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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 22:06


Ceux qui ont vécu des traumatismes psychiques, ceux qui partagent leur quotidien et ceux qui les soignent le savent bien, il est de dangereuses blessures qui ignorent le temps qui passe. Des blessures psychiques vertigineuses, conséquences directes d’événements effroyables où tout fut basculé, la conscience de soi, les limites de son corps et de ses perceptions, l’entrechoquement de la vie si fragile et de la mort si brutale. Des avalanches qui dérobèrent le sol des certitudes sur lesquelles on avait négligemment construit son âme. Les études épidémiologiques les plus rigoureuses nous disent que ces confrontations tragiques entraînent des troubles de type « état de stress post-traumatique » dans un quart à un tiers des cas en moyenne, mais parfois beaucoup plus selon les circonstances. Circonstances qui ne manquent hélas ni en quantité ni en diversité dans l’horreur, qu’il s’agisse de drames individuels ou collectifs, publics comme le terrorisme ou privés comme l’accident de voiture, intimes, comme l’inceste, ou spectaculaires comme la guerre. On sait cependant que les troubles sont plus fréquents lorsque l’effraction traumatique est causée par une action humaine volontaire plutôt que par une catastrophe naturelle ou accidentelle. C’est ainsi que le taux de malades monte à plus de 80 % chez les victimes de torture, par exemple, ou même 100 % chez des soldats qui avaient passé plusieurs semaines à enfouir des cadavres avec des pelleteuses.

Le tableau clinique de l’état de stress post-traumatique est clair, univoque et stéréotypé au début, je ne ferai que survoler ici les symptômes principaux : syndrome de répétition (cauchemars récurrents, images ou pensées intrusives…), émoussement affectif et/ou hypervigilance, réactions de sursaut, dépression associée dans 90 % des cas. La caractéristique temporelle intéressante de ce syndrome est l’existence, fréquente (mais non systématique) d’une période de latence, totalement asymptomatique, et pouvant atteindre… plusieurs décennies. Il arrive donc que la malédiction s’abatte trois jours, six mois ou quarante ans après les faits, comme en témoignent certains patients que j’ai pu rencontrer, déclenchant leurs troubles trente ans après la guerre d'Algérie par exemple (j’ai eu du mal à me le figurer avant d’en faire l’expérience par moi-même). Ce tableau clinique se remanie largement au cours du temps, compliquant singulièrement le diagnostic : parfois n’en émergent que des plaintes somatiques (des douleurs, la fameuse sinistrose quelquefois…), une dépression chronique, une "simple" insomnie (attention à l'examen clinique !), des phobies (dont l’objet n’est pas forcément en rapport avec le traumatisme). Quelques patients vont jusqu’à la clochardisation, au suicide, à des passages à l’acte violents et dénués de sens (cf. les vétérans du Vietnam et les fusillades aux USA, mais aussi combien de tyrans domestiques ?). Plus confuse et peu étudiée, est la transition directe (sans état de stress post-traumatique décelable) entre le traumatisme et l’apparition d’une addiction, hypothèse que j’ai abordé dans ma thèse et qui est bien peu documentée. Les addictions sont fréquentes dans les cas d’abus sexuels précoces, tant il est difficile de se fabriquer une histoire viable après ce genre de transgression massive, plus difficile à repousser à l'extérieur de soi car souvent dénuée de menace et de brutalité physique.

