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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 12:05
C'est décidé : j’inaugure cette rubrique « Culture » avec une critique du film Fast and Furious 4.

Dom Torreto (Vin Gasoil) embraye sur sa réinsertion sociale dans un village latino-américain, suite à un braquage foiré. Soucieux de l’évolution du prix du pétrole, en vue d’alimenter des courses clandestines, c’est une banale tentative d’arraisonner un camion citerne d’essence dans une descente à 15% qui a fini par attirer l’attention de la police sur son team de branquignols. Grand seigneur, il s’est rangé des voitures (enfin, il est devenu garagiste, tout de même) pour épargner aux siens une sortie de piste. Quand soudain, il apprend par sa sœur Mia (Jordana Brewster), que son amoureuse Letty (Michelle Rodriguez) a été tuée dans la banlieue de Los Angeles. D’abord impacté par la phase de choc et de déni qui inaugure tout processus de deuil, il déploie l’airbag de sa névrose rustique en réalisant que la position de passivité où le projette le drame lui est inaccessible compte tenu de la structure de sa personnalité. Rapidement convaincu que seule l’action le libérera de ses fantasmes de réparation, déjà furious mais pas encore fast, il se rend à l’enterrement, où l’élite de la police américaine ne remarquera pas sa présence (il était caché derrière un arbre). Envahi par des reconstructions visuelles obsédantes de la mort de son amie, Dom sait qu’il risque un état de stress post-traumatique depuis que les spécialistes reconnaissent l’existence de formes intermédiaires associant les deux phénomènes (« deuil traumatique »). Il a peur de péter une durite, ça se voit à ses sourcils froncés. Alors il cherche à donner du sens à cette expérience, à créer avec des bouts de fil de fer des liens symboliques qui l’aideront à intégrer cette nouvelle situation et à surmonter la perte. Parti sur les chapeaux de roues, il casse la figure à plein de types qui le mettent sur la piste des méchants qui ont tué sa femme. Enfin je dis sa femme, mais d’abord ils étaient pas mariés, ensuite à voir comment elle manie le pistolet à azote liquide pour couper un camion en deux et comment qu’elle fait du drift de la mort en marche arrière dans son pick-up après avoir réglé le jeu aux soupapes du V8 de sa Chrysler, et vu qu’en plus elle dit plein de gros mots, la cohésion de son identité de genre laisse perplexe – ce qui n’est pas sans questionner les choix d’objet de Gasoil, heu Dom, qui passe, lui, beaucoup trop de temps à soulever des poids devant sa glace (ça lui donne une épaisseur certes, mais pas psychologique).
Là débute l’unique portion sinueuse de ce scénario autoroutier, puisque Dom rencontre Bryan (Paul Walker), policier du FBI, un gentil mickey mais – stupeur - également capable de trucs pas nets, comme sortir pendant cinq ans avec Mia, la sœur de Dom, juste pour espionner Dom. Si loin, si proche... Parfaitement crédible, discret et polyvalent, sa passion des belles autos, son petit sourire et sa chemisette bien repassée l’aident à trouver sa place dans un groupe de gangsters suants et tatoués jusqu’aux tempes lors une course violente et brouillonne (où d’ailleurs il triche !). Bryan, il sait qu’il est sur la corde raide, parce que le flic qui joue des deux côtés de la frontière du Bien et du Mal, ça a déjà été fait, mais il assume, c’est cool, et puis son chef, perspicace sous son p’tit air bonnasse, il le lui a bien dit : « la différence entre un flic et un voyou, c’est une question d’interprétation ». Le FBI est ridiculisé comme il est d’usage au cinéma, avec des locaux en open space comme ceux de la BNP, des conflits hiérarchiques à haute voix devant tout le monde comme à l'hôpital, et des gadgets désuets tel que ce tracker GPS qui fait « bip bip » et qui clignote rouge pile au mauvais moment quand Bryan s’infiltre en cachette chez les méchants.
Enfin bref, Bryan et Dom, ils s’aiment pas, mais on va vite découvrir que la psychologie, dans la vie, des fois c’est pas si simple : car si Bryan je crois l’avoir suffisamment démontré est un gentil-méchant déguisé en gentil-gentil, Dom lui ne se découvre que petit à petit et le spectateur abasourdi découvre en fait un gentil-gentil caché sous les traits d’un méchant-méchant. Du coup Bryan et Dom ils deviennent potes, et Bryan il peut à nouveau se taper Mia (qui l’avait planté suite à sa trahison), et cela dans la cuisine, habile citation du « Facteur sonne toujours deux fois ».
Le camp des méchants n’offre pas de si riches nuances, même si Braga, leur chef, un dealer entouré de jolies pépées  à la Chat Noir, Chat Blanc, trouve l’astuce de se faire passer pour le sous-chef, s’exposant pour mieux se dissimuler, et prouvant ainsi définitivement son indécrottable perversion. Ce besoin, chez les pervers, de toujours en faire trop, et qui finit par les perdre... Son alter ego à lui, le crétin Fenix, est méchant aussi et prêt à mourir pour lui (secrètement amoureux de lui, on sait pas trop ?). Leur copine l’entreprenante Gisele (Gal Gadot), à peu près aussi phallique que Letty, quoique nulle en mécanique automobile, laisse planer une menace sur Dom qui a refusé ses avances pourtant thermonucléaires de bimbo en surrégime, la confrontant à une castration que l’éducation trop libérale de ses parents ne lui avait pas permis d’élaborer jusque là. Elle garde donc tout au long du film une dent contre lui (et une douille dans le canon, les figures féminines de cette histoire ont décidément un truc qui ne colle pas…). Dom de son côté, témoigne d’une grande constance dans son engagement passionnel avec la défunte (ou d’un retard à l’allumage ?) en refusant de laisser redémarrer le moteur de ses pulsions meurtries tant que son espace affectif est encore habité des sentiments du passé. En gros, on aurait attendu de ce psychopathe mal dégrossi qu’il démarre en trombe au premier appel de phare mais non, sa dulcinée est morte depuis trois jours et il ne fera rien le premier soir. Enfin bon… on sent bien que si on lui laissait le temps, ça serait plus compliqué, mais vu que l’action du film s’étale sur trois jours, il tient à rester digne jusqu’au parking final.
La conclusion c’est que les gentils gagnent (si !), le chef des méchants (basané et intelligent) finit en fourrière, pardon en prison, le sous-chef des méchants (noir et idiot) meurt, grâce à Gasoil, ça tombe bien : c’était lui qui avait tué Letty, le tour de circuit est bouclé en 1’40’’897. Le jeu des acteurs est très fin, notamment celui de la Nissan Skyline, dont le registre expressif est bien plus subtil que celui de la Chevrolet Camaro SS. On regrette cependant que la Subaru éclipse par sa modulation émotionnelle l’interprétation nuancée (on/off) d’un Vin Gasoil au registre presque infini : sourcil froncé un peu, sourcil froncé beaucoup, fossette mentonnière en avant (je boude), ou en arrière (pouvez répéter ?), regard vide / regard très vide, dont les combinaisons s’enrichissent au fil du scénario (en colère / triste / triste et en colère / à fond dans la course + triste + en colère…), il a toujours la tête contrite d’un petit garçon que sa mère vient d’obliger à porter un tee-shirt rose (c’était donc ça !), et il conduit toujours avec une main en haut du volant (même en dérapage), contrairement à ce qu'apprennent les moniteurs d’auto-école : ça, c’est mal, c’est le côté sombre de Gasoil.
Les moments d’action sont décevants mais finissent quand même par se faire attendre, car entrecoupés de trop longues lignes droites. Le scénariste a-t-il eu peur de se faire flasher ? Les poursuites en bagnole sont parasitées à la fois par un montage stroboscopique et par une mise en scène confuse qui ne nous laissent que du chaos et du verre pilé. Nulle griserie, nul rendu de vitesse, nul suspense ni implication du spectateur dans le pilotage des bolides, d’ailleurs irréaliste jusqu’au ridicule (le démarrage en wheeling de Gasoil dans sa Chevy révèle-t-il un motard refoulé ?). Le film tourne définitivement sur trois cylindres (ou plutôt sept, on est aux USA), mais prudence quand même pour les épileptiques ! Des surimpressions infographiques dignes des seventies finissent de noyer la soupe : il faut bien préparer le marché des produits dérivés. Pour ce qui est des décors, la seule trouvaille est une poursuite dans un tunnel sous la frontière mexicaine, très long moment d’invraisemblance (bon, ça, encore…) et de perplexité, qui est resservi deux fois, hélas. Les voitures auraient pu être rigolotes, si le choix n’avait pas été porté sur ce que le tuning US fait de pire au mépris d’ailleurs des contingences du scénario (l’idéal pour passer une frontière clandestinement est-il vraiment une voiture jaune pailleté avec un aileron d’un mètre et une prise d’air chromée qui sort du capot ?). Les rebonds sont tellement téléphonés que ça fait sourire même les plus jeunes spectateurs, sans qu’on puisse jurer que c’est du deuxième degré voulu. Que de CO2 émis pour tout ça… Bon alors et Gasoil, a-t-il finalement coulé une bielle ? Ben non, à la fin il accède enfin et simultanément à la rédemption surmoïque en collaborant officiellement avec les gentils, et à une meilleure acceptation de la réalité qui augure, à terme, d’une réorganisation constructive de ses défenses psychiques. M’enfin côté psychothérapie, faudrait faire un devis, j’vous cache pas qu’y va y en avoir pour cher. mon pov' monsieur... Surtout quand on apprend que Diesel c’est pas son vrai nom, il aurait pu choisir autre chose, le diesel ça pollue et ça fait un bruit de camion. Au fond, en surmontant l’inhibition de l’action et en allant massivement au devant de ses difficultés, ne cache-t-il pas, sous ses airs de grosse brute, une grosse brute ?

