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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 10:22

 

 

Le ministre l’a décidé : la France ne commémorera pas en 2011 l’écrivain Louis-Ferdinand Céline, artiste reconnu, respecté pour son œuvre mais coupable d’écrits et de prises de positions violemment antisémites. Le ministre, c’est Frédéric Mitterand, celui qui a critiqué une décision judiciaire prise dans une démocratie amie, pour soutenir le cinéaste Roman Polanski convaincu d’avoir drogué et abusé une fille de 12 ans.

 

L’Histoire oubliera Frédéric Mitterrand. Mais on ne peut pas empêcher la question de fond de lui exploser à la figure, et à la nôtre par la même occasion. Peut-on, doit-on classer les fautes, les perversions, les mauvais traitements, et les répartir sur une échelle de valeur ? L’éthique – autant personnelle que sociale ou même religieuse – peut-elle se réduire à un système bonus/malus, chaque type de transgression étant affecté à un coefficient de malignité, et chaque acte brillant ou bienveillant participant à rétablir un « équilibre » ? Après tout, c’est dans l’air du temps, les industries qui salopent le plus notre planète « compensent » en achetant des « crédits CO2 », alors pourquoi ne pas appliquer ce principe à la morale publique ? Les productions artistiques sont-elles à disposer sur la même échelle ? Autrement dit : un « bon » livre ou un « bon » film a-t-il le pouvoir d’absoudre les actes répréhensibles commis ailleurs par leur auteur ? Et alors dans ce cas, allons-y franchement : qu’est-ce qui est « plus mal », violer une gamine ou bien diffuser des textes agressifs ?

 

Le psy répondra qu’il y a du clivage dans l’air. Autrement dit, l’incapacité à – ou le refus de - construire une perception unifiée de la personne et de la situation, l’incapacité à se fabriquer une représentation mentale synthétique et cohérente de « ce qui va » et « ce qui ne va pas ». Exemple – couramment rencontré en pratique médicale - les femmes qui subissent la violence d’un mari cogneur, mais assurent qu’il « est tellement gentil quand il ne frappe pas ». Comme s’il s’agissait de deux personnes différentes. La justice ne s’y trompe pas, elle, et condamnera l’agresseur quelle que soit la douceur de son attitude en dehors des moments de violence ! « Une goutte d’encre dans le lait suffit à le faire changer de couleur »…

 

Autre exemple (qui me vaudra un point Goodwin sans effort), on sait, c’est une certitude historique, qu’Adolf Hitler était un homme charmant avec sa secrétaire, se prêtant à jouer avec les enfants, aimant caresser son chien paisiblement… Mais ce n’est pas ce que nous retenons de lui ! L’énormité de ses crimes nous contraint à le considérer sous cet angle, et personne ne prétendrait que certains traits agréables de son caractère puissent « compenser » sa cruauté manifeste.

 

Alors qu’est-ce qu’on fait ? On efface l’œuvre derrière l’artiste, on brûle et on oublie les créations d’auteurs criminels ? Ou bien l’inverse ? On oublie l’homme, ses contradictions, ses dérapages, pour se prosterner devant son œuvre ? Chacun jugera et gagnera à se positionner, mais quoi qu’il en soit, il faut sans doute une règle, un cadre, une dynamique, ou même : une ligne de conduite, un terme tellement démodé… Encore mieux : des principes ! On peut s’y tenir, rester fidèle, au moins à soi-même ! On crève de manquer de principes. Les religions agonisent, les idéologies sont en cendres, l’éthique minimale est bafouée au quotidien par la plupart des gens disposant de pouvoir (cf. les agences de notation) ou de possibilité de contrôle (cf. la triste affaire de l’Affssaps avec le Médiator…). Le pilotage politique à vue qui s’exerce depuis quelques années dans notre civilisation malade, sondant l’opinion avant chaque décision, emballant chaque loi dans une campagne publicitaire. Au plus haut niveau la conduite de l'Etat ressemble à celle d'un caddie dans le supermarché blafard que devient notre société.