Sans soins, le traumatisme ne s’oublie pas, il restera toujours une ombre qui plane, parfois inconsciemment, bien facile à comparer à une épée de Damoclès. Le cinéaste Roman Polanski, a été reconnu coupable d’avoir eu des relations sexuelles avec une mineures de 13 ans, en 1977, qu'il avait droguée et fait boire. Il avait alors rapidement fui ses responsabilités, et les Etats-Unis, pour une contrée qui à l’époque avait l’asile facile (mieux vaut être  cinéaste pédophile Polonais qu’universitaire rétrosexuel Afghan ?). Aujourd’hui, la victime dit ne plus souhaiter de poursuites, ce que tout le monde prend pour une justification (depuis quand la victime tient-elle la main de la Justice ?), et une partie du monde artistique et politique s’émeut tout fort que la justice Américaine demande des comptes à ce monsieur. Agé de 44 ans au moment des faits, on ne voit pas bien ce qu’il peut plaider ni ce qu’on peut lui trouver comme circonstance atténuante : avoir du sexe avec une gamine de 13 ans, à 44 ans, je veux bien admettre qu’on était en pleine période David Hamilton et en pleine « libération sexuelle », il n’empêche que c’était un délit pénal dans la plupart des pays, et qu’il a été jugé dans un pays démocratique, et qu’il a fui. La gamine est devenue grande, elle semble avoir réussi à se construire, tant mieux, il n’empêche que cette « expérience » aura indéniablement été pour elle un problème imposé perversement par un tiers ayant sur elle un pouvoir impossible à combattre (asymétrie adulte / enfant, etc.). Or, il n’existe pas de tribunal pouvant prononcer une amnistie pour les traumatismes psychiques, qui puisse décider de les faire cesser ou débuter, continuer ou régresser. A l’intérieur d’une âme brisée ou tordue par le choc, il n’existe pas d’artistes commentateurs autoproclamés pour fustiger la justice Américaine, et il n’existe pas non plus de Bernard Kouchner, Ministre de la République Française - mais ces mots ont-ils encore un sens ? - pour demander aux juges Suisses de ne pas appliquer la loi (!), au prétexte que « les faits datent de plus de trente ans ». Un professeur de gymnastique qui tripote une lycéenne, c’est un monstre qu’il est urgent de lyncher, par contre un cinéaste qui viole une enfant, c’est un génie incompris lâchement persécuté.

Là, je crois bien que c’est moi qui n’ait pas encore tout compris…

BG


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Published by Bertrand Gilot - dans Société
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commentaires

mariae 14/04/2016 10:37

Incroyable, mais Vrai Dieu est toujours Grand. Après plusieurs rejets de ma demande par la banque, j'ai bénéficié d'un prêt grâce à une dame bien honnête . Pour en savoir plus, veuillez simplement prendre contact avec elle par e-mail au : marilinetricha@mail.ru elle offre des prêts de 3 000€ à 3.000.000€ à toute personne capable de le rembourser avec intérêt à un taux faible de 2 % ne doutez pas de ce message. C'est une parfaite réalité. Faites passer le message à vos proches qui sont dans le besoin.
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Bertrand Gilot 14/04/2016 12:13

Effectivement ça paraît extrêmement intéressant !!! Comme quoi il reste encore de bonnes affaires à faire sur internet...

anne 15/10/2009 22:34


Bonjour Bernard,
Impressionnée par le témoignage de la soeur d'Anne Franck.
En fait, faut il une espéce de " spécialisation" en psychatrie pour soigner ces traumatisés ? Y a t il une méthode particuliére pour les aider ?
Difficile de dire ce qui s'est passé dans ma tête quand cette jeune personne m'a raconté en quelques phrases concises et sans fioritures ce qu'il lui était arrivé il y a 30 ans.
Ce qui m'a glacée de sa part, et m'a fait un peu peur, était l'espéce de " manque d'énergie", la peur de déranger, les 2 larmes qui coulaient, les tout petits sanglots, un sentiment de dérision ou
d'absurdité peut être...je ne sais même pas comment nommer cela. Elle a fait un petit geste de la main, comme si ce qu'elle disait était vain, n'avait pas d'importance...ou que c'était trop
tard.J'ai failli pleurer moi aussi.
Je me trouvais face à une douleur que je n'avais ni les moyens ni les connaissanees pour la résoudre, je lui ai signifié que j'y croyais, j'en ai dit le moins possible de peur de faire plus de mal
que de bien,j'ai laissé parler ,et lui ai dit qu'il fallait en parler avec un professionnel.
J'avais lu aussi des livres, théoriques,sur les enfants en période de guerre, les camps de concentration. Mais ce sont des livres...pas la réalité d'un humain qui a subi des horreurs cumulées, qui
est en face, tout désolé, tout perdu.

Dure profession que la votre.
Merci de " réparer les âmes brisées", tout simplement, car vous y laissez des plumes, neccessairement.