Un mauvais film d'action donc, à réserver à ceux qui n'aiment ni le cinéma, ni les voitures, mais qui parviendra tout de même à mettre sur pause, très brièvement, les fonctions cognitives du cerveau...




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Published by Bertrand Gilot - dans Culturel
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commentaires

Léonie 11/04/2009 15:39

Au moins un point de vue pas comme les autres, ça rassure car pour la majorité des gens qui nous entourent, ça n'a pas de sens alors on évite de le raconter.

Léonie 11/04/2009 15:13

Pas vu le film, dommage, peut pas critiquer, mais comme dirait JM BIGARD dans un de ses sketchs qui nomme un mauvais film "un faut que je sache", et ça j'adore, histoire de me marrer sur toutes les incohérences et surtout regarder à plusieurs et voir celui qui tiendra jusqu'au bout. Les mauvais films que je me rappelle le plus c'est ceux où j'ai eu les plus beaux fous rires à plusieurs où chacun amène sa critique la plus acerbe. Comme quoi y a plusieurs façon de visionner un film. Mon plus beau souvenir c'est un navet sur le triangles des Bermudes, pas vu le triangle et les moins réceptifs on craqués et sont allés se coucher et aujourd'hui on en rit encore quand on en parle.
Vous allez sans doute penser que c'est une perte de temps ou idiot même?

Bertrand Gilot 11/04/2009 15:31


ah non idiot certainement pas ! l'essentiel c'est de passer un bon moment, non ? peu importe si c'est en détournant le film de son but initial...