Toute cette déstructuration morale aboutit aujourd’hui à ce navrant paradoxe : un ministre de la Culture qui défend le cinéaste pédophile et escamote l’écrivain antisémite. La même semaine, la ministre de l’Intérieur proposait l’aide de la police française au maintien de la dictature tunisienne… Quand je parlais de principes, je ne parlais pas de choses très compliquées…

 

BG

 

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Published by Bertrand Gilot - dans Culturel
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commentaires

Léonie 15/06/2011 23:40



Effectivement l'article fait penser à la  théorie du complot, mais je venais juste de finir un livre de Maxime CHATTAM, offert ar mon fils pour la fête des mère, alors ça peut expliquer le
pourquoi du com. Sinon en parlant de pays libre, je pense qu'il faut rester vigilant pour garder cette liberté qui comme toute bonne chose peut avoir une fin.



Léonie 11/06/2011 17:08



Nocif dit :


"Vous voyez bien que les valeurs morales, sociales sont inversées, souillées par ceux qui ont pris les commandes des nations et qui prétendent nous servir".


En voilà un exemple flagrant, voir le lien :


"Au Bilderberg, un cercle intérieur qu'il fait bon parler de meurtres - wikistrike.over-blog.com"



Bertrand Gilot 15/06/2011 23:03



L'article que vous citez fait un peu "théorie du complot", non ? Il est facile de mettre en lien des faits à la fois graves et très flous, sans jamais donner de précison. Le monde actuel est
plein d'imperfections, certes, nombre d'institutions nationales ou internationales sont victimes de corruptions et déviations diverses. Mais pour l'essentiel les décisions ne suivent finalement
que des rapports de force géopolitiques ou économique évidents, même si c'est parfois de façon très choquante. Mais il y a aussi des choses qui fonctionnent... y compris, encore assez souvent, la
démocratie (ce qui n'exclut pas le cynisme !). Et il y a plus de pays où les citoyens sont libres de mener leur vie aujourd'hui qu'il y a 50 ans (ce qui ne veut pas dire qu'ils font un usage
lucide de cette liberté !). Alors quand l'interviewé estime que les nazis ont gagné - souterrainement la guerre... Il faut faire attention aux explications globalisantes qui veulent rendre en
compte en trois phrases de phénomènes aussi complexes.


 


BG


BG



Nocif 11/06/2011 10:25



Peut-on comparer un être édité et celui qui passe à l'acte dans les faits... Devrait-on alors aissi mettre dans la partie suite aux émissions débiles, les films crapuleux, que nos gouvernants
nous distillent (à notre jeunesse creuse), les modes d'emploi sur le meurtre, le vol, et tant d'autres saloperies et cela à longueur de journée... Un peu d'honnèteté.


Vous voyez bien que les valeurs morales, sociales sont inversées, souillées par ceux qui ont pris les commandes des nations et qui prétendent nous servir.


 


Nocif



Bertrand Gilot 15/06/2011 22:47



N'est-ce pas propre à l'exercice du pouvoir... Pas simple, je ne suis pas convaincu que sur le plan des "valeurs morales" les choses aient été meilleures dans le passé. Pour ce qui est de la
routine télévisuelle de la violence, c'est évident qu'on ne peut pas approuver.


 


BG



Nocif 10/06/2011 08:36



Concernant Céline, mais d'abord faut-il l'avoir lu... Celui-ci, n'a commis aucunes actions malfaisantes... sinon de réfléchir sur une pile de feuille aux forces mystérieuses qui engendraient bien
des malheurs sur cette planète!.. Rien à voir donc avec le Polanski! Peut-être était-il l'un des premier anti-sionistes ou de manière plus générale, le premier anti-vampirisme? Mais il ne
s'agissait là que d'une fièvre littéraire, à prendre ou à laisser.


 


Nocif



Bertrand Gilot 10/06/2011 18:12



Ce qui montre toute la difficulté qu'il y a à juger - ou à excuser ! - quelqu'un... Céline a écrit - et avec fougue - pour une idéologie criminelle, il était trop intelligent et trop informé pour
l'ignorer et croire écrire dans un vague nuage de pur esprit. Certes il n'a lui-même pas été violent. Pour autant une idéologie de ce type ne survit, ne se développe que parce qu'elle est
soutenue par des intellectuels, artistes, qui se retrouvent plus ou moins volontairement agglomérés à la propagande. Combien de jeunes Français se sont engagés du côté sombre après l'avoir lu...?
Pas évident ! Eternel question de la culpabilité collective, répétée en boucle dans Les Bienveillantes : le conducteur du train est-il coupable ?