Bertrand Gilot 19/10/2009 20:11


"En fait, faut il une espéce de " spécialisation" en psychatrie pour soigner ces traumatisés ? Y a t il une méthode particuliére pour les aider ?"
Pas vraiment de spécialisation. Il y a des psys qui s'y intéressent, et d'autres pas (comme tout domaine particulier dans tout métier, donc), et parmi ceux qui s'y intéressent il y a ceux qui se
forment "officiellement" et les autres. Cela prend la forme de diplômes universitaires complémentaires (ouverts aux médecins, aux psychologues, aux infirmiers... ) (ce qui est mon cas soit dit en
passant, ce fût une formation riche et passionnante), par des lectures, des conférences, des colloques, l'appartenance à des "sociétés savantes" consacrées à ce thème, etc.

"car vous y laissez des plumes, neccessairement. "

le moins possible ! c'est en cela que c'est un métier ;-)

BG


leonie 09/10/2009 19:07


Merci pour ce lien que je viens de lire.
J’ai lu le journal d’Anne Frank et plusieurs bouquins de Christian Bernadac sur les camps quand j’étais ado.
J’ai lu cet hiver le livre de Madeleine Aylmer-Roubenne : j’ai donné la vie dans un camp de la mort. Dans ce dernier livre l’auteur s’est heurté à l’incompréhension de son entourage quand elle a
trouvé la force de raconter son histoire et en a souffert doublement et par ricochet sa fille née dans les camps à souffert de sont statut d’enfant née dans l’horreur.
Comme quoi il n’est jamais facile d’extérioriser un traumatisme sans risquer un nouveau traumatisme du à l’incompréhension voire les scepticisme de ceux qui écoutent.


Bertrand Gilot 09/10/2009 19:25


Tout à fait.
J'ai visité la maison d'Anne Franck l'an dernier à Amsterdam.
On ne sort pas indifférent de ce genre d'endroits. Comme toujours il faut ramener à l'individu, au sujet, à la réalité des faits, des actes, des gens, des maisons, des objets, que l'horreur tend à
nous faire collectivement oublier - refouler - et quelquefois, à reproduire.

BG


leonie 08/10/2009 20:08


PS - Voici le lien exact :
http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/conf&rm/conf/confvictime/experthtml/lopez.html


Bertrand Gilot 09/10/2009 19:20


Merci pour votre référence.
Mais oui clairement le burn-out est au bout du chemin pour le psy qui ne protège pas suffisamment, comme toutes les professions de soin, et particulièrement en ce qui concerne les traumatisés
psychiques (*). Ce n'est pas toujours évident en fonction des circonstances de sa propre vie. J'ai souvenir d'une période où à l'hôpital on m'adressait toute sorte d'agressés, anciens prisonniers
politiques et autres survivants de catastrophes, c'est un travail passionnant mais rapidement épuisant si l'on s'hyperspécialise. Je crois que pour aider ces patients il faut vraiment garder les
deux pieds dans la "vraie vie", sinon on perd la distance et on finit par ne plus réagir de façon adaptée (et thérapeutique !) aux abominations que déverse leur discours... et vu leur difficulté
habituelle à faire confiance on ne peut pas trop se permettre de leur faire gâcher une chance de se soigner.

BG

(*) une des raisons peut-être pour lesquelles l'Etat de Stress Post-Traumatique n'a cessé d'être découvert puis oublié (comme l'a très bien démontré Louis Crocq), et souvent dénié activement par de
nombreux médecins (pyschiatres compris) depuis sa description fin XIXème ; et cela en dépit d'un tableau clinique relativement univoque...


leonie 08/10/2009 20:02


En faire un article ? Oui c’est une bonne idée, je pense.
J’ai lu cet article :Maltraitances sexuelles de G. LOPEZ.
Apparemment il y a danger pour le patient mais aussi pour le thérapeute. Dur, dur.


leonie 07/10/2009 20:16


PS : En disant "est ce la cas actuellement" j'ai mal formulé ma question. Je voulais dire est ce recommandé ou obligatoire pour un thérapeute de se faire se faire analyser avant.


