque dans votre situation.


cordialement,


B Gilot



Patricia 31/08/2010 13:55



Bonjour,


Je me permets de vous contacter car votre article concernant le tégrétol m'affole. Je suis sous tégrétol actuellement et mon psychiatre ne m'a pas du tout parlé de tous ces risques.
Pourrions-nous discuter en mp car je ne souhaite pas développer ma pathologie ici. Vous remerciant par avance,


Patricia



Bertrand Gilot 25/09/2010 17:45



(répondu en MP...)



Nocif 31/08/2010 11:10



En fait votre article nous dit: que l'expérimentation se fait directement sur les populations naïves (le retour statistique)... C'est évident et les derniers vaccins mis sur le marché nous le
confirme...



Bertrand Gilot 02/09/2010 14:30



Le cas des médicaments classiques n'est pas exactement comparable à celui des vaccins mis au point dans une situation vécue comme très urgente (la grippe l'an dernier).


Chaque produit fait obligatoirement l'objet d'expérimentations, longues à réaliser (une dizaine d'années), de plus en plus poussées (la législation avance dans ce sens, dans la plupart des pays)
avant la mise sur le marché. Puis une fois le médicament commercialisé, on reste dans une phase dite de "pharmacovigilance" qui permet de détecter au mieux les effets indésirables qui seraient
passés inaperçus pendant la phase d'expérimentation. C'est ce qui explique que régulièrement des produits sont retirés du marché.


Certains risquent n'apparaissent en effet qu'après avoir exposé un grand nombre de personnes au produit. Prenons l'exemple des allergies médicamenteuses, jamais complètement évitables : si un
produit déclenche une allergie grave chez un sujet sur un million, il faudrait faire des expérimentations chez 5 ou 10 millions de volontaires pour mettre en lumière ce risque, ce qui est
évidemment impossible. En pratique, le produit est commercialisé et on ne saura pas avant plusieurs années quelle est la fréquence réelle des allergies. Si c'est un produit se révèle très
allergisant, mais qu'il est réellement novateur et indispensable (ex : traitement du Sida...) on acceptera ce risque. Si c'est un produit qui déjà de nombreux équivalents on réfléchira à la
nécessité de l'utiliser...


 


En ce qui concerne mon article, au sujet du Tégrétol ce n'est pas tellement un problème d'expérimentation : les risques dont je parle étaient très largement identifiés, connus et même chiffrés au
moment où une campagne de recherche puis de publicité a été mise en place pour étendre ses indications thérapeutiques sur des bases floues ("impulsivité"). Les industriels mettent plus ou moins
de bonne foi dans ces processus, leurs intérêts ne vont pas toujours dans le même sens que ceux des patients. C'est ce qui doit nous interroger, usagers et professionnels de santé, tandis que les
pouvoirs publics réagissent avec une lenteur parfois confondante...


 


BG


 



flav 31/08/2010 09:49



J'ai pris du tegretol pendant plusieurs années et enfant pour des crises d'epilepsies infantiles partielles. :( Crises qui disparaissent avec la puberté. 


je viens de constater que ce medicament est dangeureux.....quelles repercutions a t'il eu sur moi et ma personnalité ? Sachant que je suis treeeeeeeeeees impulsive. 


Je suis sidérée de lire votre article.



Bertrand Gilot 02/09/2010 14:17



A priori il ne semble pas y avoir d'effet évident sur la personnalité proprement dite. La personnalité est un ensemble structuré de manières de penser, de sentir et de réagir qui se construit
essentiellement durant l'enfance et l'adolescence. Les médicaments agissent plutôt "en surface", sur les comportements ou les ressentis traversés durant la prise du traitement, ils ne modifient
pas le psychisme en profondeur. L'impulsivité que vous vous reconnaissez peut avoir de multiples autres origines...


Toutefois le fait de prendre des psychotropes durant une phase de construction n'est pas complètement neutre... Mais il faut aussi savoir que l'épilepsie elle-même produit des modifications
émotionnelles parfois importantes, elle peut également perturber les apprentissages, les relations, et tout cela d'autant plus qu'elle est mal (ou pas) soignée... Pour en savoir un peu plus il
vous faudrait poser plus précisément la question au neurologue qui vous a prescrit ce médicament, en fonction de l'âge auquel vous l'avez pris, la durée du traitement, etc.


Prendre le conseil d'un psychiatre peut également vous apporter quelques clés concernant cette impulsivité.