En tous cas ce monstre-là est endormi, Céline est mort et on a tout loisir de faire le tri parmi les écrits qu'il nous a laissé, d'étudier la partie de son oeuvre jugée "acceptable" sans cacher
l'histoire de l'homme dans son siècle. Polanski, lui, prétend défendre de nobles causes à travers son art, mais s'est rendu coupable d'un acte transgressif nauséabond. On ne voit pas trop, je me
répète, pourquoi son talent dans un domaine particulier lui épargnerait ses responsabilités dans un fait divers crasseux.


 


BG



Iéonie 12/05/2011 19:10



Bonsoir BG - Contente de vous revoir sur la blogosphère;)



Bertrand Gilot 13/05/2011 15:14



merci ! content de vous revoir aussi, j'espère retrouver la régularité que j'avais égarée...



Nocif 09/05/2011 08:40



Une forme de schizophrénie imposée des sociétés modernes.



Bertrand Gilot 12/05/2011 14:03



Prudence toutefois, la schizophrénie ne se caractérise pas par la coexistence de deux attitudes cohérentes mais contradictoires (et encore moins par la fameuse "double personnalité" des films
américains), mais par la perte, plus ou moins importante, de la cohérence interne. Il est très difficile (et souvent casse-g... !) d'employer des termes cliniques au sujet d'une collectivité,
d'un groupe...


 


BG



Lana 06/05/2011 22:52



Bonjour,


pour moi les choses sont claires: il y a l'oeuvre et il y a l'homme et ses actes. Une homme, aussi génial soit-il, n'a pas a être soustrait à la justice et doit répondre de ses actes. Ca
n'empêche pas d'apprécier ses oeuvres. On pourra se souvenir dans 50 ans de Polanski comme un grand réalisateur et oublier ses actes pour ne voir que son talent, comme on le fait avec Céline.
Mais en aucun cas, ses oeuvres, de son vivant, ne doivent être une circonstance atténuante. Visiblement, c'est plutôt le contraire que pense Frédéric Mitterrand: les oeuvres excusent l'homme et
il faut se souvenir avant tout de ses actes. Il y a donc beaucoup d'artistes à jeter dans le patrimoine mondial! Et cela offre l'impunité à tous les hommes de talent!



Bertrand Gilot 12/05/2011 14:01



Très bien résumé... les actes du citoyen, et sa responsabilité vis à vis de la société, s'exercent dans une sphère totalement différente, et idéalement étanche, de celle où se situe son activité
professionnelle... cela paraît évident pour un garagiste ou un enseignant (dont l'excellence professionnelle ne fera jamais absoudre un acte pédophile !), on ne voit pas pourquoi le statut
d'artiste serait protecteur...


 


BG



Nocif 02/05/2011 11:27



Pour pouvoir, causer du mal dans notre société... faut l'avoir rencontré... j'en suis.Mais je ne serais pas le dernier.


C'est un ordre qui disparaît pour laisser place à une forme ultra-policée ds la perversion totale d'un directoire despotique.



Léonie 13/03/2011 23:02



D'accord avec vous, à toute époque c'est à chacun de se battre pour sa liberté, mais à l'heure actuelle, j'ai l'impression qu'un état policier se met en marche, c'est un  constat dans la
plupart des administrations, ça commence de façon insidieuse, tout le monde se plie  trouvant cela presque normal, forcément à force d'entendre dire que c'est une question de sécurité et que
ne ferait-on pas pour sa sécurité et sa tranquillité?. J'ai l'impression que tout le monde s'endort sur ses lauriers à moins que ce soit moi qui voit le mal partout :(.



Bertrand Gilot 12/05/2011 11:39



Chut ! vous allez les réveiller !!! On ne parle actuellement, sans cesse, que d'interdire et d'obliger. Pas de créer des liens, pas de favoriser des synthèses, pas de construire... C'est
anxiogène et à la fois tranquillisant, on décide de tout à votre place, comme la vie dans l'institution militaire. Ou dans les dictatures.