Bertrand Gilot 09/10/2009 18:10


pour vous re-répondre :
"Quand on étouffe quelque chose pendant tant d'années, il faut un catalyseur pour le faire sortir"

Ces mots sont d'Eva Schloss, survivante d'Auschwitz et demi-soeur d'Anne Franck.
Elle a commencé à parler au milieu des années 80, dans des circonstances improbables.
A lire sur le site du journal Le Monde (ou sur papier
édition datée de ce vendredi octobre)


leonie 07/10/2009 17:55


Bonjour BG
Je reviens encore vous casser encore les pieds.
Tout d’abord, Merci pour vos réponses.
Dans la dernière, vous dites : « Concernant les quelques situations de traumatismes "anciens" que j'ai pu connaître il faut évidemment être prudent, subtil (si possible), nuancé, laisser les choses
se faire à leur rythme, et plus qu'ailleurs ne jamais brusquer les inévitables résistances rencontrées »...
Moyennant ces quelques précautions ça vaut donc toujours le coup de tenter.
En gros vous voulez dire qu’il y a des risques ? Quels sont-ils ?
Alice MILLER, dit que tous les thérapeutes devraient avoir subi une analyse avant de devenir analystes parce qu’ils peuvent avoir eux même aussi des traumatismes de l’enfance refoulés.
Est-ce le cas actuellement ?


Bertrand Gilot 08/10/2009 10:01


Les risques sont les mêmes que donner des coups de pioche sur un barrage qui se fissure... il faut être un minimum sûr de ce qu'on fait, s'assurer que le lien patient-thérapeute est solide (donc ne
pas se précipiter ! même si on a une intuition forte de ce que l'on va trouver !), prévoir des solutions au cas où (en terme de cadre de soins par exemple : préparer le patient à l'éventualité
d'une hospitalisation AVANT d'entamer les choses difficiles).
Pour ce qui est de l'analyse des thérapeutes oui et non. Les psychanalystes l'exigent dans leur processus de reconnaissance de la compétence par les pairs, et je pense qu'ils ont raison vu les
spécificités de leur travail. Mais rien n'est obligatoire pour les autres ça ne me paraît pas plus gênant que ça. La psychanalyse est une aventure personnelle et intérieure avant tout, il serait
étrange de l'exiger pour légitimer une pratique professionnelle qui ne soit pas directement axée sur cette théorie. Théorie qui rappelons-le ne fait pas l'unanimité. Par contre le fait de bien se
connaître est effectivement indispensable, et pas seulement dans l'optique du traumatisme : sur le nombre, il y a forcément des patients qui font écho à quelque chose du thérapeute : âge, sexe,
éléments de biographie, thèmes de souffrance exprimée... ça ne manque pas et il appartient à chaque professionnel d'avoir la bonne distance, quitte, dans certains cas, à signifier au patient qu'on
ne peut pas le prendre en charge si la proximité est trop chargée.

Votre question est dans le "top 5" des questions que l'on pose aux psys ("c'est quoi la différence psychiatre/chologue/chanalyste", "les psychiatres sont-ils fous", etc...) vous me donnez l'idée
d'en faire un article  ! non ?

à suivre

BG


anne 07/10/2009 08:02


OK, merci pour vos explications, je commence à comprendre grâce à la comparaison avec le deuil et avec l'explication sur les compétences qui réapparaissent lors du traitement.
( pour les cheveux dressés d'horreur, je me suis mal exprimée, c'était les miens quand on m'a raconté des tranches de vie... avec honte, en hésitant, et j'étais moi meme " choquée", en colére du
peu que l'on m'a dit.. )
Quand j'ai demandé :
" vous l'avez dit ( ou expliqué ) à votre médecin..."
" Non, je n'ai pas osé" d'un air navré ( du genre " je ne veux pas l'embeter avec cela " )

J'imagine donc que ce n'est pas facile du tout d'être psychothérapeute, et qu'en plus de l'empathie, il faut une capacité d'absorption..


anne 06/10/2009 22:39


bonsoir, mon chat m'a rendu le clavier :-)
J'ai du mal avec cette notion de clivage et ce depuis des années..Je ne comprends pas trop. Il y avait bien un petit quelque chose qui restait en " évidence" dans le cerveau, en mémoire " active"
et qui pointait son nez de temps en temps.. et que la personne arrivait à " repousser" dans un " petit coin " ?
Ou alors la mémoire du trauma initial a completement disparu ?

J'ai rencontré quelques personnes qui " faisaient avec les traumas ", qui continaient à vivre en ayant perdu le " mode d'emploi" , avec des fissures rebouchées à la va vite.
Je sais que cela fait trés BTP, mais c'est ce que cela m'évoque..
Parfois ces personnes parlent ( pas beaucoup tout d'abord, parce qu'elles pensent qu'on ne va pas les croire ? ) .. et franchement, ca fait dresser les cheveux d'horreur.
Et je sens qu'il y a urgence tout d'un coup, parce que cela ne va plus pouvoir tenir longtemps comme cela... cela se lézarde dans tous les coins..
Je suis parfois en colére.