 


 


BG



Nocif 27/08/2010 13:34



Mais cependant vous serez d'accord avec moi, si je vous dis: que l'intelligence est plus déterminé par le système endocrinien et que  la mémoire agit en retour sur celui-ci.



Bertrand Gilot 02/09/2010 14:01



L'intelligence reste une caractéristique bien difficile à définir... Il y a des liens entre les systèmes nerveux, endocrinien (hormones) et immunitaire, que l'on connaît encore assez mal.


 


BG



Nocif 27/08/2010 13:23



Quant aux molécules, elles agissent souvent comme bloquant ou activant voire destructeur de certain récepteur... D'où l'usage parfois à vie de ces médications...


Ceci dis j'utilise mes mots n'ayant pas entrepris d'études poussées sur ce sujet.


Je vous parle d'expériences personnelles.



Bertrand Gilot 02/09/2010 14:00



Tout médicament, de l'aspirine aux antibiotiques en passant par les psychotropes, ont pour but d'interférer avec des systèmes naturels de l'organisme. Les psychotropes agissent effectivement soit
en bloquant, soit en stimulant l'action des "récepteurs", c'est la base de leur effet thérapeutique. Ces récepteurs sont des protéines situées à la surface des neurones, et qui subissent
naturellement un "turn-over" permanent - comme toutes les protéines qui nous constituent. Mais à ma connaissance aucun médicament ne "détruit" de récepteur. Il faut savoir que :


1) leur effet est transitoire, limité au temps de présence du médicament dans l'organisme. Les effets sont toujours réversibles, même si cela prend parfois plusieurs semaines pour revenir à
l'état initial.


2) l'organisme "réagit" en fabriquant plus ou moins de récepteurs (accélère ou ralentit leur renouvellement), ce qui rend très complexe. la compréhension précise de ces phénomènes (dans certains
cas, l'effet thérapeutique vient non pas de l'effet direct du médicament, mais de la réaction de l'organisme à celui-ci).


Lorsque l'usage s'avère utile voire nécessaire à long terme, cela tient soit à la maladie (les psychoses, certaines formes de dépression chronique, par exemple), soit à un éventuel effet
d'accoutumance, mais ce dernier point ne concerne qu'une minorité de médicaments, contrairement à une idée reçue fort répandue. Les antidépresseurs, par exemple, ne créent pas de dépendance
stricto sensu.


Au fond, les problèmes ne viennent pas tant des médicaments par eux-mêmes, que de la façon dont on les prescrit.


 


BG



Nocif 27/08/2010 13:15



Bien entendu, il y a des nuances, il s'agissait d'un d'exemple, ne perception globale de la chose....


Les psychotropes sont utilisés dans certains cas avec un guide en confiance...


Je vous donnais un point de vue.



Nocif 27/08/2010 12:11



L'être humain qui par reconscientisation découvre son véritable environement produit alors des barrières destinées à maintenir les zones erronées de sa perception... cela s'apelle dépression...
Le fait d'utiliser des mollécules pour agir comme passe haut ou passe bas ne permet de règler le problème en profondeur et une fois pour toute... Chez les sorciers Yaki, il s'agit de prendre la
main du déficient et de l'enmener dans son inconscient via des psychotropes afin qu'il puisse y dénouer ses noeuds et si possible l'en sortir reconstruit.



Bertrand Gilot 27/08/2010 12:57



Je ne suis pas certain de bien comprendre votre utilisation de certains mots. Quoi qu'il en soit vous attaquez les "molécules" du pharmacien pour soutenir l'usage des "psychotropes" du sorcier,
j'ai du mal à vous suivre. Il me semble qu'aller au fond des problèmes et les régler, cela peut aussi se faire sans psychotrope du tout, dans certains cas. Dans d'autres au contraire, mais vous
semblez l'ignorer, la dépression apparaît sans qu'il y ait forcément un "problème" identifiable, c'est la forme décrite par Hippocrate, ce que l'on a ici appelé dépression "endogène". C'est très
perturbant de le constater, mais cela existe, et dans ces situations là la psychothérapie et les autres méthodes "alternatives" ne servent à peu près à rien...


 


BG



Nocif 27/08/2010 12:03



Il s'agit en fait de prendre la dite dépression avec un autre regard, d'autres pinces...


Ce sont les concepts affectifs associés erronés qui induits depuis la prime enfance et souvent à travers plusieurs générations par nos sociétés qui produisent ces sortes de pathologie...