Léonie 06/03/2011 11:38



Jeter la  télé par la fenêtre???  Ca ne vaut pas du  Joël LABRUYERE, c'est tout qu'il faut jeter par la fenêtre selon lui car la société actuelle est aliénante au plus haut point
et les boulons se resserrent encore plus, pendant qu'on nous amuse d'un côté on nous musèle de l'autre. La terre est une vaste prison qu'on se le dise.



Bertrand Gilot 13/03/2011 21:25



Parfois je me dis ça effectivement... mais est-on bien sûr que c'était mieux avant, quand il y avait un policier dans chaque square et trois contrôleurs par autobus, trois ans de service
militaire, le contrôle de tous par tous sous prétexte de qu'en-dira-t'on et ses interdits civils ou religieux... En tous cas je reste convaincu qu'à toute époque, chacun est libre de choisir
d'être libre.


 


BG



Nocif 04/03/2011 06:55



Bien sûr, déjà.


Mais à côté rant de contraintes ridicules administratives.


Nocif



Nocif 16/02/2011 00:14



l'homme, la femme ne font plus que de devoir penser a gérer leur vie, chaque instant... Nous sommes devenus des gestionnaires de notre temps dans une prison dont les barreaux ne font que de se
renforcer. Plus un seul instant de quiétude, d'absence.


 


Nocif



Bertrand Gilot 03/03/2011 23:45



On peut les trouver, ces instants, mais il faut se les fabriquer soi-même et ça ne se fait pas sans dégâts : jeter la télé par la fenêtre, déchirer cette publicité tentante pour l'ipad, mettre en
liste noire les copains qui vous envoient 20 mails par jour avec des vidéos de 10 minutes... Et laisser le chat ronronner sur vos genoux quand le téléphone sonne, juste hors de votre portée...


 


BG



Léonie 15/02/2011 21:41



La société actuelle est pervertie, tout le monde le reconnaît, mais personne ne bouge. Le travail se dégrade, c'est un constat dans toutes les branches, les hauts placés font croire qu'ils vont
faire le nécessaire pour arranger cela, mais en fait ils jouent de la flûte enchantée. J'en ai plein le dos de taper tous les jours des dossiers médicaux avec dépression pour harcèlement au
travail (un collègue vient de se suicider), marre de voir que les gens proches ne disent rien par peur de perdre leur petit confort. Je râle tous les jours après ceux d'en haut qui en profitent
et ceux d'en bas qui sont amorphes. Bref je ne sais pas si ça va continuer comme ça ou si ça va pêter. Où sont donc passées les bonnes vieilles valeurs d'antan, celles ou tout le monde se
soutenait,  celles où on bottait l'arrière train des malotrus? Allez je divague encore, sniff!!



Bertrand Gilot 03/03/2011 23:47



Attention Léonie, les valeurs d'antant c'était quand on croisait des blessés de guerre à tous les coins de rue, je ne sais pas si c'était mieux... Hélas rien de nouveau dans la lâcheté, la
soumission à des trucs débiles, les petites et grandes compromissions... En tous cas c'est clair ça sent la fin.


 


BG



Nocif 31/01/2011 17:20



Trenet un pédomane?


Dans quel film?


 


 


Nocif



Nocif 31/01/2011 17:17



La civilisation n'est pas malade, "des vampires" la pervertissent pour y passer eux même plus inaperçus encore.


Et tout le monde laisse aller... c'est une valse ou un bal des...


 


 


Nocif



Michèle 24/01/2011 19:10



C'est le point Godwin docteur pas Goodwin!


Il semble que notre ministre ait cédé à la polémique pour l'annulation de la commémoration, peut être a t'il appris de la polémique qu'a suscité son soutien à Polanski. Votre article m'a fait
repenser à M. Jackson, musicien génial mais pédophile, qu'en penser, mon cerveau n'arrive pas à se décider...



Bertrand Gilot 28/01/2011 13:06



Râh ce fichu Go(o)dwin ! merci Michèle pour le rappel et aussi pour la mise à jour : l'actu va vite !


Pour le fond, on peut aussi citer Charles Trénet et Maurice Chevalier...


Rassurez-vous si votre cerveau hésite, mon propos c'est justement de dire qu'on est quelque peu paralysé par ces situations complexes et qu'il est risqué, sinon sordide, de tenter un classement
parmi "ces choses-là"...


 


BG