Bertrand Gilot 06/10/2009 23:46


Ah le clivage... ben justement ça définit quelque chose qui n'est, ni aussi inaccessible que le refoulement, ni complètement conscient (comme le serait une dénégation volontaire par exemple, ou un
banal mensonge fût-il adressé à soi-même...). C'est là et c'est pas là. C'est une ombre qui plane, dans un entre-deux... Pour rester dans le registre architecture / BTP on peut aussi rappeler
l'image de la crypte : c'est là, la personne sait vaguement que c'est là, mais caché, enfoui (Tiens à ce propos revoir le film "Caché" de M.Haenecke).

La plupart des auteurs décrivent le trauma comme un "corps étranger intrapsychique" : il peut se révéler plus ou moins totalement indigeste, à la différence d'un deuil, que le psychisme va
engloutir progressivement, au fil du temps. On peut alors s'organiser "autour de" ce corps étranger, avec toute la "gêne" voire le handicap que cela entraîne, ou bien se "couper" de la partie lésée
du psychisme qui devient totalement inaccessible (incluant par exemple une compétence, des connaissances, d'autres souvenirs non traumatiques de la même époque ou d'avant... et qui parfois se
reconnectent et se remettent à fonctionner au fil de la psychothérapie, à la surprise générale).

Pour ce qui est de l'horreur, de l'impression qu'ont ces gens qu'on ne les croira pas, oui c'est très fréquent... les gens ont peur de déranger, tout encombrés par les abominations qu'ils ont à
raconter. Ils ont souvent besoin de tester, parfois longuement, leur interlocuteur ou thérapeute avant d'ouvrir les vannes. Il faut alors de la patience, de l'empathie - entre autres...

BG


leonie 06/10/2009 20:37


Je reviens sur ce post que je trouve très intéressant, surtout les premiers chapitres.
Il y a pleins de points forts qui dérangent.
Bon, c’est entre autre parce que je suis plongée en ce moment dans un autre bouquin de A. MILLER « c’est pour ton bien »
« La caractéristique temporelle intéressante de ce syndrome est l’existence, fréquente (mais non systématique) d’une période de latence, totalement asymptomatique, et pouvant atteindre plusieurs
décennies. Il arrive donc que la malédiction s’abatte trois jours, six mois ou quarante ans après les faits. »
Bon, quarante ans après les faits, les carottes sont cuites alors ?
Parce que même avec une psychothérapie, ça risque d’être très long de remonter la pente et de guérir ?


Bertrand Gilot 06/10/2009 22:06


Bonne question... il faut savoir avant tout que de nombreux traumatisés souffrants - ceux qui ne cicatrisent pas spontanément - ne réclament pas d'aide (contrairement à une idée fort répandue y
compris chez les médecins, et même certains psys, qui les imaginent forcément geignards...). Chez ceux qui demandent (ou finissent par accepter...) une psychothérapie, je dirais que c'est plus le
délai entre le début des troubles objectifs et les soins qui compte, plus que le délai de latence proprement dit. Par principe on dira que l'âge peut être un facteur défavorable pour l'évolution
(40 ans après les faits, on n'a plus 20 ans...), mais à la fois on voit tellement de surprises dans ce métier, et même des bonnes, que je n'oserais plus être aussi formel : j'ai vu des patients
âgés remettre en cause plein de trucs et se mobiliser très efficacement... et des jeunes stagner dans leur mouise avec en apparence tout à portée de main.
Concernant les quelques situations de traumatismes "anciens" que j'ai pu connaître il faut évidemment être prudent, subtil (si possible), nuancé, laisser les choses se faire à leur rythme, et plus
qu'ailleurs ne jamais brusquer les inévitables résistances rencontrées...
Moyennant ces quelques précautions ça vaut donc toujours le coup de tenter.

BG


anne 06/10/2009 08:18


merci, je comprends peut etre mieux avec les pompiers. En fait il y a plutot un controle permanent, et un jour ca " lache" pour raisons X, et cela envahit l'esprit ?
(désolée pour la ligne de 4: mon chat vient de l'envoyer, en se ruant sur le clavier. Je n'en crois pas mes yeux :-()


Bertrand Gilot 06/10/2009 08:48


Oui c'est ça. Ce n'est qu'une théorie évidemment, mais je crois qu'elle rend assez bien compte de la réalité observée.
L' bonjour à vot' chat !