Parlons même des archétipes erronés induits... Tout cela agit sur l'émotionel et bien entendu en retour sur le système endocrinien,  y produisant des dérèglements chroniques
affaiblissants...


Il serait donc plus intéressant de travailler sur la restructuration émmotionnel des patients et de leur milieu... là alors, apparaît le problème de nos société hyper productrice " trop pressée",
l'homme n'étant physiologiquement pas fait pour maintenir cette hyper activité...


 



Bertrand Gilot 27/08/2010 12:54



Mouais. Un autre regard, d'autres outils pourquoi pas.


Attention tout de même, il vous faudrait des arguments plus solides et plus construits pour affirmer, là comme ça, que les concepts de quelqu'un d'autre (le déprimé, son psychiatre, la
société...) sont tout bêtement "erronnés"... Vous omettez au passage un truc tout simple mais bien pratique, la culture. La société mexicaine traditionnelle produit d'autres formes de soins, et
aussi d'autres formes de souffrance, que la notre.


Je vous laisse relire le Popol-Vuh et repenser à ce que devait être la société Maya, les gens y mouraient effectivement d'autre chose que la dépression... Et aujourd'hui encore la comparaison des
blessures de la société Mexicaine avec les nôtres nécessiteraient de longs développements. Cela sort du cadre de ce blog...


 


BG



Nocif 26/08/2010 11:20



Je vous propose dans le cas de la dite "dépression" de remplacer ce mot par "conscientisation" ou "reconscientisation"... Il s'agirait d'un regard nouveau de cette pathologie pour les
occidentaux, mais millénaire pour les sorciers mexicains yaki ou yaka.


La dépression ou déconscientisation, n'étant liée qu'aux pensées erronées que génère et véhicule nos société modernes...



Bertrand Gilot 26/08/2010 21:49



Je ne connais pas les concepts dont vous causez mais j'irai volontiers me renseigner, merci.

Attention aux raccourcis excessifs, la dépression - tout au moins dans ses formes graves - est décrite depuis Hippocrate, et je crois qu'il en existe des évocations antérieures par les Egyptiens.
Gilgamesh, lui-même, parfois...
La vie moderne cause évidemment bien des tracas, et notamment par l'affaiblissement des défenses collectives traditionnelles (religion, clan, famille...) et la perte du sens d'une partie de nos
actes, mais on ne peut pas tout lui mettre sur le dos non plus... La dépression, comme nombre de pathologies psychiques, est aussi une pathologie "de luxe" que l'on ne pouvait pas se permettre
"autrefois", lorsque la survie immédiate était en jeu beaucoup plus souvent qu'aujourd'hui.


Enfin la dépression ça se passe dans la sphère affective, émotionnelle, ce n'est pas qu'une simple suite - ni une conséquence - de pensées.


 


BG



anita 01/07/2010 17:57



Je  peux pas, je suis atteinte de SPENIP : Scepticisme Pathologique Envers les Nouvelles Inventions Pharmaceutiques.


C'est un état dysphorique oscillant entre le rire et la colère.



anita 30/06/2010 23:46



Abé oui, l'impulsivité, c'est viellot et pas clair comme entité.
Vous devriez essayer le Thada, c'est moins banal et plus cher!


confraternelles bises.



Bertrand Gilot 01/07/2010 11:31



le Thada ? je croyais que seuls les enfants étaient infectés ?


et le DSACDAD ? vous y faites attention j'espère !


BG



michèle 27/06/2010 22:56



Dans le service (universitaire) où je bosse actuellement on utilise encore beaucoup le Tégrétol, j'apprends donc tout ça avec inquiétude. Faudra que je jette un oeil au Vidal et que je demande
leur avis aux internes. Contre l'impusivité on voit aussi baucoup passer la Dépamide et maintenant le Revia, des infos là dessus aussi? A la fois je deviens un peu blasée face aux technique de
marketing des labos malgré mon jeune âge, c'est vraiment gerbant, pourtant tout passe par eux, les brochures/magazines, les formations, certains outils destinés aux patients... Avez vous
également un avis éclairé sur l'aripiprazole? J'en ai un personnellement, j'aimerais bien avoir le votre!


