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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 08:45

La psychiatrie est une discipline jeune, et ce n’est qu’en 1968 qu’elle a été, par exemple, séparée de la neurologie. De fait elle reste traversée par des courants de pensée disparates qui fragilisent sa crédibilité. Ce genre d'incohérences du système de soins psychiatrique ne sont sans doute pas étrangères aux drames qui ont effrayé la chronique et provoqué la colère du président de la République : tuerie de Pau et de Grenoble, désamiantage du Clemenceau, etc. Dès lors, la réforme que contient le projet loi Sécurité-Territoire-Amélioration des Libertés-Initiatives-Nouvelles ne constitue qu’une demi-surprise. Annoncé hier lors du conseil des ministres restreint (voir la presse de ce mercredi) par un président requinqué au retour d’un week-end chez le comédien Tom Cruise, ce projet assoit la profession sur une logique pénétrante, mais sa mise en œuvre devra s’accompagner des mesures nécessaires pour fluidifier son acceptation.
Car en effet il s’agit rien moins que de séparer la psychiatrie de la médecine. Selon le communiqué élyséen, le président souhaiterait ainsi donner plus d’efficacité au système de soin des maladies mentales, particulièrement en créant un nouveau statut pour les psychiatres. Dénommés « psychiatres civils » ceux-ci bénéficieraient des avantages réservés à tous les fonctionnaires du Ministère de l’Intérieur, étant ainsi libérés des contingences médicales qui pèsent inutilement sur leur tâche : santé somatique des patients, paperasseries désuètes liées à l’Assurance Maladie, formation médicale continue, etc. Cette formule sera d’abord proposée aux psychiatres en exercice (sur la  base du volontariat) jusqu’à la disparition complète de la psychiatrie sous sa forme actuelle à l’horizon 2011-2015, période correspondant de toutes façons au « trou » démographique annoncé depuis plus de vingt ans, trou combattu énergiquement mais en vain, par les Ministres de la Santé successifs. La formation serait refondée entièrement à précisé M.Eric Besson, accessible via le concours d’entrée en fac de médecine, puis comprenant trois années de formation dans la future Ecole Nationale de Psychiatrie Civile, sur le site de Mourmelon. Certes cela changerait des dix ans d’études actuellement nécessaires pour former un psychiatre, mais si c’est au prix d’une simplification et d’un recentrage, pourquoi pas ? Les psychiatres civils exerceraient gratuitement – c’est à signaler, tant les tarifs conventionnés actuels freinent l’accès aux soins - dans des établissements mixtes psycho-intégratifs départementaux (EMPDID) codirigés par les Préfectures (projet médical d’établissement, etc) et les ARS (cuisines, services techniques…), et pouvant accueillir, en consultation ou en encellulement individuel, les patients et leurs familles dès l’âge de 24 mois, ce qui traduit enfin un réel engagement vers la prévention. Ce progrès attendu par tous, serait enfin l’occasion de créer des liens durables et même indissolubles avec les patients en les encadrant tant du côté des services sociaux (police municipale, etc) que des services éducatifs (scolaires ou parascolaires, puis auprès des tribunaux et de la gendarmerie pour les adultes), notamment grâce à l’utilisation massive de puces RFID (on attend, sans inquiétude excessive, l’avis de la CNIL). Sur le plan du financement, on parle d’une mesure potentiellement impopulaire mais pas inintéressante sur le fond, à savoir acter la non-employabilité des malades bénéficiant du régime dit « ALD » ou « 100 % », c’est à dire les personnes souffrant d’une maladie longue et coûteuse (hypertension, diabète, VIH…), et qui occupent encore actuellement de (trop) nombreux emplois tant dans le secteur public que dans le secteur privé, ceci au détriment des gens normaux.
Il est trop tôt pour évaluer les réactions des instances professionnelles à ces annonces. Le CNUP (conseil national des universitaires, regroupant les professeurs de psychiatrie) a toutefois tenu à faire savoir avant même la publication du communiqué de l’Elysée qu’il portait « un intérêt plutôt favorable » aux réformes annoncées, tout en demandant à « en savoir plus » afin de « s’associer au mieux à ce mouvement vers l’avenir de [nos] pratiques ». Il n’est pas certain que la profession soit aussi unanime et les conservatismes ne tarderont pas à se démasquer, en sachant que les « psys » ont tendance à beaucoup protester et finalement très peu agir, on peut penser que tout cela  entrera en application sans heurts dans les années à venir. A noter parmi les réactions lues dans la presse francophone les étonnantes propositions du Syndicat des Psychiatres Québécois, de l’Association Psychiatrique Belge et de la Ligue Helvétique de Santé Mentale, qui portent un regard étonnamment critique sur ce projet et proposent aux confrères français qui le souhaiteraient d’obtenir dans leur pays « l’asile psychiatrique » !


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Published by Bertrand Gilot - dans Actualité
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commentaires

Léonie 11/04/2009 00:29

Un 1er Avril, donc un poison

Bertrand Gilot 11/04/2009 07:32


un poisson oui, un poison j'espère pas !


Léonie 10/04/2009 20:39

"ceux-ci bénéficieraient des avantages réservés à tous les fonctionnaires du Ministère de l’Intérieur" Rien que le mot "fonctionnaire" me fait rêver. On n'est pas dans la M....... Les psy risquent de voir leur cerveau se ramollir un peu plus.

Bertrand Gilot 10/04/2009 22:39


heu... ce texte a été publié à quelle date déjà ?    


Wine & Psychiatry 02/04/2009 16:36

Cher Ami, vous ironisez sur l'avis de la CNIL ("notamment grâce à l’utilisation massive de puces RFID (on attend, sans inquiétude excessive, l’avis de la CNIL)") ce qui est de votre droit, mais souvenez vous tout de même qu'il existe un comité qui donne un avis consultatif sur la recherche en santé, comité "pré-CNIL" qui est le CCTIRS, dont vous trouverez tous les détails sur http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid20537/cctirs.html, et qui est composé d'experts très vigilants dans ce domaine. Ceci dit, Ad impossibilia nemo tenetur.

Bertrand Gilot 02/04/2009 21:26



dont acte, alors, s'il y a des experts vigilants on se sent tout de suite mieux protégé...




Lila 02/04/2009 08:50

C'est un poisson ?

Bertrand Gilot 02/04/2009 09:41


pour l'instant oui !