BG


anne 06/10/2009 08:13


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leonie 05/10/2009 22:31


L'oubli existe, enfin je suppose, mais hors oubli, c'est le contrôle (en apparence). C'est un autre trauma qui fait émerger.


anne 05/10/2009 22:14


Oui.. je me demandais moi aussi si j'avais raté un épisode, ou tout "compris de travers".
A propos de l'émergence plusieurs décennies aprés, du syndrome post trauma : y a t-il un facteur " remémorant" qui fait que ce syndrome " ressort" ? La personne avait elle réussi à controler, "
oublier" en quelque sorte ?


Bertrand Gilot 05/10/2009 23:23


Il y a parfois un facteur déclenchant explicite genre deuxième trauma, mais assez souvent rien d'évident. Mon hypothèse - infime prolongement des théories sur la "crypte" - est qu'il y a un clivage
actif pour maintenir le trauma hors de conscience. Les défenses peuvent céder et le traumatisme revenir à la surface, si survient un autre trauma bien sûr, mais aussi des facteurs de stress
"banals" de forte intensité, ou même quelquefois un simple épuisement. Un peu comme si l'on n'avait qu'une seule équipe de pompiers et un deuxième incendie qui se déclenche...
Pour représenter la zone traumatisée "invisible", un patient évoquait l'image d'une zone en travaux comme on en voit dans les bâtiments publics, rendue inaccessible par des baches en plastique et
des grands rubans adhésifs gris...

BG


anne 05/10/2009 15:30


Merci pour ce billet.. j'en étais presque arrivée à me demander si ma colére devant ces faits et mon inconpréhension devant les réactions les plus courantes ( un tel artiste,pensez donc ! il a été
mis en prison ! ) , était bien " normale.
Du coup, j'ai zappé la TV pour ne pas entendre les justifications écoeurantes.


Bertrand Gilot 05/10/2009 21:08


On notera au passage les cris horrifiés concernant un agresseur récidiviste qui s'est illustré dans les faits divers, mais qui lui n'est pas protégé par l'Immunité Artistique...


anita 02/10/2009 17:20


je me souviens d'une autre réaction qui m'avait scandalisée. Un député s'était donné la mort, mais avait, auparavant, assassiné sa maîtresse. L'hémicycle avait observé... une minute de silence à sa
mémoire.
Apparemment, ici aussi, le crime aurait été évitable.
On est toujours dans le pulsionnel, jamais dans le réfléchi, le complexe, le pondéré.
Oui, il y a probablement un lien, chez Polanski, entre le traumatisme subi et celui qui fut donné.
Raison de plus pour que le Droit soit dit, pour que la Justice parle.


Bertrand Gilot 04/10/2009 23:24


Tout à fait... en lui épargnant l'épreuve de la Justice, on le prive aussi de toute chance de rédemption. Ceci dit il semble avoir tout fait - y compris dans la provocation, y compris dans le refus
de tout compromis avec la Justice Américaine - pour finir par se faire choper...


Stéphane de Confiance Médicament 02/10/2009 15:38


En lisant votre blog, je me suis dis que ce message pourrait peut-être vous intéresser :

Nous avons mis en place une campagne qui pose l'importante question : "Peut-on faire confiance au médicament?"

Notre but est d’ouvrir le débat sur 5 grands thèmes : fiabilité, transparence, crédibilité, innovation et responsabilité du médicament.

N'hésitez pas à venir débattre sur le sujet et à poser vos questions à l’industrie pharmaceutique sur le site http://debat.confiancemedicament.com


leonie 01/10/2009 23:17


A une époque ou le tourisme sexuel dont les enfants sont victimes, bat son plein, je ne suis pas étonnée de la réaction des médias. L'enfant est une proie facile pour les prédateurs de toutes
sortes et l'argent facilite l'affaire.