Bonne soirée



Bertrand Gilot 01/07/2010 11:29



Facile à vérifier, les effets secondaires du Tegretol® dans le Vidal occupent pratiquement une page (+ les précautions d'emploi). Cela n'en fait un "mauvais" médicament, loin de là, et il demeure
indispensable dans certaines indications. Mais cela conditionne un rapport bénéfice-risque très particulier, qui ne s'accorde pas avec le diagnostic incertain d'un trouble aux contours flous.


Il en va de même avec d'autres anti-épileptiques : le Lamictal® et l'Epitomax®, très à la mode chez certains psychiatres de CHU quand ils ne sont pas certains d'un diagnostic (genre : bipolaire
ou état-limite ?) et qu'ils ne veulent pas avoir l'air de ne rien faire pour le patient (il faut bien coter les critères d'accréditation), sont des produits affectés de risques très conséquents.
Et souvent totalement ignorés ! Le Stevens-Johnson sous Lamictal® c'est 1 pour 1000 patient ! Près de 10% d'éruptions cutanées "bénignes" (mais imposant l'arrêt du traitement...).


Je crois que les psychiatres - je m'inclus - sont aussi mauvais prescripteurs d'anticomitiaux que les neurologues sont mauvais prescripteurs d'antidépresseurs : c'est pour dire !


 


Concernant le Depamide® (ac.valproïque) et le Revia (naltrexone) : heu... ben on s'en fout, vu que l'impulsivité ce n'est pas une maladie et on n'a pas à la traiter en tant que telle. Alors oui
en pratique dans certains cas tordus (pas si nombreux que ça) on peut avoir intérêt, pendant quelques mois/années, à cibler ce symptôme en attendant qu'une psychothérapie (individuelle ou
institutionnelle) fasse son chemin, mais dans ce cas la tolérance devra être le critère de choix majeur. Les deux produits que vous citez sont plutôt bien tolérés. Une fois dit cela, connaissant
bien la Naltrexone pour l'avoir utliisée pendant mon DEA je ne vois pas trop son intérêt dans ce symptôme...


Enfin l'aripiprazole (Abilify®)... ah on en a promis des miracles, à la sortie de ce médicament, avant de ce rendre compte que comme avec ses prédécesseurs la tolérance est finalement médiocre
(différemment des NL classiques, mais médiocre quand même), et l'efficacité peu intéressante, en particulier comparée à un usage raisonné des NL plus anciens. Ca fait cher la plaisanterie. Je me
range donc à l'avis de la revue Prescrire concernant les antipsychotiques prétenduement "atypiques". Il reste cependant très troublant que des gens sérieux lui aient attribuées une AMM dans le
trouble bipolaire... mais je fais du mauvais esprit...


 


BG



kyste 25/06/2010 14:46



Pour l'HAS c'est carrément comme si elle sortait un carton rouge, elle ne peut effectivement pas faire plus vu le labo en cause.


Il sera prescrit n'importe comment à des gens n'en ayant pas besoin et nous verons les effets secondaires... Il faut juste espérer que la phramcovigilance soit bien faite, j'arrête mes blagues
;-)



Kystes 25/06/2010 13:51



La psychiatrie est le lieu des plus grandes dérives dans la prescription et d'autant plus que la majorité des psychiatres ne s'intéressent pas vraiment au design des études qui vantent tel ou tel
comprimé magique. Je conseille la lecture de la raison pharmaceutique qui montre bien l'impact de la mondialisation dans la pensée et la stratégie de l'industrie.


COncernant le médicament de servier, je ne peux que conseiller la lecture de l'avis de l'HAS:
http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2010-02/synthese_davis_valdoxan_-_ct-6808.pdf



Bertrand Gilot 25/06/2010 14:17



Effectivement la HAS se mouille (c'est un labo français qui vend l'agomelatine !) en fustigeant l'ASMR IV mais apprcie quand même "une bonne tolérance, à l’exception des effets hépatiques.
Pour info (c'est même écrit dans le RCP), hormis des élévations des enzymes hépatiques, les études de sécurité pré-clinique on montré que le produit est cancérigène chez deux espèces animales,
certes à forte dose mais sachant qu'un ATD est souvent prescrit pendant plusieurs années... Les spécialistes de la chronobiologie chez qui j'ai fait un DU il y a de ça 15 ans étaient très
circonspects sur tout produit à base de mélatonine ou apparenté, c'est une neurohormone qui agit sans doute sur de trop nombreux systèmes pour être maîtrisable. Je suppose que tu as lu aussi
l'avis de Prescrire sur cette nouvelle merveille de la thérapeutique...


J'en reparlerai bientôt...


BG