leonie 01/10/2009 20:30


J’ai trouvé sur le WEB le témoignage de Samantha GEIMER sur son viol par Roman POLANSKI.
En fait elle pardonne pour qu’on la laisse tranquille car quand elle a divulgué son histoire en 2003, les médias l’ont assassiné, elle en a beaucoup souffert. Alors cela fait un double traumatisme.
Voilà pourquoi les victimes de viol se taisent, pour ne pas souffrir encore plus, surtout si elles ont trouvé un semblant d’équilibre qu’elles ne veulent pas perdre. Le film «Rosemary Baby » et le
viol peuvent se superposer : un film d’horreur où il y a viol par le diable, ce qu’à fait cet homme.
Vous êtes en colère devant de tels actes mais les victimes ne savent plus exprimer ce sentiment.
J’aime beaucoup les films de POLANSKI mais il mérite quand même de payer pour ce délit. On ne doit pas être jugé en fonction de son rang et son porte monnaie sinon ce serait de l’injustice.


Bertrand Gilot 01/10/2009 23:06


Pas mieux... Merci pour ce complément d'information. J'ajouterai juste que la victime mineure fait souvent partie de l'entourage immédiat de l'agresseur, ses ressentis sont donc forcément partagés,
ambivalents (même dans les rares cas où il y a de la violence), ce sur quoi jouent évidemment les pervers qui vous parlent de sentiment amoureux et autres conneries pour justifier leurs actes
destructeurs, et tenter ainsi de faire porter une part de la culpabilité à la victime ("bon d'accord Monsieur le Juge elle avait 8 ans, mais elle était d'accord, je vous assure !"). Sans aide
extérieure il est bien difficile de trancher soi-même le fil des responsabilités.

On reste quand même très troublé devant la pseudo unanimité des médias (même le Canard Enchaîné, quelle déception, et le Monde ne se rattrape que pour avoir donné différentes opinions
divergentes...) et de quelques politiques pour soutenir ce type qui est, et qui restera un violeur d'enfant. Une peine purgée aurait pu faire "oublier" ou "pardonner". A la différence de trente ans
de fuite de ses responsabilités.

BG


leonie 30/09/2009 20:52


Effectivement, les débats vont bon train sur cette histoire. Au boulot j'ai signifié ma désapprobation à une collègue que j'aime beaucoup qui estimait qu'on faisait trop de bruit pour une affaire
qui datait simplement parce que c'est un grand ce cinéaste. Cette jeune femme a pardonné mais peut être lui a t'on demandé de pardonner? On ne pardonne jamais ces choses là, c'est impossible, ça
marque à vie quoiqu'en disent les ignorants. C'est me fautif qui devrait demander pardon du mal qu'il a fait. Comme d'hab. tout est une question de statu

Allez doc ,vous avez tout compris, avouez.


Bertrand Gilot 01/10/2009 11:12


Tout compris je ne sais pas ...

Ce qui est incroyable et en tous cas très indécent, c'est le fait que des "personnalités" se permettent de justifier leur critique d'une décision de justice UNIQUEMENT du fait du "talent" de ce
type qui est tout de même coupable d'un acte criminel grave, fut-ce il y a 30 ans. Si ce type était jardinier ou prof de gym ou curé, personne, et en tous cas aucun ministre et peu d'artistes, ne
songerait même une microseconde à le défendre, voire même au contraire. Et puis sur le fond, on n'est pas dans le fricotage qui dérape de la part d'un petit-ami empressé, mais bien dans le cadre
d'un homme adulte qui se tape une enfant après l'avoir chimiquement affaiblie (alcool + médicaments). On ne parle pas de viol en l'occurence, mais le consentement dans ces conditions et à cet âge,
c'est quoi ? C'est super grave, merde, non ? Pourquoi le défendre ? parce qu'il a fait des bons films après ? Parce qu'il est "sympa" comme j'ai lu par ci, par là ? Mais ils se rendent compte de ce
qu'ils disent ?
 
Bien sûr le temps, l'oubli, le pardon, peuvent être pris en compte. MAIS avant de réclamer les tournements de page, il faut rappeler que la "rédemption" n'est possible qu'à deux conditions :
- que la faute soit "payée" par une sanction aussi juste que possible, cela aussi bien pour la paix de la victime que pour celle du coupable.
- que le repentir soit au moins exprimé, ce qui ne semble pas avoir été le cas. Pire, sommet de la perversion, c'est Polanski que l'on traite en victime !

Tout cela me met en colère. Quelle arrogance...  et aussi quel signe de fracture entre les élites et la vraie vie...

BG